Deuxième recueil de vingt mélodies, chant et piano, par J. Faure

by Jean-Baptiste Faure (1830 - 1914)

Word count: 3343

1. Credo [sung text checked 1 time]

Je crois en Dieu, le roi du ciel et de la terre,
Qui sema l'infini de tant astres de feu !
Qui créa du soleil, la féconde lumière :
Je crois en Dieu, je crois en Dieu !

Je crois en Dieu, le Maître et la source des choses,
Qui prête au vaste ciel un si beau reflet bleu !
Qui fleurit le printemps et de lis et de roses :
Je crois en Dieu, je crois en Dieu !

Je crois en Dieu, le roi du ciel et de la terre,
Qui sema l'infini de tant astres de feu !
Qui créa du soleil, l'éclatante lumière :
Je crois en Dieu, je crois en Dieu !

Je crois en Dieu, le père et le juge suprême,
Nous en seignant le bien, la sagesse en tout lieu !
L'oiseau dès son réveil nous chante son poëme,
Je crois en Dieu, je crois en Dieu !

Je crois en Dieu, je crois à la vie éternelle,
Car rien ne doit finir, car il n'est point d'adieu !
Je crois à l'espérance ouvrant sur nous son aile :
Je crois en Dieu, je crois en Dieu !

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2. Myosotis [sung text checked 1 time]

Sur mon front, comme Marguerite,
Je porte mon secret écrit ;
J'aime les étangs et j'habite 
Partout où l'eau se creuse un lit ;
Ma fleur d'un bleu pâle sagite
Au moindre vent, au moindre bruit ;
Ma coupe d'or est si petite
Qu'une larme d'oiseau l'emplit.
Je n'ai ni parfum, ni richesse,
Et si, près de moi, l'on s'empresse,
Si l'on m'interroge tout bas,
C'est que ma corolle inquiète,
En songeant aux absents, répète :
Ne m'oubliez pas ! Ne m'oubliez pas !

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3. La valse des feuilles [sung text not yet checked]

Le vent d'automne passe,
Emportant à la fois
Les oiseaux dans l'espace,
Les feuilles dans les bois.
Jours tièdes, brises molles,
Pour longtemps sont chassés
Valsez comme des folles,
Pauvres feuilles, valsez.

Sur les marges des routes,
Au midi comme au nord,
Voyez-les valser toutes
Cette valse de mort.
Le vent qui les invite
Jamais n'en trouve assez:
Tournez, tournez plus vite,
Pauvres feuilles, valsez.

Oui, toute feuille tombe,
Ormeau, chêne ou tilleul;
Tout homme est à la tombe,
L'enfant come l'aïeul.
Les rêves de ce monde
Sont bientôt effacés:
Poursuivez votre ronde,
Pauvres feuilles, valsez.

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • GER German (Deutsch) (Theodor Renaud) , "Der Tanz der Blätter", Strassburg : J. H. Ed. Heitz (Heitz & Mündel), first published 1886

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4. Le klephte [sung text checked 1 time]

Subtitle: Epithalame extrait du drame Libres!

Le Klephte est tombé sous les balles.
Chantons les marches triomphales :
Que son nom résonne partout !
Creusez la tombe haute et grande,
Pour que son bras armé s'étende,
Et pour qu'il s'y tienne debout.

Faites à la pierre une entaille,
Pour que dans les jours de bataille
Il entende les combattants.
Plantez devant un laurier rose,
Pour que l'hirondelle s'y pose
Et l'avertisse du printemps.

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5. Ninon [sung text checked 1 time]

Ninon mes amours, létoile du soir,
Ainsi qu'un saphir tremble au sein de l'onde ;
Sous les orangers, Doña, viens t'asseoir,
Tout bruit s'est calmé dans la nuit profonde.

Crains-tu le tuteur brutal et jaloux,
Qui te fait baisser ta noire mantille ?
Pauvre Bartholo, grilles et veroux,
Peuvent-ils garder cœur de jeune fille ?

La brise emporta le bruit d'un baiser,
Qui fit taire alors la douce Mandore ;
L'étoile du soir vint à s'effacer,
Et l'amant heureux murmurait encore.

