by Émile André (1838 - 1897)

La belle au bois dormant
Language: French (Français) 
Il était un' fois un Roi et un' Reine
Fâchés comm' tout de n'avoir pas d'enfant,
Si fâchés qu'ils avaient la migraine ;
Ils eur'nt une fille à la fin pourtant.
L'enfant, pour marrain's, eut à son baptême
Sept fé's que le Roi trouva dans l'pays ;
Mais, hélas ! il oublia la huitième,
Qui se vexa fort d'un pareil mépris.
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

Six des fé's accordèrent à l'Altesse
Mill' qualités, mille présents du sort ;
La grincheuse à la petite Princesse
Prédit qu'un fuseau causerait sa mort.
Chacun, à ces mots, se regarde et pleure ;
Alors, en dernier, la septième entra :
« Non, », dit-ell', je ne veux pas qu'elle meure,
Mais pendant cent ans elle dormira.
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

Par affiche aussitôt le Roi proclame :
Défense est faite d'avoir un fuseau !
La Princesse, un jour, rencontre une femme
En train de filer dans un vieux château.
La femme, en effet, ignorait la chose,
La Princess' voulut filer à son tour,
Le fuseau perça sa belle main rose,
Elle s'endormit avec tout' sa cour.
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

Cent ans s'pass'nt ; un jour le fils du Roi Chose
Se promenait ; il entre au vieux château,
Voit la Belle, et lui baise sa main rose,
Ce que fait qu'il la réveille en sursaut.
Son étonnement n'fut pas du tout mince,
Quand la Belle, après deux ou trois bâill'ments,
S'écria : « Mais c'est vous, c'est vous, mon prince !
Je vous attendais depuis longtemps ! »
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

Il répond : « Et moi donc ! je vous adore ! »
Il l'épousa, fût nommé roi bientôt,
Puis il eut deux enfants, un' fille, Aurore,
Un fils nommé Jour, tant il était beau !
Quelques mois après, il partit en guerre
Contre le grand Roi des orangs-outangs.
Il donna la régence à la rein' mère
Et laissa sa femme et ses deux enfants.
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

La rein' mère, hélas ! était une ogresse.
Au cuisinier elle dit un matin :
« Fais-moi cuire Auror', Jour et la Princesse,
Je veux les manger ce soir au gratin. »
Le bon cuisinier, âme charitable,
Lui servit des trip's à la mod' de Caen ;
Mais l'ogresse, en fureur, dit : « Misérable !
Ce ragoût n'est pas du bifteck d'enfant ! »
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

Et l'ogresse emplit une cuve immense
De gros crapauds et de vilains serpents ;
Elle ordonne aussitôt que l'on y lance
Le gât'-sauc', la Reine et les deux enfants.
Mais le Roi revient sur cette entrefaite ;
En voyant tout ça son courroux est grand.
Dans la cuv' l'ogresse alors pique un' tête
Et meurt dévorée immédiat'ment.
 Quelle belle Histoir' vraiment,
 Que celle de la Belle au bois dormant !

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)


Researcher for this text: Johann Winkler

This text was added to the website: 2020-07-19
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