Roméo et Juliette

Symphony by Hector Berlioz (1803 - 1869)

Word count: 1675

1. Premier Mouvement [sung text checked 1 time]

Introduction : Combats -- Tumulte -- Intervention du Prince
Prologue

CONTRALTO ET PETIT CHŒUR
D'anciennes haines endormies
Ont surgi comme de l'enfer  ;
Capulets, Montagus, deux maisons ennemies,
Dans Vérone ont croisé le fer.
Pourtant, de ces sanglants désordres
Le Prince a réprimé le cours,
En menaçant de mort ceux qui, malgré ses ordres,
Aux justices du glaive auraient encor recours.
Dans ces instants de calme une fête est donnée
Par le vieux chef des Capulets.

CONTRALTO
Le jeune Roméo, plaignant sa destinée,
Vient tristement errer à l'entour du palais ;
Car il aime d'amour Juliette... la fille
Des ennemies de sa famille !...

CONTRALTO ET PETIT CHŒUR
Le bruit des instruments, les chants mélodieux
Partent des salons où l'or brille,
Excitant et la danse et les éclats joyeux.

PETIT CHŒUR
La fête est terminée, et quand tout bruit expire,
Sous les arcades on entend
Les danseurs fatigués s'éloigner en chantant.
Hélas ! et Roméo soupire,
Car il a dû quitter Juliette ! -- Soudain,
Pour respirer encor cet air qu'elle respire,
Il franchit les murs du jardin.
Déjà sur son balcon la blanche Juliette
Paraît... et, se croyant seule jusques au jour,
Confie à la nuit son amour.
Roméo, palpitant d'une joie inquiète,
Se découvre à Juliette,
Et de son cœur les feux éclatent à leur tour.

Strophes

CONTRALTO
Premiers transports que nul n'oublie !
Premiers aveux, premiers serments
De deux amants
Sous les étoiles d'Italie ;
Dans cet air chaud et sans zéphyrs
Que l'oranger au loin parfume,
Où se consume
Le rossignol en longs soupirs !
Quel art, dans sa langue choisie,
Rendrait vos célestes appas ?
Premier amour, n'êtes-vous pas
Plus haut que toute poésie ?
Ou ne seriez-vous point, dans notre exil mortel,
Cette poésie elle-même,
Dont Shakespeare lui seul eut le secret suprême
Et qu'il remporta dans le ciel ?

PETIT CHŒUR
... dans le ciel !

CONTRALTO
Heureux enfants aux cœurs de flamme !
Liés d'amour par le hasard
D'un seul regard,
Vivant tous deux d'une seule âme,
Cachez-le bien sous l'ombre en fleurs,
Ce feu divin qui vous embrase,
Si pure extase
Que ses paroles sont des pleurs !
Quel roi de vos chastes délires
Croirait égaler les transports ?
Heureux enfants !... et quels trésors
Paieraient un seul de vos sourires !
Ah ! savourez longtemps cette coupe de miel,
Plus suave que les calices
Où les anges de Dieu, jaloux de vos délices,
Puisent le bonheur dans le ciel !

PETIT CHŒUR
... dans le ciel !

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
Bientôt de Roméo la pâle rêverie
Met tous ses amis en gaieté :

TÉNOR
»Mon cher, dit l'élégant Mercutio, je parie
Que la reine Mab t'aura visité !«

Scherzetto

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
Mab, la messagère
Fluette et légère !
Elle a pour char une coque de noix

TÉNOR
Que l'écureuil a façonnée ;
Les doigts de l'araignée
Ont filé ses harnois.

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
Durant les nuits, la fée, en ce mince équipage,
Galope follement dans le cerveau d'un page

TÉNOR
Qui rêve espiègle tour
Ou molle sérénade

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
Au clair de lune sous la tour.
En poursuivant sa promenade

TÉNOR
La petite reine s'abat

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
Sur le col bronzé d'un soldat.

TÉNOR
Il rêve canonnades
Et vives estocades...
Le tambour !... la trompette !... il s'éveille, et d'abord
jure, et prie en jurant toujours,

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
puis se rendort

TÉNOR
Et ronfle avec ses camarades. --

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
C'est Mab qui faisait tout ce bacchanal !
C'est elle encor qui, dans un rêve, habille
La jeune fille
Et la ramène au bal.

