Dix Poésies tirées du Jardin de l'Infante de A. Samain

Song Cycle by Albert Bertelin (1872 - 1951)

Word count: 496

1. Nocturne d'été  [sung text not yet checked]

Lune de cuivre -- Parfums lourds ...
Comme des lampes sous un dôme,
Les astres [brûlent]1, l'heure embaume;
Des fleurs dorment dans le velours.

L'âme en langueur des jardins sourds
Exhale d'étouffants arômes.
L'eau des porphyres polychromes
Dans les bassins pleure toujours.

Nulle ombre de feuille qui bouge...
Seule, ta lèvre éclate, rouge,
A la flamme du haut flambeau;
Et tu sembles, dans l'air nocturne,
Dure et fatale comme l'urne
Impénétrable d'un tombeau.

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1 Leguerney: "luisent"

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3. Chanson violette [sung text not yet checked]

Et ce soir-là, je ne sais,
Ma douce, à quoi tu pensais,
Toute triste,
Et voilée en ta pâleur,
Au bord de l'étang couleur
D'améthyste.

Tes yeux ne me voyaient point ;
Ils étaient enfuis loin, loin
De la terre ;
Et je sentais, malgré toi,
Que tu marchais près de moi,
Solitaire.

Le bois était triste aussi,
Et du feuillage obscurci,
Goutte à goutte,
La tristesse de la nuit,
Dans nos coeurs noyés d'ennui,
Tombait toute...

Dans la brume un cor sonna ;
Ton âme alors frissonna,
Et, sans crise,
Ton coeur défaillit, mourant,
Comme un flacon odorant
Qui se brise.

Et, lentement, de tes yeux
De grands pleurs silencieux,
Taciturnes,
Tombèrent comme le flot
Qui tombe, éternel sanglot,
Dans les urnes.

Nous revînmes à pas lents.
Les crapauds chantaient, dolents,
Sous l'eau morte ;
Et j'avais le coeur en deuil
En t'embrassant sur le seuil
De ta porte.

Depuis, je n'ai point cherché
Le secret encor caché
De ta peine...
Il est des soirs de rancoeur
Où la fontaine du coeur
Est si pleine !

Fleur sauvage entre les fleurs,
Va, garde au fond de tes pleurs
Ton mystère ;
Il faut au lis de l'amour
L'eau des yeux pour vivre un jour
Sur la terre.

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5. Musique sur l'eau [sung text not yet checked]

Oh ! Écoute la symphonie ; 
Rien n'est doux comme une agonie 
Dans la musique indéfinie 
Qu'exhale un lointain vaporeux ;

D'une langueur la nuit s'enivre, 
Et notre coeur qu'elle délivre 
Du monotone effort de vivre 
Se meurt d'un trépas langoureux.

Glissons entre le ciel et l'onde,
Glissons sous la lune profonde ;
Toute mon âme, loin du monde,
S'est réfugiée en tes yeux,

Et je regarde tes prunelles
Se pâmer sous les chanterelles,
Comme deux fleurs surnaturelles 
Sous un rayon mélodieux.

Oh ! écoute la symphonie ;
Rien n'est doux comme l'agonie
De la lèvre à la lèvre unie
Dans la musique indéfinie...

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6. Hélène [sung text not yet checked]

L'âcre vapeur d'un soir de bataille surnage. 
L'Argienne aux bras blancs a franchi les remparts, 
Et vers le fleuve rouge, où les morts sont épars. 
Solitaire, s'avance à travers le carnage. 

Là-bas, les feux des Grecs brillent sur le rivage ; 
Les chevaux immortels hennissent près des chars... 
Lente, elle va parmi les cadavres hagards. 
Et passe avec horreur sa main sur son visage. 

Qu'elle apparaît divine aux lueurs du couchant !... 
Des longs voiles secrets, qu'elle écarte en marchant, 
Monte une odeur d'amour irrésistible et sombre ;

Et déjà les mourants, saignants et mutilés, 
Rampant vers ses pieds nus sur leurs coudes dans l'ombre, 
Touchent ses cheveux d'or et meurent consolés. 

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Confirmed with Samain, Albert, Au jardin de l'infante, 102e éd., Mercure de France, Paris, 1920, pages 14-15.


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