Chansons d'amour - 2ème recueil

Song Cycle by Maxime Jacob (1906 - 1977)

Word count: 1263

1. Ode sur un baiser [sung text not yet checked]

Cloris, pour ce petit moment              
D’une volupté frénétique, 
Crois-tu que mon esprit se pique 
De t’aimer éternellement ? 
Lorsque mes ardeurs sont passées 
La raison change mes pensées, 
Et perdant l’amoureuse erreur, 
Je me trouve dans des tristesses 
Qui font que tes délicatesses 
Commencent à me faire horreur. 
  
À voir tant fuir ta beauté, 
Je me lasse de la poursuivre, 
Et me suis résolu de vivre 
Avec un peu de liberté. 
Il ne me faut qu’une disgrâce, 
Qu’encore un trait de cette audace 
Qui t’a fait tant manquer de foi, 
Après tiens-moi pour un infâme 
Si jamais mes yeux ni mon âme 
Songent à s’approcher de toi. 
  
Je me trouve prêt à te voir 
Avec beaucoup d’indifférence, 
Et te faire une révérence 
Moins d’amitié que de devoir. 
Toutes les complaisances feintes 
Où tes affections mal peintes 
Ont trompé mes sens hébétés, 
Je les tiens pour faibles feintises, 
Et n’appelle plus que sottises 
Ce que je nommais cruautés. 
  
Je ne veux point te décrier 
Après t’avoir loué moi-même ; 
Ce serait tacher du blasphème 
L’autel où l’on m’a vu prier. 
T’ayant prodigué des louanges 
Que je ne devais qu’à des Anges, 
Je ne te les veux point ravir, 
Je les donne à ta tyrannie 
Pour déguiser l’ignominie 
Que j’ai soufferte à te servir. 
  
Je ne veux point mal à propos 
Mes vers ni ton honneur détruire ; 
Mon dessein n’est pas de te nuire, 
Je ne songe qu’à mon repos : 
Encore auras-tu cette gloire 
Que si la voix de ta mémoire 
Parle à quelqu’un de mes douleurs, 
On dira que ma servitude 
Respecta ton ingratitude 
Jusqu’au dernier de mes malheurs. 
  
J’ai souffert autant que j’ai pu, 
Je n’ai plus de nerfs pour tes gênes, 
Ni goutte de sang dans mes veines 
Qui ne brûle à petit feu : 
Je me sens honteux de mes larmes, 
Amour n’a déjà plus de charmes, 
Je suis pressé de toutes parts, 
Et bientôt, quoi que tu travailles, 
Je m’arracherai des entrailles 
Tout le venin de tes regards. 
  
Sachant bien que je meurs d’amour, 
Que je brûle d’impatience, 
As-tu si peu de conscience 
Que de m’abandonner un jour ? 
Après ton ingrate paresse, 
Si tu n’as que cette caresse 
Fatale à ma crédulité, 
Puisses-tu périr d’un tonnerre, 
Ou que le centre de la terre 
Cache ton infidélité ! 
  
Non, je ne saurais plus souffrir 
Cette liberté de vie ! 
Tout me blâme, et tout me convie 
De me plaindre et de me guérir. 
Aussi bien ta beauté se passe, 
Mon amitié change de face, 
L’ardeur de mes premiers plaisirs 
Perd beaucoup de sa violence, 
Ma raison et ta nonchalance 
Ont presque amorti mes désirs. 
  
Je sais bien que la vanité 
Qui te fait plaire en mes supplices 
Chercher encore dans tes malices 
De quoi trahir ma liberté. 
Encore tes regards perfides 
Préparent à mes sens timides 
L’effort de leur éclat pipeur, 
Et malgré le plus noir outrage, 
S’imaginent que mon courage 
Devant eux n’est que vapeur. 
  
Mais je fais le plus grand serment 
Que peut faire une âme bouillante 
De la fureur la plus sanglante 
Qui peut tourmenter un amant, 
Je jure l’air, la terre et l’onde, 
Je jure tous les dieux du monde 
Que ni force ni trahison, 
Ni m’outrager ni me complaire, 
N’empêcheront point ma colère 
De me donner ma guérison. 
  
Mon tourment ne t’émeut en rien, 
Ta fierté rit de ma mollesse, 
Je ne crois point qu’une déesse 
Eût un orgueil comme le tien. 
C’en est fait, je sens que mon âme 
Soupire sa dernière flamme, 
Tous ces regards sont superflus, 
Je ne vois rien, rien ne me touche, 
Je suis sans oreille et sans bouche, 
Laisse-moi, ne me parle plus. 

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Note: modernized spelling.

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2. Les dédains [sung text not yet checked]

Voici le grand trophée, où les armes j'appens
 . . . . . . . . . .

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3. Des baisers il nous faut [sung text not yet checked]

De baisers il nous faut combattre, 
Donne, et prends-en deux, trois et quatre ; 
Longs, chauds, humides, savoureux ;
Et puis mille autres file à file,
Tous également amoureux.

Mais plutôt brouillons-les sans compte : 
Notre amour rougirait de honte 
Si leur nombre était limité ; 
Que leur profusion les cache, 
Et que jamais on ne les sache 
Que par le mot d'infinité.

