Six Sonnets de Louïze Labé

Song Cycle by Viktor Ullmann (1898 - 1944)

Word count: 603

1. Clere Vénus [sung text not yet checked]

Clere Venus, qui erres par les Cieus,
Entens ma voix qui en pleins chantera,
Tant que ta face au haut du Ciel luira,
Son long travail et souci ennuieus.
 
Mon œil veillant s’atendrira bien mieus,
Et plus de pleurs te voyant gettera.
Mieus mon lit mol de larmes baignera,
De ses travaus voyant témoins tes yeus.
 
Donq des humains sont les lassez esprits
De dous repos et de sommeil espris.
I’endure mal tant que le Soleil luit :
 
Et quand ie suis quasi toute cassee,
Et que me fuis mise en mon lit lassee,
Crier me faut mon mal toute la nuit.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 95-96.

Modernized spelling form:

Claire Vénus, qui erres par les Cieux,
Entends ma voix qui en plaints chantera,
Tant que ta face au haut du Ciel luira,
Son long travail et souci ennuyeux.

Mon œil veillant s'attendrira bien mieux,
Et plus de pleurs te voyant jettera.
Mieux mon lit mol de larmes baignera,
De ses travaux voyant témoins tes yeux.

Donc des humains sont les lassés esprits
De doux repos et de sommeil épris.
J'endure mal tant que le Soleil luit ;

Et quand je suis quasi toute cassée,
Et que me suis mise en mon lit lassée,
Crier me faut mon mal toute la nuit.

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2. On voit mourir [sung text not yet checked]

On voit mourir toute chose animée,
 Lors que du corps l'ame sutile part :
 Je suis le corps, toy la meilleure part :
 Ou es tu donq, ô ame bien aymee ?

Ne me laissez par si long temps pàmee,
 Pour me sauver après viendrois trop tard.
 Las, ne mets point ton corps en ce hazart :
 Rens lui sa part & moitié estimee.

Mais fais, Ami, que ne stit dangereuse
 Cette rencontre & revuë amoureuse,
 L'accompagnant, non de severite,

Non de rigueur : mais de grâce amiable,
 Qui doucement me rende ta beaute,
 Jadis cruelle, à present savorable.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 96-97. Note: some spellings have been updated (I->J, U->V).


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3. Je vis, je meurs [sung text not yet checked]

Ie vis, ie meurs : ie me brule & me noye.
 I'ay chaut estreme en endurant froidure :
 La vie m'est & trop molle & trop dure,
 I'ay grans ennuis entremeslez de ioye :

Tout à un coup ie ris & ie larmoye,
 Et en plaisir maint grief tourment i'endure :
 Mon bien s'en va, & à iamais il dure :
 Tout en un coup ie seiche & ie verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
 Et quand ie pense auoir plus de douleur,
 Sans y penser ie me treuue hors de peine.

Puis quand ie croy ma ioye estre certeine,
 Et estre au haut de mon desiré heur,
 Il me remet en mon premier malheur.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 97.

Modernized spelling version:

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J'ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ay grans ennuis entremeslez de joye :

Tout à un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.

Puis quand je croy ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon desiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.



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4. Lut, compagnon [sung text not yet checked]

Lut, compagnon de ma calamité.
 De mes soupirs témoin irréprochable.
 De mes ennuis controlleur veritable.
 Tu as souuent auec moy lamenté :

Et tant le pleur piteus t'a molesté,
 Que commençant quelque son delectable,
 Tu le rendois tout soudein lamentable,
 Feignant le ton que plein auoit chanté.

Et si te veus efforcer au contraire.
 Tu te destens & si me contreins taire :
 Mais me voyant tendrement soupirer,

Donnant faueur à ma tant triste pleinte :
 En mes ennuis me plaire suis contreinte.
 Et d'un dous mal douce fin esperer.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, pages 99-100.


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5. Baise m'encor, rebaise moy et baise [sung text not yet checked]

Baise m'encor, rebaise moy & baise :
 Donne m'en un de tes plus sauoureus,
 Donne m'en un de tes plus amoureus :
 Ie t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? ça que ce mal i'apaise.
 En t'en donnant dix autres doucereus.
 Ainsi meslans nos baisers tant heureus
 Iouissons nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suiura.
 Chacun en soy & son ami viura.
 Permets m'Amour penser quelque folie :

Tousiours suis mal, viuant discrettement,
 Et ne me puis donner contentement,
 Si hors de moy ne fay quelque saillie.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • HUN Hungarian (Magyar) (Tamás Rédey) , copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 103.

Somewhat modernized spelling version:
Baise m'encor, rebaise moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise.

Las, te pleins tu ? ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de I'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :

Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.

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6. Oh si j'estois en ce beau sein ravie [sung text not yet checked]

Oh si i'estois en ce beau sein rauie
 De celui là pour lequel vois mourant :
 Si auec lui viure le demeurant
 De mes cours iours ne m'empeschoit enuie :

Si m'acollant me disoit, chère Amie,
 Contentons nous l'un l'autre, s'asseurant
 Que ia tempeste, Euripe, ne Courant
 Ne nous pourra desioindre en notre vie :

Si de mes bras le tenant acollé,
 Comme du Lierre est l'arbre encercelé,
 La mort venait, de mon aise enuieuse :

Lors que souef plus il me baiseroit.
 Et mon esprit sur ses leures fuiroit.
 Bien ie mourrois, plus que viuante, heureuse.

Authorship

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Confirmed with Œuvres de Louise Labé, texte établi par Charles Boy, Paris, Alphonse Lemerre, 1887, page 100.

Modernized form:

Oh ! si j'étais en ce beau sein ravie
De celui-là pour lequel vais mourant ;
Si avec lui vive le demeurant
De mes courts jours ne m'empêchait envie ;

Si m'accolant, me disait : Chère Amie,
Contentons-nous l'un l'autre, s'assurant
Que jà tempête, Euripe, ni courant
Ne nous pourra déjoindre en notre vie ;

Si, de mes bras le tenant accolé,
Comme du lierre est l'arbre encercelé,
La mort venait, de mon aise envieuse,

Lors que souef plus il me baiserait,
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.

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