Contes de fées

Song Cycle by Augusta Mary Anne Holmès (1847 - 1903)

Word count: 2125

1. La chanson de l'oiseau bleu [sung text checked 1 time]

Belle rebelle,
C'est moi qui t'appelle
Du fond des bois !
Belle cruelle,
Sens frémir mon aile,
Entends ma voix !
Ah! daigne entendre
Ma plainte si tendre,
Laisse-toi surprendre
Comme autrefois !
O Reine blonde,
A l'âme profonde
Il n'est rien au monde
Qui vaille ma voix !

O fleur sacrée,
Par les Dieux parée
De l'or du jour !
Rose adorée,
Par les Dieux livrée
Au mal d'amour.
Je viens t'apprendre
Mon chant le plus tendre,
Gravis pour l'entendre
Ta blanche tour !
O Reine blonde,
A l'âme profonde
Il n'est rien au monde
Qui vaille l'amour !

Dans l'herbe mûre
Où l'eau qui murmure
Vient se briser,
Sous la ramure
Où le vent susurre
Comme un baiser,
A l'heure tendre
Tu daignas m'entendre,
Et sans te reprendre,
Sans refuser.
O Reine blonde,
A l'âme profonde
Il n'est rien au monde
Qui vaille un baiser !

Authorship

Research team for this text: Guy Laffaille [Guest Editor] , Johann Winkler

2. La lampe merveilleuse [sung text checked 1 time]

Je suis enfermée
Dans la sombre tour ;
J'étais bien aimée,
Et je meurs d'amour !
Le Prince que j'aime
Est bien loin d'ici !
Prisonnier lui-même,
Il languit aussi !
Des gardes farouches
Veillent sans repos.
Il sort de leurs bouches
Le cris des corbeaux !
Eblis le Rebelle !
O funeste Roi !
Eblis ! je t'appelle !
Eblis ! sauve-moi !

« J'obéis ! Prends la lampe
Où la lumière vibre
En sept rayons égaux !
Allume-là ! Tu seras libre
Malgré les barreaux.
Tu verras surgir
Dans cette lumière enchantée,
Celui qui t'a domptée
Et dont les yeux le font rougir.
Adieu ! Ne doute pas.
Quand tu pleureras,
Tu me rappelleras. »

Eblis avait dit vrai !
Quand la lampe s'allume
A la chute du jour,
Dans une étincelante brume
Je revois mon amour !!
Et, jusqu'aux rayons de l'aurore,
Dont le Bosphore
Au loin se dore,
Dans les bras si blancs que j'adore,
Je meurs d'amour !

Authorship

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3. La belle du roi [sung text checked 1 time]

C'est la Belle du Roi
Qui rêve avant l'aurore,
C'est la Belle du Roi
Qui rêve qu'on l'adore.
C'est la Belle du Roi
Qui rêve d'un très beau visage,
C'est la Belle du Roi
Qui rêve qu'elle aime son Page.
C'est la Belle du Roi
Qui rêve d'un bois sombre,
Où le Page amoureux
S'est enhardi dans l'ombre,
Au ramage des oiseaux,
Au murmure des ruisseaux,
Et qu'une Fée
Très bien coiffée
Leur dit: « Mes pauvres enfants,
Soyez heureux et triomphants ! »

C'est la Belle du Roi
Qui rêve qu'on l'éveille,
Que le Roi n'entend rien,
Que le palais sommeille.
Oui ! le galop d'un destrier
A frappé son oreille !
Le beau Page, à franc étrier,
Accourt dans l'aurore vermeille !
Viens au pied de ces tours !
C'est ton Page d'amours 
Qui t'appelle !
Viens, ô Belle du Roi !
Viens, et fuis avec moi !
C'est ton Page d'amours si fidèle !

Authorship

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4. La Princesse Neige [sung text checked 1 time]

Le Prince Ivan :
Fille aux blonds cheveux,
Rapide et voilée,
Toi qui t'enfuis
Au fond des nuits,
Tu troubles et séduis.
Aux lueurs des feux
Sur la Neva gelée,
Retourne-toi !
Regarde-moi !
Il faut subir ma loi !
Viens ! Tu dois m'apparaître !
Oui, viens, car je suis ton maître !
Ô mon désir,
Ô mon plaisir,
Viens ! laisse-toi saisir !
Viens ! Ta blancheur m'enivre !
J'ordonne ! Il faut me suivre !
Dans mes bras
Tu sentiras
L'ardeur dont tu vivras !
Dis ton nom ! Fais voir ta mine,
Belle de hasard !
Je suis Ivan, le fils du Barine,
Le plus près du Tzar !

 La Princesse Neige :
Je viens des cimes glacées,
Où le givre parsème l'air,
Sans rêves, sans nulles pensées
Brille mon regard froid et clair.
Fuis, ô fils du Barine !
Ne fais pour me joindre aucun effort :
Un cœur de neige emplit ma poitrine,
Et mon baiser, c'est la mort !

