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Vingt mélodies pour chant et piano

Word count: 3439

by Georges Bizet (1838 - 1875)

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1. Chanson d'avril


Lève-toi! lève-toi! le printemps vient de naître!
Là-bas, sur les vallons, flotte un réseau vermeil!
Tout frissonne au jardin, tout chante et ta fenêtre,
Comme un regard joyeux, est pleine de soleil!

Du côté des lilas aux touffes violettes,
Mouches et papillons bruissent à la fois
Et le muguet sauvage, ébranlant ses clochettes,
A réveillé l'amour endormi dans les bois!

Puisqu'Avril a semé ses marguerites blanches,
Laisse ta mante lourde et ton manchon frileux,
Déjà l'oiseau t'appelle et tes soeurs les pervenches
Te souriront dans l'herbe en voyant tes yeux bleus!

Viens, partons! au matin, la source est plus limpide;
Lève-toi! viens, partons! N'attendons pas du jour les brûlantes chaleurs;
Je veux mouiller mes pieds dans la rosée humide,
Et te parler d'amour sous les poiriers en fleurs.


2. Le matin


Le jour renaît !
L'astre des nuits pâlit, s'efface
Et disparaît
Fuyant l'aurore qui les chasse ;

L'étoile d'or
Qui tout à l'heure radieuse,
Brillait encor,
Éteint sa lumière amoureuse ;

Au fond des bois,
Le rossignol qui pleure et chante
Reste sans voix,
Oubliant sa chanson charmante ;

À l'horizon,
Le nuage argenté se dore ;
Sur le gazon
La fleur nouvelle vient d'éclore ;

Ô douce amie,
Voici le jour !
L'heure attendrie
Est de retour !

Viens ! c'est la vie !
Viens ! c'est l'amour !
Le vieux berger,
Sur sa flûte mélodieuse,

D'un chant léger,
Vient saluer l'aube joyeuse ;
Sur le glacier,
Dans la région diaphane,

L'autour altier
Prend son essor, s'élève et plane ;
L'astre vermeil
Paraît, il bondit, il s'élance ;

De son réveil
Tout chante la splendeur immense ;
L'air et le ciel,
La mer, le mont et la prairie,

Chœur immortel !
Divine, éternelle harmonie !
Ô douce amie,
Voici le jour !

L'heure attendrie
Est de retour !
Viens ! c'est la vie !
Viens ! c'est l'amour !


3. Vieille chanson


Dans les bois l'amoureux Myrtil
Avait pris Fauvette légère :
"Aimable oiseau, lui disait-il,
Je te destine à ma bergère.
Pour prix du don que j'aurai fait,
Que de baisers !... Si ma Lucette 
M'en donne deux pour un bouquet,
J'en aurai dix pour la Fauvette."

La Fauvette dans le vallon
A laissé son ami fidèle,
Et [fait tant]1 que de sa prison
Elle s'échappe à tire-d'aile.
"Ah ! dit le berger désolé,
Adieu les baisers de Lucette !
Tout mon bonheur s'est envolé
Sur les ailes de la Fauvette."

Myrtil retourne au bois voisin,
Pleurant la perte qu'il a faite ;
Soit par hasard, soit à [dessein]2,
Dans le bois se trouvait Lucette :
[Sensible]3 à ce gage de foi,
Elle sortit de sa retraite,
En lui disant: "[Console-toi]4,
Tu n'as perdu que la Fauvette!"


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1 Bizet, Diémer: "tant fait"
2 Bizet: "destin"
3 Bizet: "Et sensible"
4 Bizet: "Console-toi, console-toi, Myrtil, console-toi, ah !"

4. Adieux de l'hôtesse arabe


Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,
Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,
    Ni le repos, ni l'abondance,
Ni de voir à ta voix battre le jeune sein
De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
    Couronne un coteau de sa danse,

[ ... ]
[Tu marches donc sans cesse !]1 Oh ! que n'es-tu de ceux Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux Leur toit de branches ou de toiles ! Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits, Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis, De s'en aller dans les étoiles ! Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous, O jeune homme, eût aimé te servir à genoux Dans nos huttes toujours ouvertes ; Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants, Pour chasser de ton front les moucherons méchants, Un éventail de feuilles vertes.
[ ... ]
Si tu ne reviens pas, songe un peu quelquefois Aux filles du désert, sœurs à la douce voix, Qui dansent pieds nus sur la dune ; O beau jeune homme blanc, bel oiseau passager, Souviens-toi, car peut-être, ô rapide étranger, Ton souvenir reste à plus d'une !
[ ... ]

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1 Bizet: "Adieu, beau voyageur, hélas,"

5. Rêve de la bien aimée


J'ai rêvé que mon coeur était, comme jadis,
Une source d'eaux vives;
Et lui, l'oiseau de paradis
Qui chantait sur ses rives.

