Six Fables de La Fontaine

Song Cycle by Benjamin Louis Paul Godard (1849 - 1895)

1. La laitière et le Pot au lait [sung text not yet checked]

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait 
Bien posé sur un coussinet, 
Prétendait arriver sans encombre à la ville. 
Légère et court vêtue elle allait à grands pas; 
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, 
Cotillon simple, et souliers plats. 
Notre laitière ainsi troussée 
Comptait déjà dans sa pensée 
Tout le prix de son lait, en employait l'argent, 
Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée; 
La chose allait à bien par son soin diligent. 
Il m'est, disait-elle, facile, 
D'élever des poulets autour de ma maison: 
Le Renard sera bien habile, 
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. 
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son; 
Il était quand je l'eus de grosseur raisonnable: 
J'aurai le revendant de l'argent bel et bon. 
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, 
Vu le prix dont il est, une vache et son veau, 
Que je verrai sauter au milieu du troupeau? 
Perrette là-dessus saute aussi, transportée. 
Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée; 
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri 
Sa fortune ainsi répandue, 
Va s'excuser à son mari 
En grand danger d'être battue. 
Le récit en farce en fut fait; 
On l'appela le Pot au lait. 

Quel esprit ne bat la campagne? 
Qui ne fait châteaux en Espagne? 
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous, 
Autant les sages que les fous? 
Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux: 
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes: 
Tout le bien du monde est à nous, 
Tous les honneurs, toutes les femmes. 
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi; 
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi; 
On m'élit roi, mon peuple m'aime; 
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant: 
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même; 
Je suis gros Jean comme devant.

Authorship:

See other settings of this text.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. La cigale et la fourmi [sung text not yet checked]

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.»
La Fourmi n'est pas prêteuse;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
-- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
-- Vous chantiez? j'en suis fort aise.
Et bien! dansez maintenant.»

Authorship:

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Emily Ezust) , "The grasshopper and the ant", copyright © 2016

See also La cigale vengée.


Researcher for this text: Ted Perry

3. Le renard et le corbeau [sung text not yet checked]

Maître Corbeau, sur un arbre perché, 
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché, 
Lui tint à peu près ce langage:
Hé!  Bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et, pour montrer sa belle voix, 
Il ouvre un large bec, laisse tombe sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Authorship:

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Jonathan Justman) , "The Raven and the Fox", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

See also Le renard et le corbeau.


Researcher for this text: Geoffrey Wieting

4. Le coche et la mouche [sung text checked 1 time]

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au Soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un Coche.
Femmes, Moine, vieillards, tout était descendu.
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
Une Mouche survient, et des chevaux s'approche ;
Prétend les animer par son bourdonnement ;
Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine,
S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;
Aussitôt que le char chemine,
Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire ;
Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit
Un Sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.
La Mouche en ce commun besoin
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ;
Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
Le Moine disait son Bréviaire ;
Il prenait bien son temps ! une femme chantait ;
C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait !
Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail le Coche arrive au haut.
Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ca, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.

Authorship:

Researcher for this text: Malcolm Wren [Guest Editor]

5. Le renard et les raisins [sung text checked 1 time]

Certain renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
        Des raisins, mûrs apparemment,
        Et couverts d'une peau vermeille.
Le galant en eût fait volontiers un repas ;
        Mais comme il n'y pouvait atteindre :
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.

        Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

Authorship:

See other settings of this text.

See also this poem of the same title, inspired by the fable.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

6. Le rat de ville et le rat des champs [sung text checked 1 time]

Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;

Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.

Authorship:

See other settings of this text.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]
Total word count: 949