Cinq poèmes de Baudelaire

Song Cycle by Gérard Bertouille (1898 - 1981)

Word count: 660

1. L'amour du mensonge [sung text not yet checked]

Quand je te vois passer, ô ma chère indolente,
Au chant des instruments qui se brise au plafond
Suspendant ton allure harmonieuse et lente,
Et promenant l'ennui de ton regard profond;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui le colore,
Ton front pâle, embelli par un morbide attrait,
Où les torches du soir allument une aurore,
Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait,

Je me dis: Qu'elle est belle! et bizarrement fraîche!
Le souvenir massif, royale et lourde tour,
La couronne, et son coeur, meurtri comme une pêche,
Est mûr, comme son corps, pour le savant amour.

Es-tu le fruit d'automne aux saveurs souveraines?
Es-tu vase funèbre attendant quelques pleurs,
Parfum qui fait rêver aux oasis lointaines,
Oreiller caressant, ou corbeille de fleurs?

Je sais qu'il est des yeux, des plus mélancoliques,
Qui ne recèlent point de secrets précieux;
Beaux écrins sans joyaux, médaillons sans reliques,
Plus vides, plus profonds que vous-mêmes, ô Cieux!

Mais ne suffit-il pas que tu sois l'apparence,
Pour réjouir un coeur qui fuit la vérité?
Qu'importe ta bêtise ou ton indifférence?
Masque ou décor, salut! J'adore ta beauté.

Authorship

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. Hymne [sung text not yet checked]

À la très-chère, à la très-belle
Qui remplit mon cœur de clarté,
À l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en immortalité !

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l'éternel.

Sachet toujours frais qui parfume
L'atmosphère d'un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,

Comment, amour incorruptible,
T'exprimer avec vérité ?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !

À la [très-bonne]1, à la très-belle,
Qui [fait ma joie et ma santé]2,
À l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en immortalité !

Authorship

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  • ENG English (Shawn Thuris) , "Hymn", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Les Épaves, Galanteries, Amsterdam: À l'enseigne du Coq, 1866, pages 71-73. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, pages 227-228. Punctuation follows first edition.

First published by À l'enseigne du Coq in Les Épaves, 1866; also appears under Spleen et Idéal as number 94 in the 1868 edition of Les Fleurs du mal.

1 Fauré: "très chère" (very dear)
2 Fauré and Gretchaninov: "remplit mon cœur de clarté"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

3. Le beau navire [sung text not yet checked]

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse,
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
     Je veux te peindre ta beauté,
Où l'enfance s'allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large,
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,
     Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces ;
     D'un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse,
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
     Je veux te peindre ta beauté
Où l'enfance s'allie à la maturité.

Ta gorge qui s'avance et qui pousse la moire,
Ta gorge triomphante est une belle armoire
     Dont les panneaux bombés et clairs
Comme les boucliers accrochent des éclairs ;

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses,
     De vins, de parfums, de liqueurs
Qui feraient délirer les cerveaux et les cœurs !

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large,
Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,
     Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes sous les volants qu'elles chassent
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,
     Comme deux sorcières qui font
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras qui se joueraient des précoces hercules
Sont des boas luisants les solides émules,
     Faits pour serrer obstinément,
Comme pour l'imprimer dans ton cœur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d'étranges grâces ;
     D'un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Haasz) , "Krásný koráb", Prague, J. Otto, first published 1919

Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 112-114. Note: this was number 48 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but 52 or 53 in subsequent editions.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

4. Poème [sung text not yet checked]

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Authorship

5. Je n'ai pas oublié [sung text not yet checked]

Je n'ai pas oublié, voisine de la ville,
Notre blanche maison, petite mais tranquille,
Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus
Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus ;
- Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,
Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,
Semblait, grand œil ouvert dans le ciel curieux,
Contempler nos dîners longs et silencieux,
[Et versait]1 largement ses beaux reflets de cierge
Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.

Authorship

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  • SPA Spanish (Español) (Juan Henríquez Concepción) , "Yo no he olvidado", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 162-163. Note: this was number 70 under Spleen et Idéal in the first edition of Les Fleurs du mal but number 99 or 123 under Tableaux parisiens in subsequent editions.

1 1861 and 1868 editions: "Répandant"

Research team for this text: Juan Henríquez Concepción , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]