J'ai rêvé que mon oeil était un pur rayon
De l'aube printanière;
Et lui, le léger papillon
Volant dans sa lumière.

Ah! j'ai rêvé que mon corps était inanimé,
Plus froid, plus blanc que neige;
Et lui, le linceul bien fermé
Qui le couvre et protège.

J'ai rêvé que ma lèvre était, aux jours heureux,
Une grenade éclose;
Et lui le zéphyr amoureux,
Qui sur elle se pose.

J'ai rêvé que mon sein était une oasis
De déserts entourée;
Et lui le voyageur assis
A son ombre dorée.

Ah! j'ai rêvé que mon âme errait seule au milieu
Des ombres éternelles;
Et que lui, mon ange, vers Dieu
L'emportait sur ses ailes!


6. J'aime l'amour


Je veux savoir si je préfère
La mauresque aux yeux languissants,
Ou bien la juive au front sévère,
Ou la grecque, ivresse des sens ?

Dans mon cœur, foyer plein de cendre
Tout est glacé, je le sens bien !
Mon souvenir y peut descendre
Hélas ! il n’y rallume rien…

Que l'esclave soit brune ou blonde,
Je cède au charme tour à tour,
Je n'aime aucune femme au monde,
Aucune femme... J'aime l'amour !

Dans la coupe qu'elle caresse
Ma lèvre en feu n’a qu’un trésor :
Le vin qui nous verse l’ivresse
Dans l’argile comme dans l’or !

Pourvu qu’il ait la même flamme,
Le métal peut changer cent fois,
Si l’amour parfume mon âme,
Qu’importe la source où je bois ?

Que l'esclave etc.


7. Vous ne priez pas


Mon bien-aimé, dans mes douleurs,
Je viens de la cité des pleurs,
Pour vous demander des prières.
Vous me disiez, penché vers moi :
« Si je vis, je prierai pour toi. »
Voilà vos paroles dernières.
    Hélas ! hélas !
Depuis que j'ai quitté vos bras,
Jamais je n'entends vos prières.
    Hélas ! hélas !
J'écoute, et vous ne priez pas !

Combien nos doux ravissements,
Ami, me coûtent de tourments,
Au fond de ces tristes demeures !
Les jours n'ont ni soir ni matin ;
Et l'aiguille y tourne sans fin,
Sans fin, sur un cadran sans heures :
    Hélas ! hélas !
Vers vous, ami, levant les bras,
J'attends en vain dans ces demeures !
    Hélas ! hélas !
J'attends, et vous ne priez pas !

« Puisse au Lido ton âme errer, »
Disiez-vous, « pour me voir pleurer ! »
Elle s'envola sans alarme.
Ami, sur mon froid monument
L'eau du ciel tomba tristement,
Mais de vos yeux, pas une larme.
    Hélas ! hélas !
Ce Dieu qui me vit dans vos bras,
Que votre douleur le désarme !
Moi seule, hélas !
Je pleure, et vous ne priez pas.

Quand mon crime fut consommé,
Un seul regret eût désarmé
Ce Dieu qui me fut si terrible.
Deux fois, prête à me repentir,
De la mort qui vint m'avertir
Je sentis l'haleine invisible.
    Hélas ! hélas !
Vous étiez heureux dans mes bras.
Me repentir fut impossible.
    Hélas ! hélas !
Je souffre, et vous ne priez pas.

Souvenez-vous de la Brenta,
Où la gondole s'arrêta,
Pour ne repartir qu'à l'aurore ;
De l'arbre qui nous a cachés,
Des gazons... qui sont penchés,
Quand vous m'avez dit : « Je t'adore. »
    Hélas ! hélas !
La mort m'y surprit dans vos bras,
Sous vos baisers tremblante encore.
    Hélas ! hélas !
Je brûle, et vous ne priez pas.