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6. Le missel [sung text not yet checked]

Dans un missel datant du roi François premier,
Dont la rouille des ans a jauni le papier
Et dont les doigts dévots ont usé l'armoirie,
Livre mignon, vêtu d'argent sur parchemin,
L'un de ces fins travaux d'ancienne orfèvrerie
Où se sentent l'audace et la peur de la main,
J'ai trouvé cette fleur flétrie.
On voit qu'elle est très vieille au vélin traversé
Par sa profonde empreinte où la sève a percé.
Il se pourrait qu'elle eût trois cents ans ; mais n'importe,
Elle n'a rien perdu qu'un peu de vermillon,
Fard qu'elle eût vu tomber même avant d'être morte,
Qui ne brille qu'un jour, et que le papillon,
En passant, d'un coup d'aile emporte ;
Elle n'a pas perdu de son coeur un pistil,
Ni du frêle tissu de sa corolle un fil ;
La page ondule encore où sécha la rosée
De son dernier matin, mêlée à d'autres pleurs ;
La mort en la cueillant l'a seulement baisée,
Et, soigneuse, n'a fait qu'éteindre ses couleurs,
Mais ne l'a pas décomposée.
Une mélancolique et subtile senteur,
Pareille au souvenir qui monte avec lenteur,
L'arôme du secret dans les cassettes closes,
Révèle l'âge ancien de ce mystique herbier ;
Il semble que les jours se parfument des choses,
Et qu'un passé d'amour ait l'odeur d'un sentier
Où le vent balaya des roses.
Et peut-être, dans l'air sombre et léger du soir,
Un coeur, comme une flamme, autour du vieux fermoir,
S'efforce, en palpitant, de se frayer passage ;
Et chaque soir peut-être il attend l'angelus,
Dans l'espoir qu'une main viendra tourner la page
Et qu'il pourra savoir si rien ne reste plus
De la fleur qui fut son hommage.
Eh bien ! Rassure-toi, chevalier qui partais
Pour combattre à Pavie et ne revins jamais ;
Ou page qui, tout bas, aimant comme on adore,
Fis un aveu d'amour d'un ave maria :
Cette fleur qui mourut sous des yeux que j'ignore,
Depuis les trois cents ans qu'elle repose là,
Où tu l'as mise elle est encore.

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7. Trois soldats ! [sung text checked 1 time]

Trois soldats veillaient près d'un feu mourant ;
Le plus jeune alors dit en soupirant :
« Je voudrais voir finir la guerre,
Je m'en irais la joie au cœur,
Oubliant que je suis vainqueur,
Je m'en irais près de ma mère.
Voyez, cette ceinture est l'œuvre de ses doigts ;
Elle me le remit, en maudissant nos armes,
Ce souvenir où, tant de fois,
Mes baisers ont cherché la trace de ses larmes ! »

« Moi, » dit le second, « je voudrais aussi
Voir finir la guerre et partir d'ici.
Comme le corps l'âme est lassée.
Par tant d'inutiles combats !
J'aspire à m'en aller là-bas,
là-bas près de ma fiancée.
Regardez : au départ, je lui pris, en tremblant,
Ce fichu de batiste où ma lèvre devine
Le parfum de son cou si blanc
Et qui garde le pli de sa taille enfantine. »

Le troisième dit : « Je ne compte plus
Ni les maux soufferts, ni les jours perdus.
La guerre est longue, que m'importe !
Je ne songe pas au retour,
Mon cœur flétri n'a plus d'amour,
Ma pauvre vieille mère est morte !
Comme vous, je n'ai point d'amoureux talisman,
De pieux souvenir que ma lèvre caresse,
Et je me bats aveuglément,
Sans souci que la mort ou me prenne ou me laisse. »

Tous trois furent prêts au soleil levant,
Et l'on se battit tout le jour suivant.
Lorsque revint la nuit tranquille,
Noyé dans la boue et le sang
Le premier serrait à son flanc
Sa ceinture, hélas inutile.
Le second frissonnait dans l'ombre terasé ;
Sur la blanche batiste, avec un lent murmure
Expirait son baiser glacé.
Le troisième était seul debout et sans blessure !

