Deux poésies de Lamartine

by Émile Paladilhe (1844 - 1926)

Word count: 980

1. Le crucifix [sung text checked 1 time]

Toi que j'ai recueilli sur sa bouche expirante
Avec son dernier souffle et son dernier adieu,
Symbole deux fois saint, don d'une main mourante,
Image de mon Dieu !

Que de pleurs ont coulé sur tes pieds, que j'adore,
Depuis l'heure sacrée où, du sein d'un martyr,
Dans mes tremblantes mains tu passas, tiède encore
De son dernier soupir !

[ ... ]

O dernier confident de l'âme qui s'envole,
Viens, reste sur mon coeur! parle encore, et dis-moi
Ce qu'elle te disait quand sa faible parole
N'arrivait plus qu'à toi.

[ ... ]

Pour éclaircir l'horreur de cet étroit passage,
Pour relever vers Dieu son regard abattu,
Divin consolateur, dont nous baisons l'image,
Réponds ! Que lui dis-tu ?

Tu sais, tu sais mourir! et tes larmes divines,
Dans cette nuit terrible où tu prias en vain,
De l'olivier sacré baignèrent les racines
Du soir jusqu'au matin !

[ ... ]

Au nom de cette mort, que ma faiblesse obtienne
De rendre sur ton sein ce douloureux soupir :
Quand mon heure viendra, souviens-toi de la tienne,
O toi qui sais mourir !

[ ... ]

Ah! puisse, puisse alors sur ma funèbre couche,
Triste et calme à la fois, comme un ange éploré,
Une figure en deuil recueillir sur ma bouche
L'héritage sacré !

Soutiens ses derniers pas, charme sa dernière heure,
Et, gage consacré d'espérance et d'amour,
De celui qui s'éloigne à celui qui demeure
Passe ainsi tour à tour !

Jusqu'au jour où, des morts percant la voûte sombre,
Une voix dans le ciel, les appelant sept fois,
Ensemble éveillera ceux qui dormaient à l'ombre
De l'éternelle croix !

Authorship

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2. Hymne au Christ [sung text checked 1 time]

Verbe incréé! Source féconde
De justice et de liberté!
Parole qui guéris le monde!
Rayon vivant de vérité!

Chaque fibre à ton nom s'émeut dans tous les coeurs,
Et tu revis partout, jusque dans la pensée,
Jusque dans la heine insensée,
De tes ingrats blasphêmateurs!

Aliment qui contient la vie,
Chaleur dont le foyer est Dieu,
Germe qui croît et fructifie,
Ton verbe la sème en tout lieu!

Préférant ses doutes funèbres,
L'homme ammasse en vain les ténèbres,
Partout ta splendeur le poursuit!
Et comme au jour quit nous éclaire,
Le monde ne peut s'y soustraire,
Qu'en se replongeant dans la nuit!

Non! jamais de ces feux qui roulent sur nos têtes,
Jamais de ce Sina qu'embrasaient les tempêtes,
Jamais de cet Horeb, Trône de Jéhova,
Aux yeux des siècles n'éclata
Un foyer de clarté plus vive et plus féconde
Que cette vérité qui jaillit sur le monde
Des collines de Golgotha!

O toi qui fis lever cette seconde aurore
Dont un second chaos vit l'harmonie éclore!
Parole qui portais avec la vérité
Justice et tolérance, amour et liberté!
Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine,
Et de l'homme à son Dieu sois la divine chaîne!
Illumine sans fin de tes feux éclatants
Les siècles endormis dans le berceau des temps!

Pour moi, soit que son nom ressucite ou succombe,
O Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe!
Plus la nuit est obscure et plus mes faibles yeux
S'attachent au flambeaux qui pâlit dans les cieux!
Et quand l'autel brisé que la foule abandonne
S'écroulerait sur moi... temple que je chéris,
Temple où j'ai tout reçu, temple où j'ai tout appris,
J'embrasserais encor ta dernière colonne,
Dussé-je être écrasé sous tes sacrés débris.

Authorship

Confirmed with Oeuvres de Lamartine de l'académie française: édition complète en un volume, Bruxelles, Adolphe Wahlen, Impr. Libr. de la cour, Rue des sables, No. 22, Various passages, out of order from pp. 141-145.


Researcher for this text: Andrew Schneider [Guest Editor]