TÉNOR
Mais le coq chante, le jour brille,
Mab fuit comme un éclair

TÉNOR ET PETIT CHŒUR
Dans l'air !

PETIT CHŒUR
Bientôt la mort est souveraine.
Capulets, Montagus, domptés par les douleurs,
Se rapprochent enfin pour abjurer la haine,
Qui fit verser tant de sang et de pleurs.

Authorship

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2. Deuxième Mouvement [sung text checked 1 time]

— Tacet —

Roméo seul -- Tristesse -- Bruit lointain de bal et de concert -- Grande Fête chez Capulet

3. Troisième Mouvement [sung text checked 1 time]

Nuit sereine --- Le Jardin de Capulet, silencieux et désert.
Les jeunes Capulets, sortant de la fête, passent en chantant
des réminiscences de la musique du bal

CHŒURS I & II
(derrière la scène)
Ohé ! Capulets, bonsoir !
Cavaliers, au revoir !
Ah ! quelle nuit ! quel festin !
Bal divin !
Que de folles
Paroles !
Belles Véronaises,
Sous les grands mélèzes,
Allez rêver de bal et d'amour
Jusqu'au jour !
Tra la la...

Scène d'amour
Juliette sur le balcon et Roméo dans l'ombre

Authorship

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4. Quatrième Mouvement [sung text checked 1 time]

— Tacet —

La Reine Mab, ou la Fée des songes. Scherzo

5. Cinquième Mouvement [sung text checked 1 time]

Convoi funèbre de Juliette

CHŒUR DES CAPULETS
(pendant la marche funèbre)
Jetez des fleurs pour la vierge expirée !
Suivez jusqu'au tombeau notre sœur adorée !

Authorship

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6. Sixième Mouvement [sung text checked 1 time]

— Tacet —

Roméo au tombeau des Capulets : Invocation -- Réveil de Juliette. Joie délirante, désespoir, dernières angoisses et mort des deux amants

7. Septième Mouvement [sung text checked 1 time]

Final : La foule accourt au cimetière -- Rixe des
Capulets et des Montagus -- Récitatif et Air
du Père Laurence -- Serment de réconciliation

CHŒUR DES MONTAGUS
Quoi ! Roméo de retour ! Roméo !
Pour Juliette il s'enferme au tombeau
Des Capulets que sa famille abhorre !
Ah ! malédiction sur eux !
Roméo ! Ciel ! Morts, tous les deux !
Et leur sang fume encore !
Ah ! quel mystère affreux !

CHŒUR DES CAPULETS
Quoi ! Roméo de retour ! Roméo !
Des Montagus ont brisé le tombeau
De Juliette, expirée à l'aurore !
Ah ! malédiction sur eux !
Juliette ! Ciel ! Morts, tous les deux !
Et leur sang fume encore !
Ah ! quel mystère affreux !

Récitatif

LE PÈRE LAURENCE
Je vais dévoiler le mystère :
Ce cadavre, c'était l'époux
De Juliette ! -- Voyez-vous
Ce corps étendu sur la terre ?
C'était la femme, hélas ! de Roméo ! -- C'est moi
Qui les ai mariés !

LES DEUX CHŒURS
Mariés !

LE PÈRE LAURENCE
Oui, je dois
L'avouer. -- J'y voyais le gage salutaire
D'une amitié future entre vos deux maisons...

LES DEUX CHŒURS
Amis des Montagus/Capulets, nous !... Nous les maudissons !

LE PÈRE LAURENCE
Mais vous avez repris la guerre de famille !
Pour fuir un autre hymen, la malheureuse fille,
Au désespoir, vint me trouver :
»Vous seul, s'écria-t-elle, auriez pu me sauver !
Je n'ai plus qu'à mourir !« -- Dans ce péril extrême,
Je lui fis prendre, afin de conjurer le sort,
Un breuvage qui, le soir même,
Lui prêta la pâleur et le froid de la mort.

LES DEUX CHŒURS
Un breuvage !

LE PÈRE LAURENCE
Et je venais sans crainte
Ici la secourir.
Mais Roméo, trompé, dans la funèbre enceinte
M'avait devancé pour mourir
Sur le corps de sa bien-aimée ;
Et, presqu'à son réveil, Juliette, informée
De cette mort qu'il porte en son sein dévasté,
Du fer de Roméo s'était contre elle armée,
Et passait dans l'éternité
Quand j'ai paru ! -- Voilà toute la vérité !

