Deux Poésies d'Albert Samain

Song Cycle by Claude Guillon, signe Guillon-Verne

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1. Éperdument [sung text not yet checked]

Une heure sonne au loin. - Je ne sais où je vais.
Oh ! J’ai le coeur si plein de toi, si tu savais !
Je te vois, je t’entends. Devant moi solitaire
Une apparition blanche frôle la terre,
Comme une fée au fond des clairières, le soir.
Et cette ombre d’amour si radieuse à voir,
Elle a tes yeux, tes yeux d’émeraude, ô ma vie,
Dont la douceur étrange aux longs rêves convie,
Comme l’azur profond de la mer ou des cieux ;
Et sa robe qui glisse à plis silencieux,
Sa robe, c’est la tienne aussi, ma bien-aimée,
Ta robe de bohème onduleuse et lamée
Où l’or parmi la soie allume maint éclair,
Ta robe, fourreau mince et tiède de ta chair,
Dont le seul souvenir, effleurant ma narine,
Fait couler un ruisseau d’amour dans ma poitrine...

Je suis seul. Le silence emplit les quais déserts.
L’âme en fleurs du printemps s’exhale dans les airs.
C’est une tiède nuit d’amant ou de poète,
Et j’ai l’amour à l’âme et l’amour à la tête,
Et j’ai soif de tes yeux pour me mettre à genoux !

Ce sont des mots sans suite, et des gestes si doux
Qu’ils semblent avoir peur de toucher, des mains jointes,
Des désirs par instant aigus comme des pointes
Et puis des nerfs crispés de la nuque au talon,
Toute l’âme perdue après son violon
Qui chante et qui sanglote et qui crie et qui râle,
Toute l’âme d’un grand enfant fiévreux et pâle...

Des fiacres attardés roulent dans les lointains.
Sous les arbres émus de frissons incertains,
Des brises doucement circulent, attiédies,
Et poignantes au coeur comme des mélodies.
Le fleuve sourd ondule en moires de langueur
Et j’ai tout un bouquet d’étoiles dans le coeur !

Je t’aime. Mon sang crie après toi. J’ai la fièvre
De boire cette nuit idéale à ta lèvre,
D’étendre sous tes pieds, comme un manteau de roi,
Ma vie et de te dire, oh ! De te dire : " Toi "
Avec une langueur si tendre et si profonde
Qu’en la sentant sur toi, ta chair, toute, se fonde.

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2. Ton Souvenir est comme un livre bien aimé [sung text not yet checked]

Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé,
Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l'impossible en mes voeux,
Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l'art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi
Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi ;
Dire quelle mer chante en vagues d'élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie ;
Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d'automne dans les bois ;
De l'heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l'écho presque religieux
D'un ancien baiser attardé sur tes yeux.

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