Poèmes d'automne

Song Cycle by Gabriel Dupont (1878 - 1914)

Word count: 1201

1. Si j'ai aimé [sung text not yet checked]

Si j'ai parlé 
De mon amour, c'est à l'eau lente 
Qui m'écoute quand je me penche 
Sur elle ; si j'ai parlé 
De mon amour, c'est au vent 
Qui rit et chuchote entre les branches ; 
Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau 
Qui passe et chante 
Avec le vent ; 
Si j'ai parlé 
C'est à l'écho.
Si j'ai aimé de grand amour, 
Triste ou joyeux, 
Ce sont tes yeux ; 
Si j'ai aimé de grand amour, 
Ce fut ta bouche grave et douce, 
Ce fut ta bouche ; 
Si j'ai aimé de grand amour, 
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraiches, 
Et c'est ton ombre que je cherche.

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2. Ophélie [sung text not yet checked]

I
 Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
 La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
 Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
 On entend dans les bois lointains des hallalis.

 Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
 Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
 Voici plus de mille ans que sa douce folie
 Murmure sa romance à la brise du soir.

 Le vent baise ses seins et déploie en corolle
 Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
 Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
 Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

 Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
 Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
 Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
 Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II
 Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
 Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
 C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
 T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

 C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
 A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
 Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
 Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

 C'est que la voix des mers folles, immense râle,
 Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
 C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
 Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

 Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
 Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
 Tes grandes visions étranglaient ta parole
 Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

III
 Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
 Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
 Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
 La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

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  • ITA Italian (Italiano) (Ferdinando Albeggiani) , "Ofelia", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission

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3. Au temps de la mort des marjolaines [sung text not yet checked]

Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes d'heurs et de malheurs ?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
D'amour, morts en la saison des pleurs
D'avoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves ?

Oh ! le geste fatal de tes mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours d'amour sans lendemains !

C'est le vent d'automne dans l'allée,
Soeur, écoute, et la chute sur l'eau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et c'est le givre dans la vallée.

Dénoue - il est l'heure - tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files ;
L'ombre où se tendent nos mains débiles
Est propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines !

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4. La fontaine de pitié [sung text not yet checked]

Les larmes sont en nous. C'est la sécurité
Des peines de savoir qu'il y a des larmes toujours prêtes.
Les coeurs désabusés les savent bien fidèles ;
On apprend, dès l'enfance, à n'en jamais douter.
Ma mère à la première a dit : » Combien sont-elles ? «

Des larmes sont en nous, et c'est un grand mystère.
Coeur d'enfant, coeur d'enfant, que tu me fais de peine
A les voir prodiguer ainsi et t'en défaire
A tout venant, sans peur de tarir la dernière !
Et celle-là, pourtant, vaut bien qu'on la retienne.

Non ce n'est pas les fleurs, non, ce n'est pas l'été
Qui nous consoleront si tendrement, c'est elles.
Elles nous ont connus petits et consolés ;
Elles sont là, en nous, vigilantes, fidèles,
Et les larmes aussi pleurent de nous quitter.

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5. La neige [sung text checked 1 time]

Dans l'interminable
Ennui de la plaine,
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Comme des nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait vivre
Et mourir la lune.

Corneilles poussives,
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive?

Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable . . .

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  • ENG English (Corinne Orde) , "In the endless tedium of the plain", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission

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6. Le silence de l'eau [sung text checked 1 time]

Le grand jet d'eau qui sanglotait
Nuit et jour, âme inconsolée
Sous la voute à demi croulée
Est mort cette nuit et se tait

Et le vent fou qui l'insultait
Et chassait sa gerbe en volée
Mêle les feuilles de l'allée
A son silence qui chantait

Mais sa tristesse survit toute
Tandis qu'autrefois à goutte
Tressaillait l'écho de la voute.

Maintenant l'eau qui remuait
Semble un lac de pleurs sourds...
Écoute : il y rode un sanglot muet.

Authorship

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7. Douceur du soir [sung text not yet checked]

Douceur du soir!  Douceur de la chambre sans lampe!
Le crépuscule est doux comme une bonne mort
Et l'ombre lentement qui s'insinue et rampe
Se déroule en pensée au plafond.  Tout s'endort.

Comme une bonne mort sourit le crépuscule
Et dans le miroir terne, en un geste d'adieu,
Il semble doucement que soi-même on recule,
Qu'on s'en aille plus pâle et qu'on y demeure un peu.

Sur les tableaux pendus au murs, dans la mémoire
Où sont les souvenirs en leurs cadres déteints,
Paysages de l'âme et paysages peints,
On croit sentir tomber comme une neige noire.

Douceur du Soir!  Douceur qui fait qu'on s'habitue
À la sourdine, aux sons de viole assoupis;
L'amant entend songer l'amante qui s'est tue
Et leurs yeux sont ensemble aux dessins du tapis.

Et langoureusement la clarté se retire.
Douceur!  Ne plus voir distincts!  N'être plus qu'un!
Silence!  deux senteurs en un même parfum:
Penser la même chose et ne pas se le dire.

Authorship

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Researcher for this text: Geoffrey Wieting

8. Sur le vieux banc [sung text checked 1 time]

Regarde ! Il n’est qu’un astre aux cieux,
Et qu’un chemin devant la porte ;
Écoute ! Il n’est qu’un chant qui sorte
De ce verger silencieux.

Il n’est qu’un souffle sur la lande,
Qu’un feu de pâtre à l’horizon.
Et tout autour de la maison
Qu’un seul parfum qui se répande.

Dans le bleu clair de cette nuit
Il n’est qu’une cloche qui tinte,
Qu’une hirondelle, hors d’atteinte,
Qu’une voile sur l’eau, sans bruit.

Tourne les yeux, prête l’oreille
Tout auprès de nous à présent.
Dans l’herbe il n’est qu’un ver luisant,
Qu’un nid qui reste sur la treille.

Rentre en toi-même ! À notre mort,
Il n’est qu’un amour qui rayonne,
Qui caresse, embaume et résonne,
Qui nous guide quand tout s’endort.

Authorship

Researcher for this text: Eric Bauer