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by Pierre de Ronsard (1524 - 1585)

Desja les grands chaleurs s'esmeuvent
Language: Middle French 
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Desja les grands chaleurs s'esmeuvent,
Et presque les fleuves ne peuvent
Leurs peuples escaillez couvrir :
Ja voit on la plaine alterée
Par la grande torche ætherée
De soif se lascher, et s'ouvrir.

L'estincelante Canicule,
Qui ard, qui cuist, qui boust, qui brule,
L'Esté nous darde de là haut,
Et le Soleil qui se promeine
Par le bras du Cancre, rameine
Ses mois hallez d'un si grand chaut.

Icy la diligente troupe
Des mesnagers, par ordre coupe
Le poil de Cerés jaunissant,
Et là, jusques à la vesprée
Abat les honneurs de la prée,
Des beaux prez l'honneur verdissant.

Ce-pendant leurs femmes sont prestes
D'asseurer au haut de leurs testes
Des plats de bois, et des baris,
Et filant, marchent par la plaine
Pour aller soulager la peine
De leurs laborieux maris.

Si tost ne s'esveille l'Aurore,
Que le pasteur ne soit encore
Plustost levé qu'elle, et alors
Au son de la corne resveille
Son troupeau qui encor sommeille
Dessus la fresche herbe dehors.

Parmy les plaines descouvertes,
Par les bois, et les rives vertes
Paist le bestail, ores courant
Entre les fleurs Apollinées,
Or'entre celles qui sont nées
Du sang d'Adonis, en mourant.

Sur les rives des belles ondes
Les jeunes troupes vagabondes,
Les filles des troupeaux lascifs
De fronts retournez s'entrechoquent
Devant leurs peres, qui s'en moquent
Au haut du prochain tertre assis.

Mais quand en sa distance egale
Est le Soleil, et la cygale
Enrouément espand sa vois,
Et que nul Zephire n'haleine
Tant soit peu les fleurs en la plaine,
Ne la teste ombreuse des bois :

Adonc le pasteur entrelasse
Ses paniers de torse pelasse,
Ou il engluë les oiseaux,
Ou nud comme un poisson il nouë,
Et avec les ondes se jouë
Cherchant le plus profond des eaux.

Si l'antique fable est croyable,
Erigone la pitoyable
En tels mois alla luire aux cieux
En forme de vierge, qui ores
Reçoit dedans son sein encores
Le commun œil de tous les Dieux :

Oeil incognu de noz valées,
Où les fontaines devalées
Du vif rocher vont murmurant,
Et où mille troupeaux se pressent,
Et le nez contre terre baissent,
Si grande chaleur endurant.

Sous les chesnes qui refrechissent,
Remaschent les beufs, qui languissent
Au piteux cry continuel
De la genisse qui lamente
L'ingrate amour, dont la tourmente
Par les bois son toreau cruel.

Le pastoreau qui s'en estonne,
S'essaye du flageol qu'il sonne
De soulager son mal ardent :
Ce qu'il fait, tant qu'il voye pendre
Contre-bas Phœbus, et descendre
Son chariot en l'Occident.

Et lors de toutes parts r'assemble
Sa troupe vagabonde ensemble,
Et la convoye aux douces eaux,
Qui sobre en les beuvant ne touche
Sans plus que du haut de la bouche
Le premier front des pleins ruisseaux.

Puis au son des douces musettes
Marchent les troupes camusettes
Pour aller trouver le sejour,
Où les aspres chaleurs deçoivent
Par un dormir qu'elles reçoivent
Lentement jusqu'au poinct du jour.

G. Boeuf sets stanzas 1-5

About the headline (FAQ)

Confirmed with Œuvres complètes de Ronsard, Tome troisième: Les odes, Paris: Garnier frères, 1923, pages 183-186.


Text Authorship:

  • by Pierre de Ronsard (1524 - 1585), "De la venue de l'esté", subtitle: "Ode XIIII", written 1555 [author's text checked 1 time against a primary source]

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive):

  • by Georges Boeuf (b. 1937), "L'été", subtitle: "Ode de la venue de l’été", 2010, stanzas 1-5 [ high voice and string quartet ], from Les Quatre Saisons de Ronsard, no. 2 [sung text not yet checked]

Researcher for this page: Grant Hicks [Guest Editor]

This text was added to the website: 2026-07-20
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