Trois burlesques pour chœur mixte et piano

by Manuel Rosenthal (1904 - 2003)

Word count: 506

1. Stances à une demoiselle qui avait les manches de sa chemise retroussées et sales [sung text not yet checked]

Vous qui tenez incessamment
Cent amants dedans votre manche, 
Tenez-les au moins proprement, 
Et faites qu'elle soit plus blanche.

Vous pouvez avecque raison, 
Usant des droits de la victoire, 
Mettre vos galants en prison ; 
Mais qu'elle ne soit pas si noire !

Mon coeur qui vous est si dévot, 
Et que vous réduisez en cendre, 
Vous le tenez dans un cachot, 
Comme un prisonnier qu'on va pendre.

Est-ce que brûlant nuit et jour, 
Je remplis ce lieu de fumée, 
Et que le feu de mon amour 
En a fait une cheminée ?

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2. Sonnet sur la laideur de la bouche [sung text not yet checked]

Bouche à qui convient laide offrande,
Bouche pernicieux museau.
Bouche livide, palle et grande.
Bouche où s'échappa le ciseau.

Bouche qui boit son vin sans eau.
Bouche que chacun appréhende.
Bouche, bec d'un terrible oiseau.
Bouche il faut bien qu'on te le rende.

Bouche qui ne sent guere bon.
Bouche où les dents sont du charbon.
Bouche, gueule, enfin que m'importe ?

Bouche, te voit-on sans frémir ?
Bouche propre à faire vomir.
Bouche, que le Diable t'emporte.

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3. Tableau de Paris à cinq heures du matin [sung text not yet checked]

L'ombre s'évapore,
Et déjà l'aurore
De ses rayons dore
Les toits d'alentour ;
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent,
Les marchés s'emplissent 
On a vu le jour.

De la Villette,
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai, 
Et de Vincenne 
Gros Pierre amène 
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l'épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l'écaillère
Saute en bas du lit
L'ouvrier travaille,
L'écrivain rimaille
Le fainéant bâille,
Et le savant lit.

J'entend Javotte
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant sa grêle,
Son cri se mêle
A la voix grêle
Du noir ramoneur.

L'huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Resonne, et la bonne
Qui l'entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître
Regagne le sien.

Gentille, accorte,
Devant ma porte
Perette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière
Sous la gouttière
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide
Et la bourse vide,
Rentre en fulminant,
Et, sur son passage,
L'ivrogne plus sage,
Cuvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout chez Hortense
Est en cadence ;
On chante, on danse, 
Joue, et cetera...
Et, sur la pierre,
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne
Afin qu'on lui donne
La drogue qu'ordonne
Son vieux médecin,
Tandis que sa belle
Que l'amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d'aller au bain.

Quand vers Cythère
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays

" Adieu donc, mon père ;
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère. 
- Adieu, mes petits. "
Les chevaux hennissent 
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent
Les voilà partis.

Dans chaque rue
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue ;
Où donc me cacher ?
Jamais mon oreille
N'eut frayeur pareille...
Tout Paris s'éveille...
Allons nous coucher.

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