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8. Fleurs du matin [sung text checked 1 time]

Subtitle: Scherzo-Valse

J'ai cueilli le lis,
J'ai cueilli la rose ;
Je les ai cueillis,
Et je les dépose
A vos pieds de lis,
A vos pieds de rose.

Des fleurs de la lande
J'ai fait mon butin ;
J'ai fait ma guirlande
Des fleurs du matin.
J'offre mon butin,
Que l'amour le rende !

J'ai vu sous la pluie
Renaître les fleurs.
Les yeux sous les pleurs,
Les yeux qu'on essuie,
Sont comme les fleurs
Plus beaux sous la pluie.

J'ai cueilli le lis,
J'ai cueilli la rose ;
Je les ai cueillis,
Et je les dépose
A vos pieds de lis,
A vos pieds de rose.

J'ai revu l'azur
Après un nuage,
Ainsi d'un orage
L'amour sort plus pur,
L'amour en dégage
Son plus vif azur.

Un peu de fumée
Sort du plus beau feu.
O ma bien aimée,
Ecoute ce vœu :
Soufflons sur le feu
Et sur la fumée !

J'ai cueilli le lis,
J'ai cueilli la rose ;
Je les ai cueillis,
Et je les dépose
A vos pieds de lis,
A vos pieds de rose.

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9. Les mules [sung text checked 1 time]

Allons, mules d'Espagne,
Loin des poudreux sentiers,
Fuyez! Gravissez la montagne
Et ne vous lassez pas ...
Quels coursiers andaloux 
pourraient suivre vos pas ?

Mes mules grises, 
Dès le réveil,
A vous les brises
Et le soleil !
Vers mon infante
Guidez vos pas,
Abrégez mon attente.

Partez, mules d'Espagne
Loin des poudreux sentiers,
Fuyez! Gravissez la montagne
Et ne vous lassez pas !
Quels coursiers andaloux 
pourraient suivre vos pas ?

Demain j'epouse
Mariquita,
Brune andalouse
d'Almeria ;
Charmante fille
qui n'aimera
Que le señor Pedrille.

Partez, mules d'Espagne
Loin des poudreux sentiers,
Fuyez! Gravissez la montagne
Et ne vous lassez pas !
Quels coursiers andaloux 
pourraient suivre vos pas ?

Vrai, sur mon âme,
C'est jour heureux,
Quand on prend femme
Comblant ses vœux.
Quel beau cortége
Pedrille aura !
Que le ciel nous protége !

Partez, mules d'Espagne
Loin des poudreux sentiers,
Fuyez! Gravissez la montagne
Et ne vous lassez pas !
Quels coursiers andaloux 
pourraient suivre vos pas ?

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10. Alleluia d'amour [sung text checked 1 time]

Subtitle: Mélodie

Sous le chaud soleil qui rayonne,
Versant au monde sa gaîté,
A travers les champs où résonne
La bonne chanson de l'Eté,
Voyez s'en aller dans l'espace
Ce couple beau comme le jour ...
Saluez ! c'est l'amour qui passe,
Alleluia ! oui, c'est l'amour !

Un souffle ardent ouvre les roses,
Qu'il rencontre sur son chemin,
Et de celles tantôt écloses
D'autres roses naîtront demain ;
Aucune n'a demandé grâce,
Chacune se livre à son tour.
Saluez ! c'est l'amour qui passe,
Alleluia ! oui, c'est l'amour !

Ecoutez ce battement d'ailes,
Qui frisonne dans l'infini :
C'est un ménage d'hirondelles,
Qui cherche la place d'un nid.
Dans leur vol rien ne les dépasse,
Le nid sera prêt dès ce jour.
Saluez ! c'est l'amour qui passe,
Alleluia ! oui, c'est l'amour !

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11. Paquerettes mortes ! [sung text checked 1 time]

Subtitle: Souvenirs

Après un hiver rigoureux
S'éveille la terre féconde,
Tout s'épanouit sous les cieux !
L'air est léger, la plaine est blonde,
Dans les prés sont ouverts
Les yeux bleus des pervenches.
Une sève nouvelle emplit les rameaux verts.
Les prés sont émaillés de pâquerettes blanches !

