by Émile André (1838 - 1897)

Peau d'âne
Language: French (Français) 
Il était un' fois un Roi et un' Reine
Ayant une fille, un objet charmant.
Ils avaient aussi, la chose est certaine,
Un âne doué d'un don surprenant.
Unique en son genre, en un mot, cet âne
Au lieu de fumier faisait des louis d’or,
De l'or en lingots, de l'or diaphane ;
Pour le Roi cet âne était un trésor.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

Le Roi, qui voulait l'bonheur de sa fille,
Un jour lui dit : « Le quatorze août prochain,
Ma fille, il faudra quitter ta famille,
Car je te marie au Prince Machin. »
La jeune Princesse était fort en peine,
Ne sachant que faire, ennuyée, hélas !
Elle s'en alla trouver sa marraine,
Que l'on appelait la Fée aux Lilas.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

« Oh ! mais, » dit la Fée, « oh! mais c'est horrible !
Eloignons bien vite un danger pareil.
Demande à ton père un' chose impossible,
Un' robe en satin couleur de soleil. »
La Princesse alors demande à son père
La robe en question ; le Roi, tout joyeux,
Commande la robe à la couturière,
Tous ceux qui la voient en ont mal aux yeux.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

La Princesse alors ne sait plus que faire,
Elle s'en va chez la Fée aux Lilas,
Qui lui dit : « Eh bien ! demande à ton père
La peau de son âne. Il ne voudra pas. »
La Princesse au Roi fait cette demande ;
Le Roi fait tuer l'âne comme un veau,
Et de la Princess' la surprise est grande,
Quand le Roi lui vient apporter la peau.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

La Fée aux Lilas dit à sa filleule :
« Allons, de cett' peau d'âne entoure-toi.
Sors de ce palais et fuis toute seule,
Afin d'échapper au courroux du Roi.
Tous tes beaux atours, tes bijoux de Reine
Partout te suivront. Laisse-moi ce soin. »
La Princesse embrasse alors sa marraine
Et s'enfuit bien loin, mais bien loin, bien loin.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

Peau d'âne se met servante de ferme
Et gard' les dindons dans les basses-cours.
Mais chaque dimanch' vite elle s'enferme
Et met aussitôt ses plus beaux atours.
Un jour que Peau d'âne avait, la coquette,
Sa robe en satin couleur de soleil,
Le fils de Roi passe ; il voit sa toilette,
Devient amoureux et perd le sommeil.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

Il ne mange plus, et la fièvre augmente.
« Ah ! » dit la Reine, « ah ! mon fils, que veux-tu ?
Ouvre un peu ton cœur à ta mère aimante,
Parle et ton désir sera prévenu.
Veux-tu du ricin ou de la tisane ? »
Le prince répond : « Je veux un gâteau,
Mais que ce gâteau soit fait par Peau d'âne. »
Alors vers Peau d'âne on court aussitôt.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

Or dans le gâteau que trouva le Prince ?
Ah ! devinez ! un superbe anneau d'or !
Un petit anneau, si mince, si mince,
Que le Roi charmé publie à son d'cor
Que celle de qui le petit doigt rose
Dans le dit anneau bien juste entrera,
Grande dame ou non, qu'on jase ou qu'on glose,
Sur l'heure à son fils il la mariera.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

Marquise, bourgeoise et puis paysanne
Essayèrn't d'entrer l'anneau vainement.
Quand ce fut enfin au tour de Peau d'âne,
Elle entre l'anneau très facilement.
La Fée aux Lilas vint sur un nuage
Et conta la chose au Roi de son mieux.
On fit le jour même un beau mariage ;
Peau d'âne et le Princ' furent très heureux.
  Il est bien prouvé
  Que c'est arrivé.

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)


Researcher for this text: Johann Winkler

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