Six sonnets de Joséphin Soulary

by Jean-Grégoire Pénavaire (1838 - 1906)

Word count: 674

1. Les deux roses [sung text not yet checked]

Hier, sous la verte tonnelle, 
J'aperçus Rose qui pleurait,
Et, pleurant, de larmes couvrait 
Une rose moins rose qu'elle. 

Qui peut te causer tel regret ? 
Dis-je à la blonde colombelle. 
Ah ! Monsieur, répondit la belle,
Entre nous c'est un grand secret ! 

Je passais là, lorsqu'une rose, 
Celle-là que de pleurs j'arrose, 
M'a dit de sa plus douce voix : 

« Rose ouverte plus ne se ferme !»
Et mon cœur qui s'ouvre, je crois, 
Au petit pâtre de la ferme ! 

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Confirmed with Sonnets, poèmes et poésies par Joséphin Soulary, Lyon, Imprimerie de Louis Perrin, 1864, page 14.


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2. Le guetteur de nuit [sung text not yet checked]

Comme un ange noir, sur le haut clocher, 
Près du beffroi morne où pend sa guérite,
Le guetteur de nuit s'est allé percher ; 
Écoutez sonner sa corne maudite ! 

C'est un beuglement qui pleure et palpite, 
Tel, que rien d'humain n'en peut approcher,
Et tel qu'au damné dont la chair crépite
L'atroce torture en doit arracher. 

Quand mugit ce son que minuit prolonge, 
La cité qui dort fait un mauvais songe. 
Qu'importe au guetteur si la cité dort ?

Sa douce promise est là-bas qui veille, 
Et ce cri, lugubre à troubler un mort, 
Comme un chant d'amour chante à son oreille. 

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Confirmed with Oeuvres poétiques de Joséphin Soulary. Première partie. -- Sonnets (1847-1871), Paris, Éd. Alphonse Lemerre, 1880, page 33.


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3. Primula veris [sung text not yet checked]

Que tout cœur aimant soit aimé !
Du bonheur féconde semence, 
Le désir a partout germé ; 
La saison des baisers commence.

La saison des baisers commence ;
Pour calmer le sang enflammé,
Qui fait battre l'artère immense, 
Agitez le thyrse embaumé ! 

Agitez le thyrse embaumé 
Dont l'odeur grise l'Innocence ;
Domptés par ce sceptre charmé, 
Les Dieux mêmes sont en démence ! 

Que tout cœur aimant soit aimé !
La saison des baisers commence ;
Agitez le thyrse embaumé ;
Les Dieux mêmes sont en démence ! 

Les Dieux mêmes sont en démence,
L'Amour s'offre tout désarmé ;
Agitez le thyrse embaumé ! 

Agitez le thyrse embaumé 
Sur le front de l'Adolescence ;
La saison des baisers commence.

La saison des baisers commence ;
Pour qu'il en soit beaucoup semé,
Que tout cœur aimant soit aimé ! 

Pour qu'il en soit beaucoup semé,
Sur le front de l'Adolescence
L'Amour s'offre tout désarmé !

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Confirmed with Oeuvres poétiques de Joséphin Soulary. Première partie. -- Sonnets (1847-1871), Paris, Éd. Alphonse Lemerre, 1880, pages 15-16.


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4. En mer [sung text not yet checked]

C'est assez tourmenter la rame vagabonde ; 
La vague est si limpide, et le ciel est si clair ! 
Vois ces goëlands fuir au caprice de l'air ;
Laissons-nous fuir, comme eux, au caprice de l'onde.

Dormons, l'oreille close aux derniers bruits du monde 
Rêvons, le cœur fermé pour tout regret amer !
La voix des nuits s'élève au-dessus de la mer :
C'est l'hymne de l'espoir ; que notre âme y réponde ! 

Demain, quand le soleil rougira l'orient,
Peut-être verrons-nous un œil nous souriant 
Sur les bords inconnus d'une terre fleurie.

Amenons-y la barque, et, jusqu'au dernier jour, 
Dans l'ivresse ineffable oublions la patrie :
La patrie est partout où nous attend l'amour ! 

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Confirmed with Oeuvres poétiques de Joséphin Soulary. Première partie. -- Sonnets (1847-1871), Paris, Éd. Alphonse Lemerre, 1880, page 67.


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5. Stella [sung text not yet checked]

J'étais derrière ce bouleau, 
Lorsque, du gué gagnant l'issue,
Sans te douter d'être aperçue, 
Tu passais, hier, le ruisseau.

L'azur du ciel, au sein de l'eau,
Creusait sa sphère continue ;
On eût dit que ta jambe nue 
Foulait un firmament nouveau. 

Ton corps, dans ce riant mirage, 
Semblait émerger d'un nuage ; 
Un instant même j'ai pu voir 

Sur ton front, comme au front d'un ange, 
S'arrêter l'étoile du soir ; 
J'en garde encore un doute étrange. 

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Confirmed with Oeuvres poétiques de Joséphin Soulary. Première partie. -- Sonnets (1847-1871), Paris, Éd. Alphonse Lemerre, 1880, page 66.


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6. En chasse [sung text not yet checked]

Quand des oiseaux du Nord la tribu vagabonde 
Revient avec octobre habiter nos forêts, 
Je gagne, au point du jour, la clairière profonde, 
Mon fusil sur l'épaule et ses deux coups tout prêts. 

En chasse ! alloh ! alloh ! me dit mon chien qui gronde ;
Mais les sombres fourrés ont de si doux secrets !
Dans la clairière en fleur la lumière est si blonde, 
Les oiseaux si jaseurs, et les gazons si frais ! 

J'ai pris part aux ébats d'un lézard en maraude ;
J'ai suivi dans les airs le vol d'une émeraude ;
Ebauché cette mare avec un saule au bord ;

Bu dans un pli de feuille une goutte qui perle ;
Sifllé les airs du geai, de la grive et du merle.
Mon fusil s'est perdu sous l'herbe, -- et mon chien dort. 

Authorship

Confirmed with Oeuvres poétiques de Joséphin Soulary. Première partie. -- Sonnets (1847-1871), Paris, Éd. Alphonse Lemerre, 1880, page 68.


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