Il faut te perdre, ô sol sacré,
Pour savoir combien l'on t'adore !
Un jour plus de ciel azuré,
Plus de chansons et plus d'aurore,
Les vents du nord ployaient
Les branches les plus fortes,
De sinistres corbeaux dans les airs tournoyaient.
Les prés étaient jonchés de pâquerettes mortes !

Espérons, espérons pourtant, 
Nos bois ont repris leurs feuillages,
Les oiseaux refont en chantant
Leurs nids brisés par les orages.
A demain le réveil
Et les ivresses franches !
La terre est immortelle, et voici le soleil !
Les prés sont émaillés de pâquerettes blanches !

Authorship

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12. Puisqu'ici-bas [sung text not yet checked]

Puisqu'ici-bas toute âme
Donne à quelqu'un
Sa musique, sa flamme,
Ou son parfum ;

Puisqu'ici[-bas]1 [chaque]2 chose
Donne toujours
Son épine ou sa rose
A ses amours ;

[Puisqu'avril]3 donne aux chênes
Un bruit charmant ;
Que la nuit donne aux peines
L'oubli dormant.

Puisque l'air à la branche
Donne l'oiseau ;
Que l'aube à la pervenche
Donne un peu d'eau ;

Puisque, lorsqu'elle arrive
S'y reposer,
L'onde amère à la rive
Donne un baiser ;

Je te donne, à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j'ai en moi !

Reçois donc ma pensée,
Triste d'ailleurs,
Qui, comme une rosée,
T'arrive en pleurs !

Reçois mes voeux sans nombre,
O mes amours !
Reçois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours !

Mes transports pleins d'ivresses,
Pur de soupçons,
Et toutes les caresses
De mes chansons !

Mon esprit qui sans voile
Vogue au hazard,
Et qui n'a pour étoile
Que ton regard !

Ma muse, que les heures
Bercent rêvant
Qui, pleurant quand tu pleures,
Pleure souvent !

Reçois, mon bien céleste,
O ma beauté,
Mon cœur, dont rien ne reste,
L'amour ôté !

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , "As each soul here below", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English [singable] (Peter Low) , copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) [singable] (Angelo Zanardini) , "Dolce pensier"
  • SPA Spanish (Español) (Alberto Bonati) , "Ya que aquí abajo toda alma", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission

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1 omitted by Hahn.
2 Hugo: "toute"
3 Fauré: "Puis qu'Avril"

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13. L'amour fait son nid [sung text checked 1 time]

Subtitle: Bluette

Avril est venu ;
Dans le buisson nu
Du bec et de l'aile
L'oiseau guilleret
D'herbe et de duvet
Fait sa maison frêle,
Et, bientôt, c'est là
Qu'il abritera
La tendre couvée
Aimée ...
Au bois qui verdit
L'amour fait son nid.

Juillet au sillon
Jette son rayon
De lumière ardente ;
Des couples d'amants
Portent dans les champs
Leur marche indolente ...
Et des doux propos
Les coquelicots,
Qui près d'eux surgissent,
Rougissent ...
Dans le blé jauni
L'amour fait son nid.

Octobre bientôt
Dore le côteau :
Vendange est permise ...
Voisine et voisin
Mordent au raisin
Dont chacun se grise,
Et l'on voit oser
Plus d'un gros baiser,
Qui s'est laissé prendre,
Se rendre ...
Sous le cep mûri
L'amour fait son nid.

Décembre à son tour
Raccourcit le jour,
Voile la nature ;
Mais dans les cités
Les bals enchantés
Narguent la froidure
Et, la valse aidant,
Plus d'un beau galant,
Auprès d'une dame
S'enflamme ...
Au milieu du bruit
L'amour fait son nid.

Donc, pour ce fripon,
Ni temps, ni saison
Ne restent revêches ;
Qu'il souffle en ses doigts
Pour prendre au carquois
Ses meilleures flêches,
Où qu'à son front pur
Son aile d'azur
En riant essuie
La pluie ...
Partout, jour et nuit
L'amour fait son nid.