 Le Prince Ivan :
Ton regard est doux,
Ta voix m'attire l'âme !
Dans mon palais
Aux gais reflets
Viens vivre désormais !
Prends cet or si roux,
Prends ces rubis en flammes !
Par un baiser
Viens m'apaiser,
Tu ne peux refuser !
Viens, et sois la maîtresse
D'un prince ivre de tendresse !
Vois, un amant
Noble et charmant
T'implore tendrement !
Ah ! ne sois point cruelle,
Des belles toi la plus belle !
Sur mon cœur
Si plein d'ardeur
Renonce à ta rigueur !
Mais si ta fierté me brave,
Tremble dans mes bras !
Le Prince Ivan t'aura pour esclave,
Et tu souffriras !

 La Princesse Neige :
Viens donc ! reçois ma caresse !
Sous ma lèvre incline ton front !
Ton âme et ton cœur pleins d'ivresse
Sur mon sein glacé se glaceront.
Viens, ô fils du Barine !
Puisque tu le veux, meurs dans mes bras !
Je suis à toi, neigeuse et câline.
Meurs ! Rien ne vaut ce trépas.

 Le Prince Ivan :
Enfin ! enfin je t'enlace !
Sois à moi, ô mes amours !
Ah! ta lèvre me glace !
Tout s'efface !
Je meurs ! Je t'appartiens pour toujours !

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Research team for this text: Guy Laffaille [Guest Editor] , Johann Winkler

5. Les trois serpentes [sung text checked 1 time]

Entendez-vous
Ces chants si doux
Qui montent du lointain des vertes allées ?
Au bord des eaux,
Dans les roseaux
Les trois Serpentes sont allées.

Le Roi Charmant
Languissamment
Suit les contours de la pâle rivière ;
Il pleure encor,
Les cheveux d'or
De la si belle
Trop cruelle
A sa prière !

Au bord des eaux
Dans les roseaux
Luisent les glauques vœux des froides Serpentes
Aux bras si blancs,
Nus et troublants,
Blondes, câlines et rampantes.

« Accueillez-moi !
Je suis le Roi,
Et je me meurs d'une peine mortelle !
Je vis, privé
Du bien rêvé,
De cette ivresse,
La caresse
De la plus belle ! »

« Oui, viens à nous !
Nos chants si doux
Evoqueront pour toi la douce contrée
Où, dans nos bras,
Tu oublieras
Cette cruelle désirée ! »

Et pour toujours,
Loin des amours,
Le Roi Charmant dort aux bras des Charmeuses,
Au fond des eaux
Sous les roseaux,
Parmi les vagues
Aux voix vagues
Et langoureuses !

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6. Le chevalier belle-étoile [sung text checked 1 time]

Les femmes :
Où vas-tu, beau chevalier,
Qui chevauches par le monde
Sans lance et sans bouclier,
Laissant flotter au vent ta chevelure blonde ?
Tes yeux sont pleins d'éclairs,
Et ta main est frêle !
Ton coursier fend les airs,
Tu nous parais plus beau que la plus belle !
Nous avons des bluets des champs,
Nous savons des contes très attachants
Pour calmer les fatigues des routes ;
Nous savons toutes
Des chants
Bien touchants !
Viens, nous avons les mains parfumées
Par les muguets du chemin !
Viens ! tu trouveras parmi nous des bien aimées
Pour ce soir ou pour demain !

 Belle-Etoile :
Laissez-moi ! Ne m'appelez pas !
Ma route est la route infinie !
Vous ne trouveriez dans mes bras
Que le dégoût de votre vie !
Voyez ! Sur mon cimier
Brille un astre sans voile !
Je suis guerrière et guerrier,
Et je m'appelle Belle-Etoile !

 Les hommes :
Arrêtez la guerrière aux yeux bleus,
Qui s'avance vers l'Aurore !
Arrêtez, arrêtez, compagnons valeureux,
Le guerrier qui vous brave encore !
Qu'il apprenne la peur,
Ce hardi vainqueur !
Par l'insulte et l'outrage
Excitez sa rage !
Désarmez son bras !
Donnez-lui le trépas !
Courage !

 Belle-Etoile :
Arrière de mon chemin,
Soldats de la nuit et du doute !
Le glaive que brandit ma main,
Ma volonté, vous barre la route !
Mon étoile est celle du matin !
Mon coursier me mène à la gloire !
Les Dieux ont tracé mon destin
Vers la bataille et la victoire !

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7. La chatte blanche [sung text checked 1 time]

Dans ce bois sombre où dort le clair de lune,
O voyageur, qui vas cherchant fortune,
Prends garde à toi ! car depuis l'heure brune
La Chatte Blanche a suivi tous tes pas !
Bien doucement sa fourrure te frôle,
(O miaulements plus doux que la parole !)
Puis tu crois voir une neigeuse épaule,
Et deux bras nus s'enlacer à tes bras !
Et les baisers d'amour entrouvrent leur corolle,
Et ton cœur brûle, et ta raison s'envole.
Car la Féline a soupiré tout bas
En miaulements plus doux que la parole :
Miou ! Miou ! Miou !
Emportez-moi,
Beau fils de Roi !
Miou ! Miou ! Miou !
Caressez-moi !
Adorez-moi !
Miou ! Je suis si belle !
Miou ! Et si fidèle !
Et vous serez toujours
Mes seules amours,
Et vous aurez ma foi !