Rendez-les-moi, ces frais jasmins,
Où, sur un lit fait par vos mains,
Ma tête en feu s'est reposée.
Rendez-moi ce lilas en fleurs,
Qui, sur nous secouant ses pleurs,
Rafraîchit ma bouche embrasée.
    Hélas ! hélas !
Venez m'y porter dans vos bras,
Pour que j'y boive la rosée.
    Hélas ! hélas !
J'ai soif, et vous ne priez pas.

Dans votre gondole, à son tour,
Une autre vous parle d'amour ;
Mon portrait devait lui déplaire.
Dans les flots son dépit jaloux
A jeté ce doux gage, et vous,
Ami, vous l'avez laissé faire.
    Hélas ! hélas !
Pourquoi vers vous tendre les bras ?
Non, je dois souffrir et me taire.
    Hélas ! hélas !
C'en est fait, vous ne prîrez pas.

Adieu ! je ne reviendrai plus
Vous lasser de cris superflus,
Puisqu'à vos yeux une autre est belle.
Ah ! que ses baisers vous soient doux !
Je suis morte, et souffre pour vous !
Heureux d'aimer, vivez pour elle.
    Hélas ! hélas !
Pensez quelquefois dans ses bras
A l'abime où Dieu me rappelle.
    Hélas ! hélas !
J'y descends, ne m'y suivez pas !


8. Ma vie a son secret


Ma vie a son secret, mon âme a son mystère:
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans remède, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.
Ainsi j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés et toujours solitaire,
Et j'aurai jusqu'au bout, fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.
Pour elle, que le ciel a faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
La murmure d'amour élevé sur ses pas.
À l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle;
"Quelle est donc cette femme?" et ne comprendra pas.


9. Pastorale


Un jour de printemps,
Tout le long d'un verger
Colin va chantant,
Pour ses maux soulager :
Ma bergère, ma bergère,
tra la la la la la la la la
Ma bergère, laisse-moi 
Prendre un tendre baiser !

La belle, à l'instant
Répond à son berger:
»Tu veux, en chantant
Un baiser dérober?...
Non Colin, non Colin,
Tra la la la la la la la la
Tu voudrais, en chantant 
Prendre un tendre baiser
Non, Colin, ne le prends pas,
Je vais te le donner.


Note: some sources erroneously list the author of the text as "Charles Regnard"

10. Sérénade


De mon amie,
Fleur endormie,
Au fond du lac
Silencieux,
J'ai vu dans l'onde
Claire et profonde
Étinceler
Le front joyeux
Et les doux yeux!

Ma bien aimée
Est enfermée,
Dans un palais 
Dd'or et d'azur!
Je l'entends rire
Et je vois luire,
Sur le cristal
Du gouffre obscur.
Son regard pur!


11. Berceuse sur un vieil air


Si l'enfant sommeille,
Il verra l'abeille,
Quand elle aura fait son miel,
Danser entre terre et ciel.

Sie l'enfant repose,
Un ange tout rose,
Que la nuit seule on peut voir,
Viendra lui dire: »bonsoir!«

Si mon enfant m'aime,
Dieu dira lui même:
J'aime cet enfant qui dort:
Qu'on lui porte un rêve d'or.

Mettez lui des aîles,
Comme aux tourterelles
Pour venir dans mon soleil
Danser, danser jusqu'à son réveil.

Fermez ses paupières,
Et sur ses prières,
De mes jardins pleins de fleurs
Faites glisser les couleurs.

Mais je veux qu'il dorme,
Et qu'il se conforme
Au silence des oiseaux
Couchés parmi les roseaux!

Car si l'enfant pleure,
On entendra l'heure
Tinter partout qu'un enfant
A fait ce que Dieu défend.

L'écho de la rue,
Au bruit accourue,
Quand l'heure aura soupiré,
Dira: »d'enfant a pleuré!«

Et sa tendre mère,
Dans sa nuit amère,
Pour son ingrat nourisson
Ne saura plus hélas! de chanson.

Si l'enfant est sage,
Sur son doux visage
La Vierge se penchera,
Et longtemps lui parlera.


First published in Le musée des familles, August 1835.


