Contes bleus

by Paul-Jean-Jacques Lacôme d'Estalenx (1838 - 1920)

Word count: 2435

1. Le coq et le renard [sung text not yet checked]

Subtitle: Apologue

Maître Coq avec ses poulettes
Sur un juchoir était perché.
Maître Renard de nos pauvrettes
En flairant s'était approché.
« Sais-tu pas la grande nouvelle,
Cher petit coq ? » dit le renard.
« Non, » répondit le coq, « la quelle ?
Réponds moi vite et sans retard. »
Cocorico ! Cocorico, joli coco !

« Mon cher coq, » répartit le traître,
« Tu ne lis donc pas les journaux ?
La nouvelle vient de paraître
Au 'Moniteur des animaux'.
Toutes les bêtes de la terre,
Voyant les humains si mauvais,
Ont en l'idée élémentaire
De conclure un traité de paix. »
Cocorico ! Cocorico, joli coco !

« Descends donc avec ta famille,
Petit cocoq, à son Renard !
De vous embrasser tous je grille. »
« Et moi donc ! » reprit l'autre à part.
Sur ce chantant à perdre haleine
Et lançant au loin son regard
Le coq interrogeait la plaine.
« Que vois-tu donc ? » dit le renard.
Cocorico ! Cocorico, joli coco !

« Je vois là-bas sur la grand' route
Des chiens qui viennent par ci.
C'est pour nous apporter sans doute
Cette grande nouvelle aussi. »
Mais le renard dit : « Camarade,
Au revoir, je suis très pressé. »
Et, sans achever sa tirade,
Il prit la fuite, et fut sensé.
Cocorico ! Cocorico, joli coco !

Authorship

Note: inspired by Jean de La Fontaine's Le Coq et le Renard.


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2. Monsieur de Crac [sung text checked 1 time]

Subtitle: Fanfare

Ton, ton, ton taine, ton ton !
Monsieur de Crac
De Bergerac
Était grand chasseur
Devant le Seigneur.
Il dépeuplait tout le canton,
Ton, ton, ton taine, ton ton !

Pan ! d'un seul coup il extermine
Un chevreuil, un lièvre, un perdreau,
Sans parler d'une bécassine
Qui pique une tête dans l'eau.
Au même instant un brochet passe,
Et savez-vous ce qui se passe ?
Eh bien ! le bec de la bécasse
Embroche-broche le brochet
Très stupefait !
Ton, ton etc.

Il va repêcher la bécasse,
Son pied glisse sur un pépin.
V'lan ! il tombe, est-ce assez cocasse.
Les  deuxmains sur un gros lapin.
Mais il survient une anicroche,
Le chien de son fusil s'accroche
Dans la chûte au coin de sa poche,
Un coup part, et perce le flanc
D'un ortolan !
Ton, ton etc.

Quand il remonta sur la berge,
Ses bottes étaient pleines  d'eau.
Il entre sonc dans une auberge
De  peur d'un rhume de cerveau.
Vite il retire sa chaussure ;
De ses bottes par l'ouverture
Voilà qu'il sort une friture,
Une friture de goujons
Tout frétillons !
Ton, ton etc.

De canards une ribambelle
Barbotait au bord d'un étang.
Au bout d'unelongue ficelle
Monsieur de Crac attache un gland.
Ces animaux ont lemérite
De digérer, dit-on, fort vite,
Et l'un après l'autre, à la suite,
Ils avalent le gland qui pend.
Il en prit cent.
Ton, ton etc.

A la chasse au lion en Afrique,
Crac de gloire enfin s'est  couvert.
Caché derrière le Tropique,
Il attend le Roi du désert.
Puis sa tabatière il lui jette
Sous le nez ; l'animal s'arrête
Eternue et se fend la tête.
Il revient avec cent millions
De peaux de lions.
Ton, ton etc.

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3. Le soldat de carton [sung text checked 1 time]

Subtitle: Chanson militaire

Il était en Espagne
Un soldat surprenant,
N'allant pas en campagne
De crainte d'accident.
C'était, dit la chronique,
Un soldat de carton ;
Il avait la colique
Au seul bruit du canon !
  Rantanplan tire lirelaire,
  Ah ! le beau mirlitaire !
  Ah ! le beau mirliton
  Que ce soldat de carton !