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14. Il neige [sung text checked 1 time]

Enfin, le rude hiver, ô mes vaillants fermiers,
Vous a faits paresseux, vous a faits prisonniers.
Chacun ferme sa porte et chez soi se retranche.
Il neige ! le vent souffle, on gèle, on est perclus.
Le chemin, qui conduit à la ferme, n'est plus
Qu'un petit sentier noir dans la campagne blanche.

Le soleil, mes amis, ne fait plus son devoir.
Ce qu'on appelle un jour, spectacle triste à voir,
N'est qu'un pâle rayon embourbé dans la nue.
Plus de feuilles au bois, plus de chant, plus d'oiseaux,
A peine entrevoit-on dans les fauves réseaux
Un moineau frissonnant sur une branche nue.

Ah! Décembre et Janvier vous semblent rigoureux.
Gardez-vous cependant de murmurer contre eux !
Mille autres, plus que vous, ont le droit de s'en plaindre :
Songez aux matelots sur la mer ballottés ;
Songez aux travailleurs qui peuplent les cités :
Songez-y ! c'est pour eux que l'hiver est à craindre.

Plus il vous couvrira de neige et de glaçons,
Plus vous recueillerez de gerbes aux moissons.
C'est là ce que vous chante, en passant, l'âpre bise.
Il pleut ! laissez pleuvoir et dormez en lieu sûr,
Chaque ennui du présent est un plaisir futur,
Chaque goutte qui tombe est une fleur promise.

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15. Le froid à Paris [sung text checked 1 time]

Il faisait froid, le six Janvier,
Paris était gelé sur place,
Le Thermomètre Chevalier
Marquait dix degrés sous la glace.
Les employés dans leur bureau
Se chauffaient autour d'un grand poële,
Et je songeais aux porteurs d'eau,
Qui sont mouillés jusqu'à la moëlle.

Les passants, laids à faire peur,
Agitaient leurs jambes rétives
Et lançaient des flots de vapeur
A l'instar des locomotives.
Des cachenez d'un goût affreux
Laissaient voir des fronts blancs et rouges ...
Et je pensais aux malheureux
Qui n'ont pas de feu dans leurs bouges.

Une élégante, au pied cambré,
Sur le sol battait la mesure,
Son corps paraissait enterré
Dans le velours et la fourrure.
Ses yeux, soleils parisiens,
Cachaient leurs rayons sous un voile ...
Et je songeais aux bohémiens,
Qui couchent à la belle étoile.

Près d'un hôtel passant le soir
Je vis, se dressant sur les hanches,
Des cavaliers en habit noir
Danser avec des robes blanches ;
Ils bondissaient sur les planchers
Comme des bons-hommes de liège ...
Et je songeais à leurs cochers,
Qui les attendaient sur leur siège !

Je rentrai chez moi tout transi ;
Mais, quel dénouement de théâtre !
L'amitié m'attendait ici,
Un bon feu pétillait dans l'atre.
A ces deux intimes foyers
S'échauffa notre causerie ...
Et nous pensions aux prisonniers,
Qui sont là-bas en Sibérie !

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16. La marchande de roses [sung text checked 1 time]

Achetez-moi roses nouvelles,
Roses de chine au reflet d'or !
J'ai pour vous, gentes demoiselles,
Roses pompom fraîches et belles ;
Est-il un plus charmant trésor ?
Je suis la marchande des roses,
Belles dames, venez à moi ;
Vous en aurez d'à peine écloses,
Fraîches comme vos lèvres roses !
Je suis la fleuriste du Roi !

Parmi les pleurs de la rosée,
Voyez mes fleurs s'épanouir !
La moindre feuille est arrosée ;
Et sur la verdure exposée
Nuance un collier de Saphir !
Je suis la marchande etc.

Qui n'envierait la destinée
De la rose à la douce odeur ?
Vous l'admirez une journée,
Et puis le soir, quoique fanée,
Vous l'oubliez sur votre cœur.
Je suis la marchande etc.

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17. Le nouveau né [sung text checked 1 time]

Dans son berceau d'osier que l'aïeule balance,
Regardez-le dormir, le tendre nourrisson.
Nos fermiers sont deux fois heureux de sa naissance ;
C'est leur premier enfant, c'est leur premier garçon !

