Mélancolie. Deux pièces pour chant et piano

by Edgar Pierre Joseph Tinel (1854 - 1912)

Word count: 291

1. Le vase brisé [sung text checked 1 time]

Le vase où meurt cette vervaine
D'un coup d'éventail fut fêlé;
Le coup dut l'effleurer à peine,
Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé;
Personne encore ne s'en doute,
N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime
Effleurant le coeur, le meurtrit;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde:
Il est brisé, n'y touchez pas.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • CZE Czech (Čeština) (Karel Čapek) , "Puklá váza"
  • CZE Czech (Čeština) (Karel Čapek) , "Puklá váza"
  • ENG English (Faith J. Cormier) , "The broken vase", copyright © 2002, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Amy Pfrimmer) , "The broken vase", copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. Réponse [sung text checked 1 time]

Oui ! Sous le choc que nulle trace,
Que nul bruit n'avaient révélé,
Du vase fêlé, dans l'espace 
Le pur parfum s'est envolé.

A présent, du bouquet inerte
Chaque jour emporte un débris !
Au fond de la coupe entr'ouverte
Pâlissent les rameaux flétris.

Mais sous la voûte féodale
L'arôme plus doux flotte encor,
Pénétrant les murs de la salle,
Les bahuts, les tentures d'or.

Et la châtelaine au front triste,
Les beaux pages, le fier seigneur,
Le prêtre saint, l'ardent artiste
Respirent sa vague senteur.

Sphinx de l'Art ! quand ton œil noir blesse 
L’enfant qu'enivre ta beauté,
De son cœur brisé de tendresse
Comme un parfum lent est monté.

Le cœur agonise à la peine ;
Le vase sans bruit s'est fendu,
Mais par l'atmosphère sereine
Un flot d'encens s'est répandu.

L'époux, la vierge recueillie,
L'éphèbe au luth paré de fleurs,
Se disent : O mélancolie,
Quel baume répandent tes pleurs !

Mélancolie ! encens de l'âme,
Qui succombe pour trop aimer,
Du cœur n'es-tu pas le dictame ?
Il se brise pour embaumer.

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler