by Charles Baudelaire (1821 - 1867)

À celle qui est trop gaie
Language: French (Français) 
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé, 
Je te hais autant que je t'aime !

Quelquefois dans un beau jardin,
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti comme une ironie
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure 
Ont tant humilié mon cœur
Que j'ai puni sur une fleur 
L'insolence de la nature.

Ainsi je voudrais, une nuit, 
Quand l'heure des voluptés sonne, 
Vers les trésors de ta personne 
Comme un lâche ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse, 
Pour meurtrir ton sein pardonné, 
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur ! 
À travers ces lèvres nouvelles, 
Plus éclatantes et plus belles, 
T'infuser mon venin, ma sœur !

Confirmed with Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, appears in Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 92-93. Note: this was number 39 in the first edition of Les Fleurs du mal but did not appear in subsequent editions of the collection due to state censorship. This poem was only again published in 1866 in Les Épaves as number 5.

Note: modern French spelling would change "emblême" (line 4-1) to "emblème"

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

This text was added to the website: 2015-04-16
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