Neun Sonette der Louize Labé

Song Cycle by Aribert Reimann (b. 1936)

Word count: 902

1. O beaus yeus bruns, ô regars destournez [sung text checked 1 time]

Ô beaus yeus bruns, ô regars destournez,
 Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
 Ô noires nuits vainement atendues,
 Ô iours luisans vainement retournez :

Ô tristes pleins, ô desirs obstinez,
 Ô tems perdu, ô peines despendues,
 Ô mile morts en mile rets tendues,
 Ô pires maus contre moy destinez.

Ô ris, ô front, cheueus, bras, mains & doits :
 Ô lut pleintif, viole, archet & vois :
 Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !

De toy me plein, que tant de feus portant,
 En tant d'endrois d'iceus mon cœur tatant.
 N'en est sur toy volé quelque estincelle.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 94.


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2. Ô longs desirs, Ô esperances vaines [sung text checked 1 time]

Ô longs desirs, Ô esperances vaines,
 Tristes soupirs & larmes coutumieres
 À engendrer de moy maintes riuieres,
 Dont mes deus yeus sont sources & fontaines :

Ô cruautez, ô durtez inhumaines,
 Piteus regars des celestes lumieres :
 Du cœur transi ô passions premieres,
 Estimez vous croitre encore mes peines ?

Qu'encor Amour sur moy son arc essaie,
 Que nouueaus feus me gette & nouueaus dars :
 Qu'il se despite, & pis qu'il pourra face :

Car ie suis tant nauree en toutes pars,
 Que plus en moy une nouuelle plaie,
 Pour m'empirer ne pourroit trouuer place.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 94-95.


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3. On voit mourir toute chose animée [sung text checked 1 time]

On voit mourir toute chose animée,
 Lors que du corps l'ame sutile part :
 Je suis le corps, toy la meilleure part :
 Ou es tu donq, ô ame bien aymee ?

Ne me laissez par si long temps pàmee,
 Pour me sauver après viendrois trop tard.
 Las, ne mets point ton corps en ce hazart :
 Rens lui sa part & moitié estimee.

Mais fais, Ami, que ne stit dangereuse
 Cette rencontre & revuë amoureuse,
 L'accompagnant, non de severite,

Non de rigueur : mais de grâce amiable,
 Qui doucement me rende ta beaute,
 Jadis cruelle, à present savorable.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 96-97. Note: some spellings have been updated (I->J, U->V).


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4. Ie vis, ie meurs : ie me brule & me noye [sung text checked 1 time]

Ie vis, ie meurs : ie me brule & me noye.
 I'ay chaut estreme en endurant froidure :
 La vie m'est & trop molle & trop dure,
 I'ay grans ennuis entremeslez de ioye :

Tout à un coup ie ris & ie larmoye,
 Et en plaisir maint grief tourment i'endure :
 Mon bien s'en va, & à iamais il dure :
 Tout en un coup ie seiche & ie verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
 Et quand ie pense auoir plus de douleur,
 Sans y penser ie me treuue hors de peine.

Puis quand ie croy ma ioye estre certeine,
 Et estre au haut de mon desiré heur,
 Il me remet en mon premier malheur.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 97.

Modernized spelling version:

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J'ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ay grans ennuis entremeslez de joye :

Tout à un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.

Puis quand je croy ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon desiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.



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5. Lut, compagnon de ma calamité [sung text checked 1 time]

Lut, compagnon de ma calamité.
 De mes soupirs témoin irréprochable.
 De mes ennuis controlleur veritable.
 Tu as souuent auec moy lamenté :

Et tant le pleur piteus t'a molesté,
 Que commençant quelque son delectable,
 Tu le rendois tout soudein lamentable,
 Feignant le ton que plein auoit chanté.

Et si te veus efforcer au contraire.
 Tu te destens & si me contreins taire :
 Mais me voyant tendrement soupirer,

Donnant faueur à ma tant triste pleinte :
 En mes ennuis me plaire suis contreinte.
 Et d'un dous mal douce fin esperer.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 99-100.


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6. Oh si i'estois en ce beau sein rauie [sung text checked 1 time]

Oh si i'estois en ce beau sein rauie
 De celui là pour lequel vois mourant :
 Si auec lui viure le demeurant
 De mes cours iours ne m'empeschoit enuie :

Si m'acollant me disoit, chère Amie,
 Contentons nous l'un l'autre, s'asseurant
 Que ia tempeste, Euripe, ne Courant
 Ne nous pourra desioindre en notre vie :

Si de mes bras le tenant acollé,
 Comme du Lierre est l'arbre encercelé,
 La mort venait, de mon aise enuieuse :

Lors que souef plus il me baiseroit.
 Et mon esprit sur ses leures fuiroit.
 Bien ie mourrois, plus que viuante, heureuse.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 100.

Modernized form:

Oh ! si j'étais en ce beau sein ravie
De celui-là pour lequel vais mourant ;
Si avec lui vive le demeurant
De mes courts jours ne m'empêchait envie ;

Si m'accolant, me disait : Chère Amie,
Contentons-nous l'un l'autre, s'assurant
Que jà tempête, Euripe, ni courant
Ne nous pourra déjoindre en notre vie ;

Si, de mes bras le tenant accolé,
Comme du lierre est l'arbre encercelé,
La mort venait, de mon aise envieuse,

Lors que souef plus il me baiserait,
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.

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7. Tant que mes yeus pourront larmes espandre [sung text checked 1 time]

Tant que mes yeus pourront larmes espandre,
 À l'heur passé auec toy regretter :
 Et qu'aus sanglots & soupirs resister
 Pourra ma voix, & un peu faire entendre :

Tant que ma main pourra les cordes tendre
 Du mignart Lut, pour tes grâces chanter :
 Tant que l'esprit se voudra contenter
 De ne vouloir rien fors que toy comprendre :

Ie ne souhaitte encore point mourir.
 Mais quand mes yeus ie sentiray tarir,
 Ma voix cassee, & ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel seiour
 Ne pouuant plus montrer signe d'amante :
 Priray la Mort noircir mon plus cler iour.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 101.

Modernized spelling version:

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l'heur passé avec toi regretter,
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

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8. Ie fuis la vile, & temples, & tous lieus [sung text checked 1 time]

Ie fuis la vile, & temples, & tous lieus,
 Esquels prenant plaisir à t'ouir pleindre,
 Tu peus, & non sans force, me contreindre
 De te donner ce qu'estimois le mieus.

Masques, tournois, ieus me sont ennuieus.
 Et rien sans toy de beau ne me puis peindre :
 Tant que tachant à ce desir esteindre,
 Et un nouuel obget faire à mes yeus.

Et des pensers amoureus me distraire,
 Des bois espais sui le plus solitaire :
 Mais i'aperçoy, ayant erré maint tour,

Que si ie veus de toy estre deliure.
 Il me conuient hors de moymesme viure,
 Ou fais encor que loin sois en seiour.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 102-103.

Modernized spelling version:

Je fuis la vile, et temples, et tous lieus, 
Esquels prenant plaisir à t'ouir pleindre, 
Tu peus, et non sans force, me contreindre 
De te donner ce qu'estimois le mieus.

Masques, tournois, jeus me sont ennuieus,
Et rien sans toy de beau ne me puis peindre : 
Tant que tachant à ce desir esteindre, 
Et un nouvel objet faire à mes yeus,

Et des pensers amoureus me distraire, 
Des bois espais sui le plus solitaire : 
Mais j'aperçoy, ayant erré maint tour,

Que si je veus de toi estre delivre, 
Il me convient hors de moymesme vivre, 
Ou fais encor que loin sois en sejour.

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9. Baise m'encor, rebaise moy & baise [sung text checked 1 time]

Baise m'encor, rebaise moy & baise :
 Donne m'en un de tes plus sauoureus,
 Donne m'en un de tes plus amoureus :
 Ie t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? ça que ce mal i'apaise.
 En t'en donnant dix autres doucereus.
 Ainsi meslans nos baisers tant heureus
 Iouissons nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suiura.
 Chacun en soy & son ami viura.
 Permets m'Amour penser quelque folie :

Tousiours suis mal, viuant discrettement,
 Et ne me puis donner contentement,
 Si hors de moy ne fay quelque saillie.

Authorship

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  • HUN Hungarian (Magyar) (Tamás Rédey) , copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 103.

Somewhat modernized spelling version:
Baise m'encor, rebaise moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de I'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :

Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.

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