by Octave Pradels (1842 - 1930)

Mon chapeau des dimanches
Language: French (Français) 
C'était dimanche et l'on partait
En famille, cueillir la fraise;
Comme monsieur Paul en était,
Mon petit coeur tressaillait d'aise.

Bientôt, dans le bois de Clamart,
Deux par deux, la bande s'élance;
J'étais près de Paul par hasard.
Il m'offrit son bras en silence.

Ce bras frémissait sur le mien
Dans ses yeux je lisais sa fièvre.
Il voulait parler, mais sa lèvre
Tremblait, sans laisser passer rien.

J'avais ma plus belle toilette;
A dix-huit ans, être coquette,
C'est bien permis;
Pour e'trenner ses roses blanches,
Moi, j'avais mis
Mon joli chapeau des dimanches.

Une heure après, dans le grand bois,
Loin de la bande dispersée,
Je sus, pour la première fois,
Que j'étais toute sa pensée.

Ah! qu'il m'aimait! Et quel beau jour!
Les oiseaux chantaient à tue-tête;
Un long bruissement d'amour
Emplissait la nature en fête.

Il faisait chaudnous étions las.
(Voyez comme tout ça s'enchaîne!)
Nous nous assîmes sous un chêne.
Dame! moi, je ne avais pas.

Il me disait bien bas: "Je t'aime!"
Moi, Je lui répondais de même
Timidement...
Et j'avais posé sur les branches
Soigneusement
Mon joli chapeau des dimanches.

Il me disait comment un soir,
Naquit sa flamme sans pareille;
Que j'étais son tout, son espoir.
Sa levre effleurait mon oreille;

J'étais troublée et de mon coeur
Partait un petit cri d'allarme.
Je me levai, car j'avais peur;
Et je voulais rompre le charme;

Je courus prendre mon chapeau;
Mais je ne le pus, je vous jure,
Quand j'aperçus dans ma coiffure
Ce ravissant petit tableau:

Au fond, blottis, sans rien entendre,
Se becquetant de façon tendre,
A l'infini...
Deux petits oiseaux, sous les branches,
Prenaient pour nid
Mon joli chapeau des dimanches. 

Oh! vilains et charmants oiseaux,
C'est bien vous qui fûtes la cause
Qu'on gronda fort les tourtereaux
À leur rentrée à la nuit close.

Paul m'épousa; mais les époux
Gardent, malgré le temps qui vole,
Toujours, le souvenir bien doux
Des deux oiseaux maîtres d'école.

Chaque printemps, comme autrefois,
Nous voit encor sous le grand chêne,
Et Paul, pour redorer la chaîne,
N'a qu'à me redire à mivoix:

"C'est ici, mon ange ma femme,
Que ton doux coeur s'est, à ma flamme,
Abandonné,
Qu'il s'est, grâce au nid sous les branches,
Tant chiffonné
Mon joli chapeau des dimanches.

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)

Available translations, adaptations, and transliterations (if applicable):

  • ENG English [singable] (Samuel Byrne) , title 1: "My Sunday bonnet"


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

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