LES VIEILLARDS CAPULETS ET MONTAGUS
(avec consternation)
Mariés !

Air

LE PÈRE LAURENCE
Pauvres enfants que je pleure,
Tombés ensemble avant l'heure,
Sur votre sombre demeure
Viendra pleurer l'avenir !
Grande par vous dans l'histoire,
Vérone, un jour, sans y croire,
Aura sa peine et sa gloire
Dans votre seul souvenir !

Où sont-ils maintenant ces ennemis farouches,
Capulets, Montagus ! Venez, voyez, touchez...
La haine dans vos cœurs, l'injure dans vos bouches,
Des ces pâles amants, barbares, approchez !
Dieu vous punit dans vos tendresses,
Ses châtiments, ses foudres vengeresses,
Ont le secret de nos terreurs !
Entendez-vous sa voix qui tonne :
»Pour que là-haut ma vengeance pardonne,
Oubliez vos propres fureurs !«

Rixe des Capulets et des Montagus

CHŒUR DES CAPULETS
Mais notre sang rougit leur glaive !

CHŒUR DES MONTAGUS
Le nôtre aussi contre eux s'élève.

LES CAPULETS
Ils ont tué Tybalt !

LES MONTAGUS
Qui tua Mercutio ?

LES CAPULETS
Et Pâris donc ?

LES MONTAGUS
Et Benvolio ?

LES CAPULETS
Perfides ! point de paix !

LES MONTAGUS
Non, lâches, point de trêve !

LES DEUX CHŒURS
Non, non, non, non !

Invocation du Père Laurence

LE PÈRE LAURENCE
(avec indignation)
Silence ! malheureux ! pouvez-vous sans remords,
Devant un tel amour étaler tant de haine ?
Faut-il que votre rage en ces lieux se déchaîne,
Rallumée aux flambeaux des morts ?
Grand Dieu qui vois au fond de l'âme,
Tu sais si mes vœux étaient purs !
Grand Dieu ! d'un rayon de ta flamme
Touche ces cœurs sombres et durs !
Et que ton souffle tutélaire,
A ma voix sur eux se levant,
Chasse et dissipe leur colère,
Comme la paille au gré du vent !

CHŒURS DES MONTAGUS
Ô Juliette, douce fleur,
Dans ces moments suprêmes
Les Montagus sont prêts eux-mêmes
A s'attendrir sur ton destin.

CHŒURS DES CAPULETS
Ô Roméo, jeune astre éteint,
Dans ces moments suprêmes
Les Capulets sont prêts eux-mêmes
A s'attendrir sur ton destin.

LES DEUX CHŒURS
Dieu ! quel prodige étrange !
Plus d'horreur, plus de fiel !
Mais des larmes du ciel !
Toute notre âme change !

Serment

LE PÈRE LAURENCE
Jurez donc, par l'auguste symbole,
Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,
Par ce bois douloureux qui console,
Jurez tous, jurez par le saint crucifix,
De sceller entre vous une chaîne éternelle
De tendre charité, d'amitié fraternelle ;
Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,
Au livre du pardon inscrira ce serment !

PETIT CHŒUR DU PROLOGUE
ET LE PÈRE LAURENCE
Jurez tous, par l'auguste symbole,
Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,
Par ce bois douloureux qui console,
Jurez tous par le saint crucifix,
De sceller entre vous une chaîne éternelle
De tendre charité, d'amitié fraternelle ;
Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,
Au livre du pardon inscrira ce serment !
Vous jurez tous d'éteindre enfin tous vos ressentiments.
Amis !... Ah !

LES DEUX CHŒURS
Nous jurons, par l'auguste symbole,
Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,
Par ce bois douloureux qui console,
Nous jurons tous par le saint crucifix,
De sceller entre nous une chaîne éternelle
De tendre charité, d'amitié fraternelle ;
Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,
Au livre du pardon inscrira ce serment !
Nous jurons tous d'éteindre enfin tous nos ressentiments.
Amis !... pour toujours !

Authorship

Researcher for this text: Guy Laffaille [Guest Editor]