by Pierre de Ronsard (1524 - 1585)

L'Amour piqué par une abeille
Language: French (Français) 
Available translation(s): ENG
Le petit enfant Amour
Cueilloit des fleurs à l'entour
D'une ruche, où les avettes
Font leurs petites logettes.

Comme il les allait cueillant,
Une avette sommeillant
Dans le fond d'une fleurette
Lui piqua la main tendrette.

Sitost que piqué se vit,
Ah ! je suis perdu, ce dit ;
Et, s'en courant vers sa mère,
Lui monstra sa playe amère :

Ma mère, voyez ma main,
[Ce]1 disoit Amour, tout plein
De pleurs, [voyez]2 quelle enflure
M'a fait une esgratignure ! 

Alors Venus se sou-rit
Et en le baisant le prit,
Puis sa main luy a soufflée
Pour guarir sa plaie enflée.

Qui t'a, dy-moi, faux garçon,
Blessé de telle façon ?
Sont-ce mes Graces riantes,
De leurs aiguilles poignantes ?

Nenny, c'est un serpenteau,
Qui vole au printemps nouveau
[Avecques deux ailerettes
Çà et là sur les fleurettes]3.

Ah ! vrayment je le cognois,
Dit Venus ; les villageois
De la montagne d'Hymette
Le surnomment [Mélissette]4.

Si doncques un animal
Si petit fait tant de mal,
Quand son halesne espoinçonne
La main de quelque personne,

Combien fais-tu de douleurs
Au prix de luy, dans les cœurs
[De ceux contre qui]5 tu jettes
Tes [homicides]6 sagettes ? 

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1 Chardavoine: "Luy"
2 Chardavoine: "aussi"
3 Chardavoine: "Çà et là sur les fleurettes,/ Avecques deux ailerettes"
4 Chardavoine, Caietain: "une avette"
5 Chardavoine: "A qui pour butte" ; Caietain : "En qui pour butte"
6 Chardavoine, Caietain: "amoureuses"
Modernized version:
Le petit enfant Amour
Cueillait des fleurs à l'entour
D'une ruche, où les avettes
Font leurs petites logettes.

Comme il les allait cueillant,
Une avette sommeillant
Dans le fond d'une fleurette
Lui piqua la main douillette.

Sitôt que piqué se vit,
« Ah, je suis perdu ! » ce dit,
Et, s'en courant vers sa mère,
Lui montra sa plaie amère ;

« Ma mère, voyez ma main,
Ce disait Amour, tout plein
De pleurs, voyez quelle enflure
M'a fait une égratignure ! »

Alors Vénus se sourit
Et en le baisant le prit,
Puis sa main lui a soufflée
Pour guérir sa plaie enflée.

« Qui t'a, dis-moi, faux garçon,
Blessé de telle façon ?
Sont-ce mes Grâces riantes,
De leurs aiguilles poignantes ?

-- Nenni, c'est un serpenteau,
Qui vole au printemps nouveau
Avecques deux ailerettes
Ça et là sur les fleurettes.

-- Ah ! vraiment je le connois,
Dit Vénus ; les villageois
De la montagne d'Hymette
Le surnomment Mélissette.

Si doncques un animal
Si petit fait tant de mal,
Quand son alène époinçonne
La main de quelque personne,

Combien fais-tu de douleur,
Au prix de lui, dans le cœur
De celui en qui tu jettes
Tes amoureuses sagettes ? »

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)

Settings in other languages, adaptations, or excerpts:

  • Also set in French (Français), [adaptation] ; composed by Gérard Condé, Charles Camille Saint-Saëns.

Other available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Love wounded", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

Text added to the website: 2011-04-28 00:00:00
Last modified: 2014-11-19 13:52:54
Line count: 40
Word count: 197