by Jean Richepin (1849 - 1926)

L'Hareng‑saur
Language: French (Français) 
Ne rougis pas de ta carcasse,
Toi, vieux, qu’on nomme l’hareng saur.
Garde ce sobriquet cocasse
Comme un trésor.

Laisse rire ces bons apôtres.
Nos beaux messieurs à tralala.
Car tu n’es pas si laid qu’eux autres.
Bien loin de là !

Ils font les fiers avec leur mine.
Mais c’est l’astiquage qui rend
Leur corps aussi blanc qu’une hermine
Et transparent.

Tous les jours avec de l’eau douce
Ils se lavent au saut du lit
À force de savon qui mousse
Et qui polit.

Ils ont la peau comme une espèce
De baudruche passée au lard.
J’aime mieux ta basane épaisse
Comme un prélart.

Car c’est avant tout la chlorose
Qui donne à leur teint ce reflet
Et fait ces pétales de rose
Trempés de lait.

Toi, que ton cuir soit propre ou sale,
Qu’importe ! Il est d’un fameux grain,
Il se tanne au soleil, se sale
Dans le poudrain,

Se culotte aux souffles du large,
Se cuit même dans ton sommeil ;
Mais dessous court au pas de charge
Un sang vermeil.

Et tout cela, mon camarade,
Hâlé, fumé, roux, fauve, brun.
Le soleil, l’eau, l’air de la rade,
Le vent, l’embrun,

Tout cela se fond et s’arrange
Avec la patine des ans
En un riche métal étrange
Aux tons luisants ;

Et, dressé sur ton col robuste,
Ton vieux museau de mathurin
Resplendit pour moi comme un buste
D’or et d’airain.

Confirmed with Jean Richepin, La Mer, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1894, pages 164-166.


Authorship:

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive):


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

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