12. La chanson du fou


Au soleil couchant,
Toi qui vas cherchant
Fortune, 
Prends garde de choir;
La terre, le soir,
Est brune.
L'océan trompeur
Couvre de vapeur
La dune.
Vois, à l'horizon,
Aucune maison 
Aucune!

Maint voleur te suit,
La chose est, la nuit,
Commune.
Les dames des bois
Nous gardent parfois
Rancune.
Elles vont errer:
Crains d'en rencontrer
Quelqu'une.
Les lutins de l'air
Vont danser au clair
De lune.


13. Absence


Reviens, reviens, ma bien-aimée !
Comme une fleur loin du soleil,
La fleur de ma vie est fermée,
Loin de ton sourire vermeil.

Entre nos cœurs [tant de]1 distance ;
Tant d'espace entre nos baisers.
Ô sort amer! ô dure absence !
Ô grands désirs inapaisés !

[ ... ]
Au pays qui me prend ma belle, Hélas! si je pouvais aller ; Et si mon corps avait une aile Comme mon âme pour voler ! Par-dessus [les]2 vertes collines, Les montagnes au front d'azur, Les champs rayés et les ravines, J'irais d'un vol rapide et sûr. Le corps ne suit pas la pensée; Pour moi, mon âme, va tout droit, Comme une colombe blessée, [T'abattre]3 au rebord de son toit.
[ ... ]
Et dis, mon âme, à cette belle : «[Tu sais bien qu'il compte les jours!]4 Ô ma colombe! à tire d'aile, Retourne au nid de nos amours.»

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Confirmed with Théophile Gauthier, La comédie de la mort, Desessart editeur, Paris, 1838, page 283.

1 Berlioz: "quelle"
2 Bizet, David, Lavigne: "nos"
3 Berlioz, Pedrell: "S'abbatre"
4 Lavigne: appears as the last line of this verse.

14. Douce mer


Murmure autour de ma nacelle,
Douce mer dont les flots chéris,
Ainsi qu'une amante fidèle,
Jettent une plainte eternelle
Sur ces poétique débris.

Que j'aime à flotter sur ton onde,
À l'heure où du haut du rocher
L'oranger, la vigne féconde,
Versent sur ta vague profonde
Une ombre propice au nocher!

Souvent, dans ma barque sans rame,
Me confiant à ton amour,
Comme pour assoupir mon âme,
Je ferme au branle de ta lame
Mes regards fatigués du jour.

[ ... ]

15. Après l'hiver

Note: this is a multi-text setting

Viens! - une flûte invisible
Soupire dans les vergers. -
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.

Le vent ride, sous l'yeuse,
Le sombre miroir des eaux. -
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.

Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours! -
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.


Tout revit, ma bien-aimée!
Le ciel gris perd sa pâleur;
Quand la terre est embaumée,
Le cœur de l'homme est meilleur.

En haut, d'ou l'amour ruisselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l'astre et la fleur.

L'hiver fuit, saison d'alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l'âpre sève des larmes
Coule, et du cœur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer!
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l'abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l'oiseau qui va chanter.

L'aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit, les astres bruire,
Et les abeilles, le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l'herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent:
-Les aimants sont les bénis!-

9 L'air enivre; tu reposes
À mon cou tes bras vainqueurs. --
Sur les rosiers que de roses!
Que de soupirs dans nos cœurs!

Comme l'aube, tu me charmes;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, sœur jumelle
D'Ève et d'Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t'adorant,
Te contemple; et, nos caresses,
Toute l'ombre nous les rend!

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos cœurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu'un souci t'oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J'ai l'étoile pour maîtresse;
Le soleil est ton amant;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.


16. La coccinelle


Elle me dit: "Quelque chose
"Me tourmente." Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J'aurais dû, - mais, sage ou fou,
A seize ans, on est farouche, -
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là;
[Je me courbai]1 sur la belle,
Et je pris la coccinelle;
Mais le baiser s'envola.

"Fils, apprends comme on me nomme,"
Dit l'insecte du ciel bleu,
"Les bêtes sont au bon Dieu;
"Mais la bêtise est à l'homme."