Il n'osait par la pluie
Dehors mettre le pied,
Il eut mis en bouillie
Sa culotte en papier.
Il avait pour bottine
Un vrai petit bateau,
Un nez en gélatine
Et trois rhum's de cerveau !
  Rantanplan tire lirelaire,
  Ah ! le beau mirlitaire !
  Ah ! le beau mirliton
  Que ce soldat de carton !

Il avait un panache
En plume de dindon.
Il avait pour moustache
Du crin noir au menton ;
Un fusil en réglisse,
Un sabre en chocolat,
Un casque pain d'épice
Et l'accent auvergnat !
  Rantanplan tire lirelaire,
  Ah ! le beau mirlitaire !
  Ah ! le beau mirliton
  Que ce soldat de carton !

Il avait des dorures
De la tête aux talons ;
Aux mains des engelures,
Mais aux pieds des oignons ;
Au cœur, peu d'héroïsme,
Mais beaucoup de crachats,
Au bras, un rhumatisme
Et quatre peaux de chats !
  Rantanplan tire lirelaire,
  Ah ! le beau mirlitaire !
  Ah ! le beau mirliton
  Que ce soldat de carton !

N'aimant pas l'exercice,
Toujours il prétextait
Qu'il avait la jaunisse,
Et dans son lit restait ;
Dans l'état militaire
Ce qu'il trouvait plus doux,
C'était la cantinière
Et puis la soupe aux choux !
  Rantanplan tire lirelaire,
  Ah ! le beau mirlitaire !
  Ah ! le beau mirliton
  Que ce soldat de carton !

Il allume un cigare
Un jour sans réfléchir,
Et crac ! sans crier gare
Il se met à rôtir.
« A la garde, à la garde ! »
Mais on ne trouva plus,
Hélas ! que sa cocarde,
Reste de ses vertus !
  Rantanplan tire lirelaire,
  Ah ! le beau mirlitaire !
  Ah ! le beau mirliton
  Que ce soldat de carton !

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4. Ouistiti [sung text checked 1 time]

Subtitle: Chanson maritime

Il était un tout petit mousse
D'un singe il avait la frimousse,
Il était si petit, petit,
Qu'on le surnommait Ouistiti ;
Il s'était engagé pour faire
Une rente à sa bonne mère ;
Aussi, pour passer matelot,
Il eut gaîment risqué sa peau.
  Cric ! crac! Sabot,
  Cuiller à pot,
  Un crapaud dans ton hamac,
  Cent écus dans mon bissac !

A bord du trois-mâts la 'Joconde'
Il avait fait le tour du monde ;
Il avait vu Madagascar,
Constantinople et Gibraltar.
Il avait visité la Chine
Et la République Argentine,
L'Océanie et le Congo,
L'Égypte et même Saint-Malo !
  Cric ! crac! Sabot,
  Cuiller à pot,
  Un crapaud dans ton hamac,
  Cent écus dans mon bissac !

Au large on signale un navire.
Le commandant se met à dire :
« De quel pavillon ? » « Sapristi !
Corsaire Anglais, » dit Ouistiti.
Le commandant de la 'Joconde'
Crie : « A son poste tout le monde !
Feu partout ! pointons comme il faut !
Dans un quart d'heure il fera chaud ! »
  Cric ! crac! Sabot,
  Cuiller à pot,
  Un crapaud dans ton hamac,
  Cent écus dans mon bissac !

Le feu prend à bord du corsaire,
Que de près la 'Joconde' serre;
L'Anglais nous jette le grappin ;
Ouistiti voit tout, le malin.
Il grimpe et coupe le cordage,
Le 'Joconde' alors se dégage.
Il était temps, car, aussitôt,
L'Anglais saute à cents pieds de haut !
  Cric ! crac! Sabot,
  Cuiller à pot,
  Un crapaud dans ton hamac,
  Cent écus dans mon bissac !

Ouistiti, pour un tel service,
Fut nommé matelot d'office ;
Et puis, pour comble de bonheur,
On lui donna la croix d'honneur !
Il revint embrasser sa mère,
Qui de son enfant était fière,
Car tout le monde à Saint-Malo
Lui tirait bien bas son chapeau !
  Cric ! crac! Sabot,
  Cuiller à pot,
  Un crapaud dans ton hamac,
  Cent écus dans mon bissac !