Authorship

From Le Cabinet des Muses.

Confirmed with Les poètes du Baiser : anthologie des poésies relatives au baiser du XVe siècle à nos jours, ed. by Marius Boisson, Paris : Louis-Michaud, 1912, page 59.


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4. Idylle [sung text not yet checked]

Entre les fleurs, entre les lis,
Doucement dormait ma Philis,
Et tout autour de son visage
Les petits amours, comme enfants,
Jouaient, folâtraient, triomphants,
Voyant des cieux la belle image.

J'admirai toutes ses beautés,
Egales à mes loyautés,
Quand l'esprit me dit en l'oreille :
Fou, que fais-tu ? le temps perdu
Souvent est chèrement vendu ;
S'on le recouvre, c'est merveille.

Alors je m'abaissai tout bas,
Sans bruit je marchai pas à pas,
Et baisai ses lèvres pourprines :
Savourant un tel bien, je dis
Que tel est dans le paradis
Le plaisir des âmes divines.

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5. Croyez-moi, hâtons-nous [sung text not yet checked]

  Croyez-moi, hâtons-nous, ma Sylvie,
  Usons bien des moments précieux ;
    Contentons ici notre envie,
  De nos ans le feu nous y convie :
Nous ne saurions, vous et moi, faire mieux.
  Quand l'hiver a glacé nos guérets,
  Le printemps vient reprendre sa place,
  Et ramène à nos champs leurs attraits ;
    Mais, hélas ! quand l'âge nous glace,
  Nos beaux jours ne reviennent jamais.

  Ne cherchons tous les jours qu’à nous plaire, 
  Soyons-y l’un et l’autre empressés ;
    Du plaisir faisons notre affaire, 
  Des chagrins songeons à nous défaire ; 
Il vient un temps où l’on en prend assez. 
  Quand l’Hiver a glacé nos guérets, 
  Le Printemps vient reprendre sa place,
  Et ramène à nos champs leurs attraits, 
    Mais hélas ! quand l’âge nous glace, 
  Nos beaux jours ne reviennent jamais.

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6. Pauvres amants, quelle erreur [sung text not yet checked]

Pauvres amants, quelle erreur
D’adorer des inhumaines ?
Jamais les âmes bien saines
Ne se payent de rigueur ;
Et les faveurs sont les chaînes
Qui doivent lier un cœur.
On voit cent belles ici,
Auprès de qui je m’empresse ;
À leur vouer ma tendresse,
Je mets mon plus doux souci ;
Mais, lors que l’on est tigresse,
Ma foi, je suis tigre aussi.

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7. Avril [sung text not yet checked]

Avril, l'honneur [et]1 des bois
    Et des mois:
Avril, la douce espérance
Des fruicts qui sous le coton
    Du bouton
Nourissent leur jeune enfance.
 
Avril, l'honneur des prez verds,
    Jaunes, pers,
Qui d'une humeur bigarrée
Emaillent de mille fleurs
    De couleurs,
Leur parure diaprée.
 
Avril, l'honneur des soupirs
    Des Zéphyrs,
Qui sous le vent de leur ælle
Dressent encor és forests
    Des doux rets,
Pour ravir Flore la belle.
 
Avril, c'est ta douce main
    Qui du sein
De la nature desserre
Une moisson de senteurs,
    Et de fleurs,
Embaumant l'Air et la Terre.
 
Avril, l'honneur verdissant,
    Florissant
Sur les tresses blondelettes
De ma Dame et de son sein,
    Tousjours plein
De mille et mille fleurettes.
 
Avril, la grace, et le ris
    De Cypris,
Le flair et la douce haleine:
Avril, le parfum des Dieux,
    Qui des cieux
Sentent l'odeur de la plaine.
 
C'est toy courtois et gentil,
    Qui d'exil
Retires ces passagéres,
Ces arondelles qui vont,
    Et qui sont
Du printemps les messagéres.
 
L'aubespine et l'aiglantin,
    Et le thym,
L'œillet, le lis et les roses
En ceste belle saison,
    A foison,
Monstrent leurs robes écloses.
 
Le gentil rossignolet,
    Doucelet,
Découpe dessous l'ombrage
Mille fredons babillars,
    Frétillars,
Au doux chant de son ramage.
 
C'est à ton heureux retour
    Que l'amour
Souffle à doucettes haleines,
Un feu croupi et couvert,
    Que l'hyver
Receloit dedans nos veines.
 
Tu vois en ce temps nouveau
    L'essaim beau
De ces pillardes avettes
Volleter de fleur en fleur,
    Pour l'odeur
Qu'ils mussent en leurs cuissettes.
 
May vantera ses fraischeurs,
    Ses fruicts meurs,
Et sa feconde rosée,
La manne et le sucre doux,
    Le miel roux,
Dont sa grace est arrosée.
 
Mais moy je donne ma voix
    A ce mois,
Qui prend le surnom de celle
Qui de l'escumeuse mer
    Veit germer
Sa naissance maternelle.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Bertram Kottmann) , "April", copyright © 2006, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "April", copyright © 2006, (re)printed on this website with kind permission

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Leguerney uses a modernized version: fruicts -> fruits ; prez verds -> prés verts

1 omitted by Godard

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Andrew Schneider [Guest Editor]