by Louis Gallet (1835 - 1898)

Trois soldats !
Language: French (Français) 
Trois soldats veillaient près d'un feu mourant ;
Le plus jeune alors dit en soupirant :
« Je voudrais voir finir la guerre,
Je m'en irais la joie au cœur,
Oubliant que je suis vainqueur,
Je m'en irais près de ma mère.
Voyez, cette ceinture est l'œuvre de ses doigts ;
Elle me le remit, en maudissant nos armes,
Ce souvenir où, tant de fois,
Mes baisers ont cherché la trace de ses larmes ! »

« Moi, » dit le second, « je voudrais aussi
Voir finir la guerre et partir d'ici.
Comme le corps l'âme est lassée.
Par tant d'inutiles combats !
J'aspire à m'en aller là-bas,
là-bas près de ma fiancée.
Regardez : au départ, je lui pris, en tremblant,
Ce fichu de batiste où ma lèvre devine
Le parfum de son cou si blanc
Et qui garde le pli de sa taille enfantine. »

Le troisième dit : « Je ne compte plus
Ni les maux soufferts, ni les jours perdus.
La guerre est longue, que m'importe !
Je ne songe pas au retour,
Mon cœur flétri n'a plus d'amour,
Ma pauvre vieille mère est morte !
Comme vous, je n'ai point d'amoureux talisman,
De pieux souvenir que ma lèvre caresse,
Et je me bats aveuglément,
Sans souci que la mort ou me prenne ou me laisse. »

Tous trois furent prêts au soleil levant,
Et l'on se battit tout le jour suivant.
Lorsque revint la nuit tranquille,
Noyé dans la boue et le sang
Le premier serrait à son flanc
Sa ceinture, hélas inutile.
Le second frissonnait dans l'ombre terasé ;
Sur la blanche batiste, avec un lent murmure
Expirait son baiser glacé.
Le troisième était seul debout et sans blessure !

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)


Researcher for this text: Johann Winkler

This text was added to the website: 2020-05-17
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