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5. La petite désobéissante [sung text checked 1 time]

La belle petite Camille
Était une petite fille
Charmante vraiment en tout point,
Mais elle n'obéissait point.
Disait-on : « Cours moins fort, petite ! »
Elle courait dix fois plus vite,
Elle tomba tout de son long
Et se fit une bosse au front.
  La chose est positive,
  Voilà, voilà ce qu'il arrive
  Aux enfants
  Désobéissants.

Lui disait-on : « Mais, petit diable,
Ne monte donc pas sur la table !
Un beau jour tu te casseras
Soit une jambe, soit un bras. »
Elle y montait à la minute,
Un jour elle fit la culbute,
Mais elle en fut punie assez :
Elle eut bras et jambe cassés.
  La chose est positive,
  Voilà, voilà ce qu'il arrive
  Aux enfants
  Désobéissants.

Lui disait-on : « Mademoiselle,
Me touchez pas à la chandelle,
Vous rôtirez comme un gigot. »
Vite elle y touchait aussitôt.
Le feu prit à sa chevelure ;
Ah ! mes enfants, quelle brûlure !
Elle fut chauve et se cacha.
De perruque on lui fit achat ...
  La chose est positive,
  Voilà, voilà ce qu'il arrive
  Aux enfants
  Désobéissants.

« Tricote, » disait-on, « Camille !
Mais prends bien garde à ton aiguille !
Cet instrument est dangereux,
Tu pourrais te crever les yeux ! »
Bah ! Elle en rirait de plus belle.
Elle se creva la prunelle.
On lui mit un œil en cristal.
Ah ! c'est ça qui lui fit du mal !
  La chose est positive,
  Voilà, voilà ce qu'il arrive
  Aux enfants
  Désobéissants.

De sorte qu'avec sa perruque,
Avec sa bosse sur la nuque,
Avec son bras en caoutchouc
Et sa jambe en bois d'acajou,
Surtout avec son œil en verre,
Qui vous regardait en colère,
Elle effrayait tout le quartier,
Tout, même jusqu'au charbonnier !
  La chose est positive,
  Voilà, voilà ce qu'il arrive
  Aux enfants
  Désobéissants.

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6. Mademoiselle Tartine [sung text not yet checked]

De Mademoiselle Tartine
En biscuit était le palais ;
Tous les murs étaient en farine,
Les planchers étaient en croquet.
Son lit était un pot de crême,
Son oreiller un petit chou ;
Le moelleux édredon, lui-même,
Était fait de fromagemou.
   Tartine,
   On le devine,
   Était, sans me moquer,
   Gentille à croquer.

Sa bouche était en confiture,
Ses yeux en faïence de Rouen,
En ivoire était sa denture
Et ses jambes en vif argent.
Sa  joue était en peau de pêche,
Son nez était en massepain,
Ses dix doigts en saucisse fraîche,
Ses cheveux en poils de lapin.
   Tartine,
   On le devine,
   Était, sans me moquer,
   Gentille à croquer.

[...]

Authorship

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7. Le prince au long nez [sung text checked 1 time]

Il était une fois un prince
Ayant un nez, un si long nez,
Que tous le gens de sa province
De ce nez étaient consternés.
Boire à table il ne pouvait guère,
Aux bons vins il tournait le dos ;
Car son nez trempait dans son verre
Comme un biscuit dans du Bordeaux !
  Ah! quel nez ! Ah! quel nez !
  L'obélisque
  En bisque, en bisque.
  Ah! quel nez !
  On pouvait le ramoner !

Ses flatteurs lui disaient: « Grand prince,
Vous êtes vraiment beau garçon,
Votre nez, c'est vrai, n'est pas mince,
Mais il est de belle façon. »
Il croyait à leur beau langage,
Mais un jour, sortant du palais,
Son grand nez fit tant de tapage
Que tous les chiens couraient après.
  Ah! quel nez ! Ah! quel nez !
  L'obélisque
  En bisque, en bisque.
  Ah! quel nez !
  On pouvait le ramoner !

Il aimait une jeune Altesse
Qui vint une fois à la cour.
Il lui dit : « Vous êtes, Princesse,
Plus belle vraiment que le jour.
Permettez que je vous embrasse ! »
Mais le Prince avait beau chercher,
Tout son nez remplissait l'espace,
Et d'elle il ne put s'approcher.
  Ah! quel nez ! Ah! quel nez !
  L'obélisque
  En bisque, en bisque.
  Ah! quel nez !
  On pouvait le ramoner !

