by Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary Kostrowicki (1880 - 1918), as Guillaume Apollinaire

Voici le tétin rose de l'euphorbe...
Language: French (Français) 
  À M. Joseph Granié

Voici le tétin rose de l'euphorbe verruquée
Voici le nez des soldats invisibles
Moi l'horizon invisible je chante
Que les civils et les femmes écoutent ces chansons
Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé

        Le sol est blanc la nuit l'azure
        Saigne la crucifixion
        Tandis que saigne la blessure
        Du soldat de Promission

        Un chien jappait l'obus miaule
        La lueur muette a jailli
        À savoir si la guerre est drôle
        Les masques n'ont pas tressailli

        Mais quel fou rire sous le masque
        Blancheur éternelle d'ici
        Où la colombe porte un casque
        Et l'acier s'envole aussi

Je suis seul sur le champ de bataille
Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux
L'obus miaule
Je te tuerai
Animez-vous fantassins à passepoil jaune
Grands artilleurs roux comme des taupes
Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens
Veloutés de toutes les nuances du velours
Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres
Ou déteints
Venez le pot en tête
Debout fusée éclairante
Danse grenadier en agitant tes pommes de pin
Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs
Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous
        Sculptez les profondeurs
Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les avettes
Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon
Écoutez renaître les oracles qui avaient cessé
        Le grand Pan est ressuscité
Champagne viril qui émoustille la Champagne
Hommes faits jeunes gens
Caméléon des autos-canons
Et vous classe 16
Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans les cieux
J'était content pourtant ça brûlait la paupière
Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms
Œil du Breton blessé couché sur la civière
Et qui criait aux morts aux sapins aux canons
Priez pour moi Bon Dieu je suis le pauvre Pierre

        Boyaux et rumeur du canon
        Sur cette mer aux blanches vagues
        Fou stoïque comme Zénon
        Pilote du cœur tu zigzagues

        Petites forêts de sapins
        La nichée attend la becquée
        Pointe-t-il des nez de lapins
        Comme l'euphorbe verruquée

        Ainsi que l'euphorbe d'ici
        Le soleil à peine boutonne
        Je l'adore comme un Parsi
        Ce tout petit soleil d'automne

        Un fantassin presque un enfant
        Bleu comme le jour qui s'écoule
        Beau comme mon cœur triomphant
        Disait en mettant sa cagoule

        Tandis que nous n'y sommes pas
        Que de filles deviennent belles
        Voici l'hiver et pas à pas
        Leur beauté s'éloignera d'elles

        Ô Lueurs soudaines des tirs
        Cette beauté que j'imagine
        Faute d'avoir des souvenirs
        Tire de vous son origine

        Car elle n'est rien que l'ardeur
        De la bataille violente
        Et de la terrible lueur
        Il s'est fait une muse ardente

Il regarde longtemps l'horizon
Couteaux tonneaux d'eaux
Des lanternes allumées se sont croisées
Moi l'horizon je combattrai pour la victoire

Je suis l'invisible qui ne peut disparaître
Je suis comme l'onde
Allons ouvrez les écluses que je me précipite et renverse tout

R. Caby sets stanzas 9-10

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Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)

  • by Robert Caby (1905 - 1992), "Cantilène (en style vulgaire) du fantassin masqué", 1939, stanzas 9-10 [voice and piano], setting begins "Un fantassin presque un enfant" [
     text not verified 
    ]

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

This text was added to the website: 2015-04-24
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