Les Chansons de Marjolie

Song Cycle by (François-Clément) Théodore Dubois (1837 - 1924)

Word count: 1029

1. Sous le saule [sung text checked 1 time]

Sur le saule, en venant du pré,
Un beau seigneur j'ai rencontré ;
Il me prit par la main: "Ma mie,
Quel est votre nom?" me dit-il.
Oh ! qu'il était gentil !
"Moi, je m'appelle Marjolie !"
Oh, qu'il était gentil !
"J'aime votre nom, Marjolie,
Vous êtes si jolie !"

"La blanche main que vos avez !
Point ne fanez, point ne lavez.
Avec cette main là, ma mie ;
Elle est trop fine!" me dit-il.
Oh! qu'il était gentil !
Je ne l'oublierai de ma vie :
Oh! qu'il était gentil !
"J'aime votre main, Marjolie,
Vous êtes si jolie !"

"Les beaux yeux bleus que vous avez,
Lorsque sur moi vous les levez,
Je me sens tout ému, ma mie...
Pourquoi rougir ainsi ?" dit-il.
Oh, qu'il était gentil !
Je ne l'oublierai de ma vie :
Oh ! qu'il était gentil !
"J'aime votre main, Marjolie,
Vous êtes si jolie !"

"Quel frais sourire vous avez !
Depuis longtemps vous le savez !
Sans doute vos galants, ma mie,
Vous l'ont dit avant moi," dit-il.
Oh, qu'il était gentil !
"Moi, je n'eus galant de ma vie."
Oh, qu'il était gentil !
"Ne mentez-vous point, Marjolie ?
Vous êtes si jolie !"

"Je ne mens point." Alors, passant 
Ses bras sur mon cou frémissant :
"En ce cas, un baiser, ma mie !
Car voici le premier," dit-il.
Oh, qu'il était gentil !
Je ne l'oublierai de ma vie :
Oh, qu'il était gentil !
"Mon cœur est à vous, Marjolie,
Vous êtes si jolie !"

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2. Insomnie [sung text checked 1 time]

"Un baiser pour vous ! Un baiser pour moi !"
Tireli ! Que la nuit est belle !
"Un baiser pour vous ! Un baiser pour moi !"
Tout bas à son nid cause l'hirondelle :
Tireli ! Pourquoi mon cœur gazouille-t-il comme elle ?
Tireli ! "Un baiser, monsieur, prenez un baiser..."
Quel feu sur sa lèvre !
Un si beau seigneur ! Comment refuser ? Comment ?
Ai-je donc la fièvre ?
Je dormais si bien, si tranquille avant !
Qui retient ainsi mon âme éveillée ?
Comme la feuillée
Je frissonne au vent !
Est-ce donc mal un baiser ? Mon Dieu ! 
Quelle défiance
Au cœur d'un enfant 
naîtrait pour si peu ?
Moi, dans mon enfance
Chacun m'embrassait.
Comme au fond du val,
Tout le monde aussi disait :
"Marjolie est blanche et jolie."
Etait-ce donc mal ?
"Un baiser pour vous ! Un baiser pour moi !"
Tireli ! Que la nuit est belle !
"Un baiser pour vous ! Un baiser pour moi !"
Tout bas à son nid cause l'hirondelle :
Tireli ! Tireli !

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3. Celui que j'aime [sung text checked 1 time]

Il m'a prise en ses bras ! Comment
Mon cœur, si jaloux de lui même,
N'est-il pas mort en ce moment ?
Quel charme inconnu, quel aimant
L'attirait vers celui que j'aime ?

Celui que j'aime est jeune et beau ;
Il est grand et superbe !
Celui que j'aime est jeune et beau ;
Il m'a cueillie au bord de l'eau
Comme une fleur dans l'herbe.

Au bord de l'eau le foin est vert,
Le saule étend ses branches ;
Au bord de l'eau le foin est vert,
L'air embaumé, le sol couvert
De marguerites blanches.

Au bord de l'eau tout dit : Aimez !
Tout frémit, tout enchante ;
Au bord de l'eau tout dit : Aimez !
L'oreille et les yeux sont charmés.
Au bord de l'eau tout chante !

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4. Les violettes [sung text checked 1 time]

Le vieux garde chasse passait,
Il chantait à voix pleine :
Qu'est-ce que sa chanson disait
Aux échos de la plaine ?

"Les violettes ont poussé ;
Les belles filles ont versé
Ici bien des larmes secrètes ;
Douce rosée, ô mes amis !
C'est pourquoi la Nature a mis
Tant de parfums dans ces fleurettes.
Ce sont 
Les larmes des filletes,
Qui font 
Pousser les violettes !"

"Les merles sifflont aux buissons ;
Aux fourrés chassent les garçons.
Les merles narguent les fauvettes ;
Les garçons foulent sous leurs pas
La fleur nouvelle, en leurs ébats
Sur la mousse, avec les fillettes.
Ce cont 
Leurs folles amourettes
Qui font
Pâlir les violettes !"

Le vieux garde chasse passait,
Il chantait à voix pleine :
Il chantait !

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5. Pianto [sung text checked 1 time]

Quand je serai morte, où donc s'en ira,
Mon âme si frêle ?
Colombe blessée, où voltigera
doucement son aile ?

Quand serai morte, on allumera
Près de moi deux cierges ;
Sur mon corps si blanc, ma mère étendra
Le linceul des vierges.

Quand je serai morte, on couronnera
Mon front de fleurs blanches,
De roses couverte, on m'emportera
Entre quatre planches.

Quand je serai morte, On m'enterrera
Dans le cimetière ;
De ce qui fut moi, rien ne restera
Qu'un peu de poussière.

Quand je serai morte, où donc s'en ira,
Mon âme si frêle ?
Colombe blessée, où voltigera
doucement son aile ?

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6. Les oiseaux [sung text checked 1 time]

Que les oiseaux sont heureux !
Sans regarder en arrière
Ils s'élancent devant eux,
Deux à deux,
Dans l'air libre et la lumière !

Ils ne thésaurisent pas ;
Chez eux nul titre frivole ;
Tous frères dans leur ébats,
Ici bas,
Où va leur cœur l'aile vole.

Ils s'aiment pour plus d'un jour,
Rien ne trouble et ne menace,
Rien ne détruit sans retour
Leur amour,
Que la mort quand elle passe.

Aimer, chanter, voltiger,
S'éveiller avec les roses,
Dans l'éther tiède et léger 
voyager,
Oh ! mon Dieu ! les douces choses !

Oh ! mon Dieu ! Que n'ai-je, ainsi,
que l'oiseau chanteur des ailes
Pour prendre mon vol aussi,
Loin d'ici,
Vers les amours éternelles !

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7. En paradis [sung text checked 1 time]

Tous ceux qui s'aimèrent jadis
D'un amour tendre,
Après la mort, en Paradis,
Peuvent s'attendre.
 
Oh ! Quels rêves délicieux
Ils doivent faire,
Quand l'espoir abaisse leurs yeux
Vers cette terre !
 
Pour eux quelle félicité !
Comme ils bénissent
Dieu, lorsque dans l'éternité
Leurs mains s'unissent !
 
Les anges volent autour d'eux ;
Et sur leur trace
De parfums, d'échos amoureux,
S'emplit l'espace.
 
Pour moi seule ne luira pas
Ce jour splendide ;
Mon coeur, là-haut comme ici-bas,
Restera vide !
 
Car, celui que j'aimais jadis
D'amour si tendre,
Après la mort en Paradis
Ne puis attendre.

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Researcher for this text: Sebastian Viebahn