Pour toi

by Ernest Moret (1871 - 1949)

Word count: 818

1. Blotti comme un oiseau frileux [sung text not yet checked]

Blotti comme un oiseau frileux au fond du nid,
Les yeux sur ton profil, je songe à l'infini...
Immobile sur les coussins brodés, j'évoque
L'enchantement ancien, la radieuse époque,
Et les rêves au ciel de tes yeux verts baignés !
Et je revis, parmi les objets imprégnés
De ton parfum intime et cher, l'ancienne année
Celle qui flotte encor dans ta robe fanée...

Je t'aime ingénument. Je t'aime pour te voir.
Ta voix me sonne au cœur comme un chant dans le soir.
Et penché sur ton cou, doux comme les calices,
J'épuise goutte à goutte, en amères délices,
Pendant que mon soleil décroît à l'horizon
Le charme douloureux de l'arrière-saison.

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2. Tout dort [sung text checked 1 time]

Tout dort. La fleuve antique entre ses quais de pierre
Semble immobile. Au loin s'espacent des beffrois
Et sur la cité, monstre aux écailles de toits,
Le silence descend, doux comme la paupière.

Pour moi, je veille, l'âme éparse dans la nuit,
Je veille, cœur tendu vers des lèvres absentes,
Parmi la solitude aux brises caressantes
Et la lune à travers les arbres me conduit.

Le silence est profond, comme mystérieux,
La nuit porte l'amour endormi sous sa mante,
Et je n'entends plus rien dans la cité dormante
Que ton haleine frêle et douce, ô mon amante,
Qui fait trembler mon cœur large ouvert sous les cieux.
Tout dort. Oh ! j'ai le cœur si plein de toi, si tu savais !

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3. Dans le parc [sung text not yet checked]

Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous
Les grands arbres d'où tombe avec un bruit très doux
L'adieu des feuilles d'or parmi la solitude,
Sous le ciel pâlissant comme de lassitude,
Nous irons, si tu veux, jusqu'au soir, à pas lents,
Bercer l'été qui meurt dans nos coeurs indolents.
Nous marcherons parmi les muettes allées ;
Et cet amer parfum qu'ont les herbes foulées,
Et ce silence, et ce grand charme langoureux
Que verse en nous l'automne exquis et douloureux
Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres
Et des parterres nus où grelottent les marbres,
Baignera doucement notre âme tout un jour,
Comme un mouchoir ancien qui sent encor l'amour.

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4. Vers tout ce qui fut Toi [sung text checked 1 time]

Je cherche les endroits où ta robe est allée,
Où flotte un souvenir de ta jupe envolée,
Où je retrouve encor dans l'air je ne sais quoi 
Qui me fait palpiter le cœur, et qui fut toi.

Ton souvenir est comme un coffret de reliques
Où dorment des joyaux d'amour mélancoliques
Et que j'ouvre à genoux pour voir comme un trésor
Tout mon passé dans l'ombre étinceler encor !

Comme un écho profond l'amour en moi persiste.
Le reproche est bavard ; la rancune égoïste.
Je ne te dirai rien si non que je suis triste ...
Telle une fleur qu'on coupe et qui douce à souffrir
Ne sait rien qu'exhaler son parfum et mourir.

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5. Une heure sonne au loin [sung text not yet checked]

Une heure sonne au loin. - Je ne sais où je vais.
Oh ! J’ai le coeur si plein de toi, si tu savais !
Je te vois, je t’entends. Devant moi solitaire
Une apparition blanche frôle la terre,
Comme une fée au fond des clairières, le soir.
Et cette ombre d’amour si radieuse à voir,
Elle a tes yeux, tes yeux d’émeraude, ô ma vie,
Dont la douceur étrange aux longs rêves convie,
Comme l’azur profond de la mer ou des cieux ;
Et sa robe qui glisse à plis silencieux,
Sa robe, c’est la tienne aussi, ma bien-aimée,
Ta robe de bohème onduleuse et lamée
Où l’or parmi la soie allume maint éclair,
Ta robe, fourreau mince et tiède de ta chair,
Dont le seul souvenir, effleurant ma narine,
Fait couler un ruisseau d’amour dans ma poitrine...

Je suis seul. Le silence emplit les quais déserts.
L’âme en fleurs du printemps s’exhale dans les airs.
C’est une tiède nuit d’amant ou de poète,
Et j’ai l’amour à l’âme et l’amour à la tête,
Et j’ai soif de tes yeux pour me mettre à genoux !

Ce sont des mots sans suite, et des gestes si doux
Qu’ils semblent avoir peur de toucher, des mains jointes,
Des désirs par instant aigus comme des pointes
Et puis des nerfs crispés de la nuque au talon,
Toute l’âme perdue après son violon
Qui chante et qui sanglote et qui crie et qui râle,
Toute l’âme d’un grand enfant fiévreux et pâle...

Des fiacres attardés roulent dans les lointains.
Sous les arbres émus de frissons incertains,
Des brises doucement circulent, attiédies,
Et poignantes au coeur comme des mélodies.
Le fleuve sourd ondule en moires de langueur
Et j’ai tout un bouquet d’étoiles dans le coeur !

Je t’aime. Mon sang crie après toi. J’ai la fièvre
De boire cette nuit idéale à ta lèvre,
D’étendre sous tes pieds, comme un manteau de roi,
Ma vie et de te dire, oh ! De te dire : " Toi "
Avec une langueur si tendre et si profonde
Qu’en la sentant sur toi, ta chair, toute, se fonde.

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