Que la ferme au travail tout un jour fasse trêve !
Que l'araire en un coin sommeille abandonnée !
Qu'eux mêmes les grands bœufs, livrés à leur long rêve,
Fêtent à leur insu leur maître nouveau né.

Dans son berceau d'osier que l'aïeule balance,
Regardez-le dormir, le tendre nourrisson.
Nos fermiers sont deux fois heureux de sa naissance ;
C'est leur premier enfant, c'est leur premier garçon !

Semez, semez des fleurs sur l'enfant qui repose ;
Ornez-le de vos dons, dirais-je à tes parains,
Et je ne t'offrirai, moi, ni jasmin ni rose,
Mais, symbole meilleur, l'épi chargé de grain.

Sois robuste et vaillant pour quand viendra la peine,
Hérite de ton père un sang vivace et pur :
Bois à longstraits la force et gaîté sereine,
Dans le lait de la mère au sein véné d'azur.

Dans son berceau d'osier que l'aïeule balance,
Regardez-le dormir, le tendre nourrisson.
Nos fermiers sont deux fois heureux de sa naissance ;
C'est leur premier enfant, c'est leur premier garçon !

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18. Le crucifix [sung text not yet checked]

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.
Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit.
Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit.
Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

Authorship

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  • ENG English (Gary Bachlund) , "Come to him", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission

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19. Adieux à un ami [sung text checked 1 time]

Subtitle: The lost friend

Ainsi tu pars ... et je demeure
Tout seul dans la maison qui pleure
Un maître absent.
Ton amitié l'avait peuplée
Et tu la laisses désolée
En me laissant !

Je contemple d'un œeil avide,
La place qui va rester vide
A mon foyer.
Nous étions faits pour vivre ensemble,
Et maintenant, vois-tu, je tremble
De t'oublier !

Oh! non tu ne pourrais le croire,
N'attristons pas notre mémoire,
Serrons nos fleurs ;
Rappelons-nous ce que nous sommes
Et qu'il ne sied pas à des hommes
De fondre en pleurs.

Vois, je ne répands plus de larmes ;
Ta vertu vient donner des armes
A ma douleur ;
Mon foyer ne sera pa vide,
C'est là que ton âme réside ;
Je n'ai plus peur.

C'est là que je te garde un temple,
Sois mon conseil et mon exemple,
Inspire-moi ;
Et si tu reviens, je l'ignore,
Puisses-tu me trouver encore
Digne de toi !

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20. Chanson de bord [sung text checked 1 time]

Subtitle: Cric et Crac

Nous voici dans les parages
De la mer bleu d'indigo.
Allons offrir nos hommages
A la reine du Congo.
Matelot, fais la toilette,
Mets ton chapeau goudronné
sur ta gentille corvette
Sois comme un roi couronné.
Je vas conter une histoire,
Cric et crac! ouvrez l'esprit,
Le coffret de la mémoire.
Que l'on n'entende aucun bruit !

Oursonnet, charmant novice,
Au Congo vint un beau jour
Pour se donner le caprice
D'inspirer féroce amour.
A l'ombre d'un vert platane
La reine de ce pays
Voit le matelot qui flâne,
Et son cœur en tombe épris.
Je continue mon histoire,
Cric et crac! ouvrez l'esprit,
Le coffret de la mémoire.
Que l'on n'entende aucun bruit !

Pour Oursonnet, quelle gloire !
La Reine de ce pays,
Allez-y voir pour y croire,
L'appela sous se lambris,
Lui disant: Reste, ô mon maître,
Dans ces forêts de bambous.
Et si toi veux permettre,
Moi te choisis pour époux.
Je continue mon histoire,
Cric et crac! ouvrez l'esprit,
Le coffret de la mémoire.
Que l'on n'entende aucun bruit !

Oursonnet prit la couronne
Et fut Roi pendant huit jours.
Puis voilà qu'il abandonne
Ses négrillons pour toujours.
Car au port de Recouvrance
Il avait laissé con cœur,
Margaït et l'espérance,
Son pays et le bonheur.
Ainsi finit mon histoire,
Cric et crac! fermez l'esprit,
Le coffret de la mémoire.
L'heure de quart fuit sans bruit.

Authorship

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