La Princesse avait pour marraine
Une fée ; on la fit venir.
« Mes enfants, malgré votre peine, »
Dit la fée, « il faut vous unir. »
« Eh bien ! soit ! allons à l'église, »
Dit le Prince, « il faut obéir. »
Il tâta son nez ... ô surprise !
Son nez venait de raccourcir !
  Ah! quel nez ! Quel beau nez !
  Il le touche,
  Il louche et mouche.
  Ah! quel nez !
  Bien tourné ! 
  Chacun était étonné.

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8. Don Quichotte [sung text checked 1 time]

Don Quichotte de la Manche
Était un brave hidalgo,
Sec et long comme une planche
Et sujet au vertigo.
Il dégainait tout de go,
Ce qui lui valut plus d'un lumbago.

Son bon écuyer fidèle,
Sancho Pança l'escortait,
Et son bon cheval de selle
Rosinante le portait.
Ce cheval, chose étonnante,
Jamais, jamais n'engraissa,
Car à panser Rosinante
Jamais Pança ne pensa.
Don Quichotte etc.

Pour un géant de la fable
Il prend un moulin à vent,
Et d'une voix formidable,
Il crie : « Allons, en avant ! »
De sa lance il perce une aile,
Le moulin vient à tourner ;
Cheval et lui, pêle-mêle
Vont en l'air tourbillonner !
Don Quichotte etc.

Un jour il creva la panse
A plusieurs outres de vins,
Les prenant dans sa démence
Pour un tas de vils coquins.
Le vin inondait la cave,
Et lui, criait : « Je vous tiens !
Pif, paf, pouf, ah ! je vous brave
A moi seul, méchants vauriens ! »
Don Quichotte etc.

Une autre fois, dit l'histoire,
Un lion il attaqua,
Que l'on menait à la foire
De Grenade à Malaga.
Le lion était maussade :
Il envoie au chevalier
Une bonne pétarade
Qui manqua le reverser.
Don Quichotte etc.

Mais toutes ces aventures
Altéraient fort sa santé.
Il souffrait de vingt blessures,
Il s'était donc alité.
Il fit venir un notaire,
Lui dicta son testament,
Puis prit un dernier clystère
Et mourut gaillardement
Don Quichotte etc.

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9. La petite pendule [sung text checked 1 time]

Une fois, chez un brave homme,
Une pendule il était,
Dont le tintin, Dieu sait comme,
Toute la maison charmait.
Cette pendule chérie
Pour son maître, sur l'honneur,
N'avait sonné de sa vie
Que des heures de bonheur.
Tic, tac, bom, bom, bom !
Sonne et carillonne,
Pendule mignonne,
Que ta voix, résonne,
Sonne donc,
Dig et dig et don.

Un jour, hélas ! ô scandale !
Un grand guerrier mal appris
Voit la pendule ... l'emballe
Et l'emporte en son pays.
De son maître séparée,
La pendule, de douleur,
Sonnait en désespérée
Et s'écriait : au voleur !
Tic, tac etc.

Le guerrier prenait pilule,
Sur pilule sans dormir,
Car la fidèle pendule
Ne cessait de retentir.
Alors il perd patience,
Il fait venir l'horloger !
Mais ni l'art ni la science
Ne peuvent y rien changer.
Tic, tac etc.

Enfin, à bout de souffrance,
Il la renvoya, chagrin,
A son premier maître en France,
Et le sommeil lui revint.
La pendule était heureuse,
Son maître l'aimait toujours ;
Elle répétait, joyeuse,
Son refrain des anciens jours :
Tic, tac etc.

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10. La Toussaint [sung text checked 1 time]

Subtitle: Légende Alsacienne, ou conte bleu

Tous les ans à la Toussaint,
Quand sonnent les cloches sombres,
Dans le brouillard incertain
Il passe de grandes ombres.
C'est un conte bleu,
Qu'en Alsace
A voix basse
On raconte au coin du feu.

Dans le ciel noir on entend
Des fanfares de trompettes,
Des cris de commandement
Et des chocs de baïonnettes.
C'est un conte bleu etc.

Cependant à l'orient
Le premier soleil arrive,
Qui dissipe en souriant
La vision fugitive.
C'est un conte bleu etc.

Ça, disent les paysans,
Ce sont les soldats de France
Qui reviennent tous les ans
Pour nous crier : Espérance !
C'est un conte bleu etc.

Authorship

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