Trois chansons

Song Cycle by Ernest Willem Mulder (1898 - 1959)

Word count: 325

1. Soir [sung text not yet checked]

C'est un soir tendre comme un visage de femme.
Un soir étrange, éclos sur l'hiver âpre et dur,
Dont la suavité, flottante au clair-obscur,
Tombe en charpie exquise aux blessures de l'âme.

Des verts angelisés... des roses d'anémie...
L'Arc-de-Triomphe au loin s'estompe velouté,
Et la nuit qui descend à l'Occident bleuté
Verse aux nerfs douloureux la très douce accalmie.

Dans le mois du vent noir et des brouillards plombés
Les pétales du vieil automne sont tombés.
Le beau ciel chromatique agonise sa gamme.

Au long des vieux hôtels parfumés d'autrefois
Je respire la fleur enchantée à mes doigts.
C'est un soir tendre comme un visage de femme.

Authorship

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2. Cléopâtre I [sung text not yet checked]

Accoudée en silence aux créneaux de la tour, 
La Reine aux cheveux bleus serrés de bandelettes, 
Sous l'incantation trouble des cassolettes, 
Sent monter dans son coeur ta mer, immense Amour. 

Immobile, sous ses paupières violettes 
Elle rêve, pâmée aux fuites des coussins; 
Et les lourds colliers d'or soulevés par ses seins 
Racontent sa langueur et ses fièvres muettes. 

Un adieu rose flotte au front des monuments. 
Le soir, velouté d'ombre, est plein d'enchantements; 
Et cependant qu'au loin pleurent les crocodiles, 

La Reine aux doigts crispes, sanglotante d'aveux, 
Frissonne de sentir, lascives et subtiles. 
Des mains qui dans le vent épuisent ses cheveux. 

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Andrew Schneider) , "Cleopatra I", copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission
  • HUN Hungarian (Magyar) (Dezső Kosztolányi) , no title

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3. Cléopâtre II [sung text not yet checked]

Lourde pèse la nuit au bord du Nil obscur.
Cléopâtre, à genoux sous les astres qui brûlent,
Soudain pâle, écartant ses femmes qui reculent,
Déchire sa tunique en un grand geste impur,

Et dresse éperdument sur la haute terrasse
Son corps vierge, gonflé d'amour comme un fruit mûr.
Toute nue, elle vibre! et, debout sous l'azur,
Se tord, couleuvre ardente, au vent tiède et vorace.

Elle veut, et ses yeux fauves dardent l'éclair,
Que le monde ait, ce soir, le parfum de sa chair...
O sombre fleur du sexe éparse en l'air nocturne!

Et le Sphynx, immobile aux sables de l'ennui,
Sent un feu pénétrer son granit taciturne;
Et le désert immense a remué sous lui.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Andrew Schneider) , "Cleopatra II", copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission
  • HUN Hungarian (Magyar) (Dezső Kosztolányi) , no title

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