by Johann Wolfgang von Goethe (1749 - 1832)
Translation by Anne Louise Germaine de Staël-Holstein (1766 - 1817), as Madame de Staël

La Bayadere, et le Dieu de l'Inde
Language: French (Français)  after the German (Deutsch) 
Brama, le dieu de la belle contrée
Que fécondent les feux du ciel,
Quitte sa demeure éthérée
Caché sous les traits d'un mortel.
Il veut s'exposer à la peine,
Il veut souffrir, désirer et jouir,
Pour récompenser ou punir,
En jugeant les humains avec une âme humaine.
Il parcourt l'Inde et ses climats brûlants :
Il regarde le peuple, il observe les grands ;
Et, vers le soir, s'éloignant de la ville,
Il poursuit son voyage et cherche un autre asile.

Un jour qu'il allait lentement
A travers les faubourgs, vers la rive du Gange,
Une jeune beauté l'appelle doucement.
Il la regarde, il croit revoir un ange,
Malgré le fard, malgré le vêtement,
Qui, trahissant sa destinée,
Attiraient sur l'infortunée
Le regard hardi du passant.
Salut. -- Merci. -- Ton nom? lui dit-il. -- Bayadère,
Répondit-elle au voyageur ;
J'habite ici le sanctuaire
De l'amour joyeux et vainqueur.
Elle prend sa cymbale et s'apprête à la danse,
Elle charme les yeux par mille pas divers :
Elle arrondit ses bras, se courbe, se balance,
Et s'entoure de fleurs qui parfument les airs.

Bel étranger, viens sous ce toit profane,
Honore mon simple réduit ;
Four toi je vais éclairer ma cabane.
Viens, dit-elle. Le dieu la suit.
J'offre une eau pure et salutaire
A tes membres lassés par la chaleur du jour.
Choisis ou le repos, ou la joie, ou l'amour ;
Quels que soient tes désirs, je veux les satisfaire.
Le divin voyageur accepte, en souriant,
Les soins qu'elle prodigue à sa feinte souffrance ;
Car, sous le poids d'un long abaissement,
Il aperçoit un cœur digne de sa clémence.

Pour l'éprouver, en maître impérieux
Il commande à la Bayadère ;
En humble esclave elle prévient ses vœux,
A le servir elle semble se plaire,
Elle obéit : elle ne cherche plus
L'art séducteur dont elle faisait gloire,
Et l'amour a repris ses droits longtemps perdus.
Le dieu n'est pas encor content de sa victoire.
Par l'espoir et par la terreur
Il veut relever l'âme, ennoblir la nature ;
Et s'il a résolu l'épreuve du malheur,
C'est qu'il en doit sortir la flamme la plus pure.

Pour la première fois elle verse des pleurs.
De l'amour et de ses douleurs
Elle a senti la suprême puissance ;
Ce n'est plus le plaisir ni sa vive espérance
Qui subjuguent son faible cœur.
Elle tombe aux pieds du vainqueur ;
Ses membres, jadis si flexibles,
Ne peuvent plus la soutenir :
Mais du jour les clartés paisibles
Viennent enfin à s'obscurcir,
Et la nuit, déployant au loin ses voiles sombres,
Couvre leur doux hymen de ses modestes ombres.

Lorsqu'un sommeil délicieux,
O Bayadère, aura fermé tes yeux,
Que ton réveil sera terrible !
Tu trouveras mort sur ton sein
L'hôte charmant, l'hôte sensible,
Qui vient de changer ton destin.
Par ta douleur, par tes sanglots funestes,
Tu veux en vain le ranimer ;
On va porter ses nobles restes
Sur le bûcher qui doit les consumer.
L'hymne des morts est entonnée ,
La Bayadère en pleurs fend la foule étonnée.

Ses cris percent les airs, et ses sombres regards
Suivent le corps glacé qu'on emporte loin d'elle.
On l'arrête de toutes parts.
Cessez, dit-elle alors, cessez, troupe cruelle ;
Laissez-moi le rejoindre, il était mon époux :
Ces traits divins seraient réduits en cendre !
Je n'ai joui qu'un jour des liens les plus doux.
Des prêtres saints le chœur se fait entendre. Au
tombeau, disent-ils, nous portons les mortels,
Nous portons le vieillard fatigué du voyage,
Le jeune homme qui tombe à la fleur de son âge ,
Quand la vie et ses biens lui semblaient éternels.

Écoute, jeune fillee, une leçon sévère,
Crois tes prêtres, bannis un orgueilleux espoir;
Tu vis comme une Bayadère,
Tu n'avais point d'époux, tu n'as point de devoir.
Sur le bord escarpé de l'éternel abîme
L'ombre seule suivra le corps,
Telle est la loi de l'empire des morts,
Et l'épouse fidèle un époux légitime.
Élevons jusqu'au ciel notre plainte sacrée.
Quand une mort prématurée
Frappe le jeune homme à nos yeux ,
L'ornement de la terre est ravi par les dieux.

C'est ainsi que chantaient les brames.
L'amante au désespoir ne les écoute pas,
Elle s'élance dans les flammes,
Le dieu la reçoit dans ses bras.
Il retourne au ciel avec elle ;
Il la soutient dans les airs,
Et de sa gloire immortelle
Il a rempli ce cœur qui fut jadis pervers.
L'amour a ses vertus dont il pénètre l'âme,
Au pécheur repentant tout le ciel applaudit ;
Brama peut épurer, par sa céleste flamme,
L'heureux objet que sa bonté choisit.

Authorship

Based on

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Researcher for this text: Guy Laffaille [Guest Editor]

Text added to the website: 2010-12-03 00:00:00
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