Aux sons menteurs d'une harpe illusoire,
Dans un palais de songe aux tours d'ivoire
Tu dormiras sans souci de ta gloire,
Que la si Blanche effeuilla de ton front !
Parmi les chants, les parfums, les caresses,
Le cœur noyé sous l'or des fauves tresses,
Tu subiras les suprêmes ivresses,
Et ta pensée et ta force mourront !
Et des roses de feu fleuriront tes paresses,
Et pour toujours les paroles traîtresses
En miaulements très doux résonneront
Au cœur noyé sous l'or des fauves tresses :
Miou ! Miou ! Miou !
Je suis à toi,
Beau fils de Roi !
Miou ! Miou ! Miou !
Adore-moi !
Caresse-moi !
Miou ! Je suis si belle !
Miou ! Et si fidèle !
Et vous serez toujours
Mes seules amours,
Et vous aurez ma foi !

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8. La source enchantée  [sung text checked 1 time]

Près d'une source murmurante
J'étais assis au fond des bois ;
Et les oiseaux, tous à la fois,
Gazouillaient dans la brise errante.
Mais j'étais triste et mécontent,
Car la Belle aux cheveux d'aurore
Par ces rigueurs qu'Amour déplore
Navrait mon cœur, qui l'aime tant !
Soudain, parmi l'herbe et la mousse
Qui s'étoilaient de cailloux ronds,
Parmi les frêles liserons,
Une voix s'éleva, très douce :
« Chante bien tes chansons d'amour
De la nuit jusqu'au petit jour.
Tu charmeras ta belle ! »
J'ai chanté mes chansons d'amour
De la nuit jusqu'au petit jour,
Et l'on me fût toujours aussi cruelle !

Lendemain, l'âme brisée,
Je vins encor au fond des bois.
Les papillons, tous à la fois,
Voltigeaient parmi la rosée !
Les papillons, couleur de ciel,
Se posaient sur les fleurs écloses,
Et palpitants au cœur des roses
S'enivraient d'amour et de miel !
Moi, je pleurais, plein de colère,
Et mes pleurs devenaient sanglots,
Quand soudain, dans le bruit des flots,
J'entendis une voix très claire :
« Donne bien les baisers d'amour
De la nuit jusqu'au petit jour.
Tu charmeras ta belle ! »
J'ai donné les baisers d'amour
De la nuit jusqu'au petit jour !
Et l'on cessa de m'être aussi cruelle.
Oui, j'ai charmé ma belle !

Authorship

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9. La belle aux cheveux d'or [sung text checked 1 time]

La Belle aux Cheveux d'Or en tunique de lin
Est assise dans sa tourelle.
Un beau Page farouche au regard très câlin,
A genoux se languit pour elle !
Ô mon beau Page, armez-vous et partez
Vers ces monts que la lune argente ;
Pour « grâce et merci » de moi, rapportez
L'Oiseau qui parle et l'Eau qui chante !
Et vous cueillerez, au retour,
Sur ma lèvre un baiser d'amour !

Le beau Page est parti, bravant tous les dangers,
Vers les monts de glace escarpée !
Les démons de l'enfer et les spectres légers
Fondent au vent de son épée !
Sans blessure et sans peur, en un rire d'enfant,
Il abat la horde méchante,
Et rapporte à sa Belle, amoureux triomphant,
L'Oiseau qui parle et l'Eau qui chante !
« Belle aux Cheveux d'Or, je reviens en vainqueur !
A toi de tenir ta promesse !
Il faut donner ta lèvre ! il faut donner ton cœur !
Je veux l'esclave et la maîtresse ! »

« Oui, je t'appartiens, j'appartiens au vainqueur !
Je veux bien tenir ma promesse !
La Belle aux Cheveux d'Or n'a que toi dans le cœur.
Je suis l'esclave et la maîtresse ! »
L'Oiseau qui parle dit : « Il faut aimer toujours !
La gloire n'est rien sans tendresse ! »
L'Oiseau qui parle dit : « Voici les heureux jours ! »
L'Eau qui chante dit : « Il n'est rien sans les amours ! »

Authorship

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10. Les voix du rêve [sung text checked 1 time]

Sous l'églantier de la colline
Je m'étais un soir endormi.
La lune, au ciel, voguait câline,
Se voilant de brume à demi.
Mais Finvarra, le Roi des âmes,
M'emporta, tout en pleurs,
Dans son palais d'or et de flammes,
Plain de chants et de fleurs,
Où résonnaient des Voix de femmes
Aux surnaturelles langueurs.
Puis, je voulus, lassé d'ivresse,
Revoir le soleil et l'azur !
Et Finvarra, dans sa tendresse,
Me donna la Harpe au son pur.
Et j'ai chanté pour vos victimes,
O Tyrans aux fronts lourds !
J'ai montré la clarté des cimes
Aux humaines amours,
Mais le regret des Voix sublimes
M'a brisé le cœur pour toujours !

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