La foule des vivants rit et suit sa folie, Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment ; Mais par les morts muets, par les morts qu’on oublie, Moi, rêveur, je me sens regardé fixement. Ils savent que je suis l’homme des solitudes, Le promeneur pensif sous les arbres épais, L’esprit qui trouve, ayant ses douleurs pour études, Au seuil de tout le trouble, au fond de tout la paix ! Ils savent l’attitude attentive et penchée Que j’ai parmi les buis, les fosses et les croix ; Ils m’entendent marcher sur la feuille séchée ; Ils m’ont vu contempler des ombres dans les bois, Ils comprennent ma voix sur le monde épanchée, Mieux que vous, ô vivants bruyants et querelleurs ! Les hymnes de la lyre en mon âme cachée, Pour vous ce sont des chants, pour eux ce sont des pleurs. Moi, c’est là que je vis ! — cueillant les roses blanches, Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps, Je passe et je reviens, je dérange les branches, Je fais du bruit dans l’herbe, et les morts sont contents. Là je rêve ! et, rôdant dans le champ léthargique, Je vois, avec des yeux dans ma pensée ouverts, Se transformer mon âme en un monde magique, Miroir mystérieux du visible univers. Regardant sans les voir de vagues scarabées, Des rameaux indistincts, des formes, des couleurs, Là, j’ai dans l’ombre, assis sur des pierres tombées, Des éblouissements de rayons et de fleurs. Là, le songe idéal qui remplit ma paupière Flotte, lumineux voile, entre la terre et nous ; Là, mes doutes ingrats se fondent en prière ; Je commence debout et j’achève à genoux. Comme au creux du rocher vole l’humble colombe, Cherchant la goutte d’eau qui tombe avant le jour, Mon esprit altéré, dans l’ombre de la tombe, Va boire un peu de foi, d’espérance et d’amour !
Deux Mélodie
by Édouard Boullevraye (1839 - 1897)
1. Les Morts  [sung text not yet checked]
Language: French (Français)
Text Authorship:
- by Victor Hugo (1802 - 1885), no title, written 1840, appears in Les Rayons et les Ombres, no. 14
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Confirmed with Œuvres complètes de Victor Hugo, Ollendorf, 1909, Tome 17, in Les Rayons et les Ombres, pages 582-583.
Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]
2. Le Sommeil de l'enfant  [sung text not yet checked]
Language: French (Français)
Dans l'alcôve sombre, Près d'un humble autel, L'enfant dort à l'ombre Du lit maternel, Tandis qu'il repose, Sa paupière rose, Pour la terre close, S'ouvre pour le ciel. Il fait bien des rêves ; Il voit par moments Le sable des grèves Plein de diamants, Des soleils de flammes, Et de belles dames Qui portent des âmes Dans leurs bras charmants. Songe qui l'enchante ! Il voit des ruisseaux ; Une voix qui chante Sort du fond des eaux. Ses sœurs sont plus belles ; Son père est près d'elles ; Sa mère a des ailes Comme les oiseaux. Il voit mille choses Plus belles encor ; Des lis et des roses Plein le corridor ; Des lacs de délice Où le poisson glisse, Où l'onde se plisse À des roseaux d'or ! [ ... ] Il dort, innocence ! Les anges sereins Qui savent d'avance Le sort des humains, Le voyant sans armes, Sans peur, sans alarmes, Baisent avec larmes Ses petites mains. [ ... ] Cependant sa mère, Prompte à le bercer, Croit qu'une chimère Le vient oppresser ; Fière, elle l'admire, L'entend qui soupire, Et le fait sourire Avec un baiser.
Text Authorship:
- by Victor Hugo (1802 - 1885), "Dans l'alcôve sombre", appears in Les Feuilles d'automne, no. 20, first published 1831
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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):
- CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Kde nízký oltář stojí…", Prague, first published 1877
- ENG English (Emily Ezust) , no title, copyright ©
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