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Verdure aux bois ! boutons aux tiges !

Language: French (Français)

Verdure aux bois ! boutons aux tiges ! 
Rayons dans l'air ! baume aux ravins ! 
Terre et ciel sont pris de vertiges 
    Divins ! 

Sous l'aubépine qu'il assiége, 
L'essaim des bourdons querelleurs 
A l'envi fait pleuvoir la neige
    Des fleurs. 

Brûlant de désirs qui la grisent, 
La fillette, mûre aux baisers,
A des airs de tête qui disent :
    « Osez. » 

Le beau garçon qui lui rit contre, 
Tente un mot qu'un soupir finit, 
Et, tout ému, du doigt lui montre 
    Un nid. 

Le vieillard, dont le pied dévie, 
Ne sait vraiment s'il doit mourir,
Tant il sent à pleins flots la vie 
    Courir. 

Allons, linot, pinson, mésange, 
Aux petits becs si bien fourbis,
Pour plaire aux femelles, qu'on change 
    D'habits ! 

Allons, l'orchestre ! et que tout bouge, 
Dans les buissons, les creux, les bois, 
Sous l'herbe, et sur la tuile rouge
    Des toits. 

Allons, les rustiques nourrices !
Les gueux du licol et du mors ! 
Taureaux, brebis, chevaux, génisses, 
    Dehors !

Ouvrez l'huis, détachez l'entrave,
Le printemps a mis le couvert ;
Envoyez l'infirme et l'esclave 
    Au vert.

Noël aux champs ! c'est pour la bête,
Comme pour l'homme, un heureux mois :
Beaux muets, jetez dans la fête
    Vos voix ! 

O présomptueux que nous sommes !
Qui sait si le maître éternel 
N'a pas mis dans le ciel des hommes
    Leur ciel ! 

Comme une cuve qui fermente 
La terre petille au dehors,
Dans une invisible tourmente 
    D'efforts.

Ouvre-toi, mon cœur ! sur tout être 
Laisse fuir ton sang chaud qui bout !
Je voudrais me foudre et renaître 
    Dans tout ! 

Jardin du cœur, que rien ne ferme 
Et dont mon frère a la moitié,
Où, semé bonheur, le grain germe 
    Pitié, 

Que ne peux-tu loger au large
Tous les maudits au joug liés,
Et tous les souffrants sous la charge 
    Pliés ! 

Cher ennemi, prends-y ta place !
La brise de mai souffle au fond ;
Il y fait si chaud que la glace
    Y fond.

Nature ! ô mère enchanteresse !
Je veux t'épuiser à ma faim,
Et pâmer dans une caresse
    Sans fin ! 

Des pieds, des mains, des yeux, des lèvres, 
J'ai beau palper ton gai contour,
Rien ne peut apaiser mes fièvres
    D'amour.

Mais voilà qu'une ombre rigide 
Aprement me vient gourmander,
Et me fait, sur ton sein splendide, 
Bouder.

C'est l'Esprit ! son orgueil le mène 
De l'égoïsme au désespoir ;
Il voile ta beauté sereine 
    De noir. 

Malheur ! cet hôte solitaire 
A ta fête n'est point entré !
Il reste en son deuil volontaire 
    Cloîtré. 

Et, tandis que la Chair vivante 
Au renouveau s'épanouit,
Lui, dans la mort qui l'épouvante,
    Jouit !

Il dit de ta verte magie :
« C'est du fumier bon pour l'hiver ! 
De tes fleurs : « C'est le lit d'orgie 
    Du ver ! »

Du Verbe flottant sur les mondes 
Il voudrait noyer le berceau, 
Et mettre aux matrices fécondes 
    Son sceau !

Sur toutes les choses fleuries 
Portant la menace du feu,
Il damne les agaceries 
    De Dieu ! 

Mais le Père qu'il veut proscrire,
Chaque matin, par son soleil,
D'en haut nous dit, dans un sourire
    Vermeil :

« N'en croyez rien, enfants moroses !
Je ne règne point par l'effroi.
Si toutes séves sont écloses 
    De moi,

« Pourrais-je sur la chair que j'aime 
De l'enfer sceller le barreau,
Et de mon sang être moi-même 
    Bourreau ?

« L'infini n'a pas double zone : 
Un ciel clément, un ciel brutal.
Où je trône, où serait le trône
    Du Mal ?

« Vu par l'œil infirme de l'homme,
Je suis le Janus inconstant :
C'est dans sa frayeur qu'il me nomme 
    Satan.

« Mais je tiens, pour que tout y rentre,
Tout grand ouvert mon paradis,
Et n'ai point d'enfants dès le ventre
    Maudits.

« Si la Félicité forcée 
Possédait l'Etre malgré lui,
Son âme s'userait lassée
    D'ennui.

« Mais vous êtes créés en butte 
A deux courants, libres esprits,
Afin d'être à vous-mêmes lutte 
    Et prix.

« Car je suis la Vie expansive,
Et de mon nom même il ne sort 
Qu'une formule progressive 
    D'essor.

« Sur la route où l'homme varie,
Pour le sauver de ses excès,
Se tient la Douleur qui lui crie :
  « Assez ! »

« Et s'il trébuche en quelque abîme,
Il trouve, aposté sur le bord,
Le bras d'un sauveteur sublime :
    La Mort,

« Qui, bien doucement le relève,
Et lui dit : « Enfant pour surcroît, 
Il te faut remonter la grève ;
    Va droit ! »

« Donc, aimez-vous, soyez en joie ! 
Cueillez vos primenrs au printemps !
Pour en user, je vous envoie 
    Le Temps ;

« Sur ses pas, j'ai mis l'Espérance ;
Après la nuit, j'ai mis le jour,
Et j'ai mis, près de la Souffrance,
    L'Amour ! »


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Confirmed with Œuvres poétiques de Joséphin Soulary, IIe partie. -- Poëmes et poesies (1847-1871), Paris, Éd. Alphonse Lemerre, 1880, pages 34-41.


Submitted by Emily Ezust [Administrator]

Authorship


Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)


Text added to the website: 2018-12-02.
Last modified: 2018-12-02 22:14:02
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     - Emily Ezust

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