Nécessités de la douleur

by Olivier Penard (b. 1974)

Word count: 416

1. Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés [sung text not yet checked]

Ô beaus yeus bruns, ô regars destournez,
 Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
 Ô noires nuits vainement atendues,
 Ô iours luisans vainement retournez :

Ô tristes pleins, ô desirs obstinez,
 Ô tems perdu, ô peines despendues,
 Ô mile morts en mile rets tendues,
 Ô pires maus contre moy destinez.

Ô ris, ô front, cheueus, bras, mains & doits :
 Ô lut pleintif, viole, archet & vois :
 Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !

De toy me plein, que tant de feus portant,
 En tant d'endrois d'iceus mon cœur tatant.
 N'en est sur toy volé quelque estincelle.

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 94.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Guy Laffaille [Guest Editor]

2. Je vis, je meurs, je me brûle et me noie [sung text not yet checked]

Ie vis, ie meurs : ie me brule & me noye.
 I'ay chaut estreme en endurant froidure :
 La vie m'est & trop molle & trop dure,
 I'ay grans ennuis entremeslez de ioye :

Tout à un coup ie ris & ie larmoye,
 Et en plaisir maint grief tourment i'endure :
 Mon bien s'en va, & à iamais il dure :
 Tout en un coup ie seiche & ie verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
 Et quand ie pense auoir plus de douleur,
 Sans y penser ie me treuue hors de peine.

Puis quand ie croy ma ioye estre certeine,
 Et estre au haut de mon desiré heur,
 Il me remet en mon premier malheur.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 97.

Modernized spelling version:

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J'ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ay grans ennuis entremeslez de joye :

Tout à un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.

Puis quand je croy ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon desiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.



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3. Las ! cettui jour, pourquoi l'ai-je dû voir [sung text not yet checked]

Las ! cettui jour, pourquoi l'ai-je dû voir,
Puisque ses yeux allaient ardre mon âme ?
Doncques, Amour, faut-il que par ta flamme
Soit transmué notre heur en désespoir !

Si on savait d'aventure prévoir
Ce que vient lors, plaints, poinctures et blâmes ;
Si fraîche fleur évanouir son bâme
Et que tel jour fait éclore tel soir ;

Si on savait la fatale puissance,
Que vite aurais échappé sa présence !
Sans tarder plus, que vite l'aurais fui !

Las, Las ! que dis-je ? Ô si pouvait renaître
Ce jour tant doux où je le vis paraître,
Oisel léger, comme j'irais à lui !

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4. Ô longs désirs, ô espérances vaines [sung text not yet checked]

Ô longs desirs, Ô esperances vaines,
 Tristes soupirs & larmes coutumieres
 À engendrer de moy maintes riuieres,
 Dont mes deus yeus sont sources & fontaines :

Ô cruautez, ô durtez inhumaines,
 Piteus regars des celestes lumieres :
 Du cœur transi ô passions premieres,
 Estimez vous croitre encore mes peines ?

Qu'encor Amour sur moy son arc essaie,
 Que nouueaus feus me gette & nouueaus dars :
 Qu'il se despite, & pis qu'il pourra face :

Car ie suis tant nauree en toutes pars,
 Que plus en moy une nouuelle plaie,
 Pour m'empirer ne pourroit trouuer place.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 94-95.


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