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1 Bizet: "Hélas! Je me penchai"

17. Chant d'amour


Viens, cherchons cette ombre propice,
Jusqu'à l'heure où de ce séjour
Les fleurs fermeront leur calice
Aux regards languissants du jour.
Voilà ton ciel, ô mon étoile !
Soulève, oh ! soulève ce voile,
Éclaire la nuit de ces lieux ;
Parle, chante, rêve, soupire,
Pourvu que mon regard attire
Un regard errant de tes yeux.

Laisse-moi parsemer de roses
La tendre mousse où tu t'assieds,
Et près du lit où tu reposes
Laisse-moi m'asseoir à tes pieds.
Heureux le gazon que tu foules,
Et le bouton dont tu déroules
Sous tes doigts les fraîches couleurs ;
Heureuses ces coupes vermeilles
Que pressent tes lèvres, pareilles
Aux frelons qui tètent les fleurs.

Si l'onde des lis que tu cueilles
Roule les calices flétris,
Des tiges que ta bouche effeuille
Si le vent m'apporte un débris,
Si la bouche qui se dénoue
Vient, en ondulant sur ma joue,
De ma lèvre effleurer le bord ;
Si ton souffle léger résonne,
Je sens sur mon front qui frissonne
Passer les ailes de la mort.

Souviens-toi de l'heure bénie
Où les dieux, d'une tendre main,
Te répandirent sur ma vie
Comme l'ombre sur la chemin.
Depuis cette heure fortunée,
Ma vie à ta vie enchaînée,
Qui s'écoute comme un seul jour,
Est une coupe toujours pleine, 
Où mes lèvres à longue haleine
Puisent l'innocence et l'amour.

Ah ! lorsque mon front qui s'incline
Chargé d'une douce langueur,
S'endort bercé sur ta poitrine
Par le mouvement de ton cœur,
..................................
..................................
..................................
..................................


Confirmed with Méditations poétiques par M. Alphonse de Lamartine, troisième édition, Paris, Au Dépot de la Librairie Grecque-Latine-Allemande, 1820, pages 164-166.


18. Je n'en dirai rien


Les seigneurs de la cour
Font, hélas, mon doux maître,
    De l'amour,
    Le désir d’un seul jour
Qui meurt au moment de naître !

    Feu léger,
Ardeur mensongère,
    Rêve passager,
Ombre éphémère
Voilà ce que je pense…
    Eh bien ! eh bien !
J’obéis, puisqu’on l’ordonne,
Monseigneur, suis-je bonne ?
Ne voulant me plaindre à personne,
    Non ! Je n'en dirai rien !

Il était autrefois
Une jeune fillette...
    À sa voix
    On cédait à ses lois,
En la nommant sa fauvette !

    Feu léger
Ardeur mensongère, etc.


19. L'esprit saint


Quel feu s'allume dans mon coeur!
Quel Dieu vient habiter mon âme!
A son aspect consolateur,
Et je m'éclaire et je m'enflamme!
Ah! viens-je t'adore!
Esprit créateur!
Un jour plus pur luit à mes yeux,
Dieu de clarté, je t'en rends grâce!
Je vois fuir l'esprit ténébreux;
La foi dans mon coeur prend sa place:
Tous mes désirs sont pour les cieu!

Je vois mille ennemis divers
Conjurer ma perte éternelle;
J'entends tous leurs complots pervers:
Dieu, romps leur trame criminelle;
Qu'ils retombent dans les enfer!
Règne à jamais, O Dieu d'amour!
Sur ce coeur qui devient ton temple!
Que je t'honore dès ce jour:
Que mon oeil charmé te contemple
Dans l'éclat du divin séjour!


20. Tarentelle


Le papillon s'est envolé,
La fleur se balance avec grâce.
Ma belle où voyez-vous la trace,
La trace de l'amant ailé ?
Ah ! Le papillon s'est envolé !

Le flot est rapide et changeant,
Toujours sillonnant l'eau profonde.
La barque passe, et toujours l'onde 
Efface le sillon d'argent.

Le papillon, c'est votre amour.
La fleur et l'onde, c'est votre âme
Que rien n'émeut, que rien n'entame,
Où rien ne reste plus d'un jour.
Le papillon, c'est votre amour.

Ma belle où voyez-vous la trace,
La trace de l'amant ailé ?
La fleur se balance avec grâce...
Le papillon s'est envolé !


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     - Emily Ezust

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