Musiques extraits de "Crépuscules et Nocturnes"

Song Cycle by Maurice Emmanuel (1862 - 1938)

Word count: 1550

1. Prélude [sung text checked 1 time]

Ô nuit, berceuse d'harmonies,
Nuit dont les graves symphonies,
Trame sonore aux fins réseaux,
Déroulent, molles ou stridentes,
Les désespoirs de leurs andantes,
Les ris narquois de leurs scherzos !

Nuit musicale, ô nuit muette,
De ta main dolente et coquette
Effleurant notre front pâli,
Tu cicatrises nos blessures,
Contre ton sein tu nous rassures,
Tes pavots nous versent l'oubli.

L'esprit que ton souffle délivre,
S'envole et plus haut se sent vivre,
Plus loin de l'homme aux vains combats,
Dans l'air pur, où, d'un coup d'aile,
Porté par ton charme fidèle,
Il monte s'affranchir d'en bas.

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2. Vibrations [sung text checked 1 time]

Passer aimant et doux, chaste, immatériel,
Le long des sentiers verts qu'azure un coin du ciel,
En un rêve si pur, un tel frisson d'extase
Que, d'un nimbe d'amour ceint et transfiguré,
L'univers à nos yeux s'auréole, s'embrase
Et, pu cent voix, entonne un crescendo sacré !
Apercevoir le monde, où le décor des formes
Absorbe tant d'esprits, ainsi qu'un grand concert
Où les vibrations d'instruments lourds, énormes,
Seules mettent un sens et, s'essaimant dans l'air,
Gazouillements, parfums, couleurs, tout ce qui grise,
Tout ce qui tord le coeur, souffrances, voluptés,
Désirs, espoirs, remords, rêves tôt avortés,
Font, en se combinant, une harmonie exquise !..
Puis, quand on a chanté sa note en ce chant pur,
Qu'on a mis tout soi-même en un élan rythmique,
Un soir, comme un nuage au fond du clair azur,
Comme un accord mourant d'enivrante musique
En modulations disparaître, et se fondre.

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3. Le vieux coucou [sung text checked 1 time]

Tic tac, tic tac, tic tac, tic tac!
Lancinante et bavarde horloge,
Chemineau que le temps déloge,
Qu'as-tu de nouveau dans ton sac ?

Tic tac! Voyez, dans le silence,
Comme impitoyable et passif,
Travaillant à coup de canif,
Ce battant maudit sa balance!

Tic tac! du temps qui fuit, plus rien!
Au panier la seconde morte ;
Il n'est pas besoin qu'on l'emporte :
Elle succombe, une autre vient!

Tic tac, tic tac! Oh le mystère,
L'énigme atroce de l'instant
Inconnu, vers nous se hâtant!...
Oh! l'arrêter, la faire taire!...

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4. Sous les pins [sung text checked 1 time]

Le grincement des pins qu'entrechoque le vent,
Leur craquement soudain passent comme une alerte
dans la triste forêt assombrie et déserte ;
On ne sait quel travail fait ce bruit décevant...
C'est comme un cabestan qui tire sur la corde.
Et la brise glacée avec ce bruit s'accorde :
Nous somme sur la mer, livrés aux flots mouvants,
Aux flots dont le remous grince en nous soulevant !...
Nous sommes sur la mer; dans l'immense étendue
Notre barque fragile est branlante et perdue ;
Nous courons l'Océan dans la terrible nuit,
Portés, où, qui le sait : l'ouragan nous conduit...
Nous sommes emportés par l'afflux du vertige,
D'un vol inconscient, vers l'éternel repos ;
Et ce bruit, ce seul bruit, c'est, infernal prodige,
Le ver qui se hâtant, nous décharne les os !...

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5. Résonances [sung text checked 1 time]

Comme, à l'heure où tout dort, dans la salle déserte,
Où l'invisible essor des rythmes se concerte,
Les mornes instruments, nocturnes pèlerins,
Harpes et violons, cymbales, tambourins,
Contrebasses, altos, tout l'orchestre- silence,
Dont le rêve inquiet la nuit au loin s'élance,
Parfois, pour un accord passant d'un lent frisson,
S'ébranlent et, pieux, vibrent à l'unisson :
Ainsi, de l'océan barques désemparées,
Les âmes, par l'espace et le temps séparés,
Peuvent, à certains mots que prononce un esprit
Pour un ordre entendu dans leur sommeil flétri,
Un souffle qui les frôle en sa lente caresse,
Sentir toutes ensemble un élan qui les dresse,
Toutes ensemble aimer, espérer, s*attendrir,
Ensemble ayant souffert, ensemble se guérir !

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6. Invitation à la valse [sung text checked 1 time]

Les masques souriants qu'elles mettent le soir
Avec leur jupe neuve et leurs fleurs au corsage
Pour valser quelques tours, écouter au passage
Des mots indifférents et revenir s'asseoir
Le coeur un peu troublé près de leur mère sage ;

Ces masques souriants, dont le regard s'enfuit
Et qui ne parlent pas, les font toutes pareilles 
Comme les fleurs des champs, roses, blanches, vermeilles,
Ont des calices gris qui les voilent la nuit.

Cependant il est doux, si peu qu'on en jouisse,
De tourner en disant des mots qu'on entends pas,
Mais que l'on dit plus près et que l'on dit tout bas
Jusqu'à ce que le monde entier s'évanouisse
En un rêve confus entraîné sur vos pas.

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7. Villanelle du temps passé [sung text checked 1 time]

L'avenir a des airs altiers;
Le futur prétend qu'on l'encense ;
Et l'on suppose volontiers
En voyant lever la semence
Que demain la moisson commence.
Mais, pour guérir un coeur lassé,
La chanson douce est la romance,
La romance du temps passé.

Qu'importe que nos héritiers
Voient plus loin! Je frémis d'avance
En songeant avec grand pitié
Combien ils verront de démence
Et de laideur. O providence,
Merci d'en être dispensé!
La chanson douce est la romance,
La romance du temps passé!

Aller plus vite! Et les sentiers
De fine mousse ; et l'ombre dense
Où l'amour fait de deux moitiés
Un tout que bénit la clémence
De l'azur immuable, intense!...
Marchons pas à pas enlacés!
La chanson douce est la romance,
La romance du temps passé!

Aurez-vous dattes sans dattier,
Sans rosier rose ? est-ce prudence
D'attendre que tous soient rentiers,
Du travail obtenant dispense
Et sans fourneau faisant bombance ?
Le bonheur veut qu'on l'ait forcé!
La chanson douce est la romance,
La romance du temps passé!

Bah, cherchez, flûteurs et luthiers!
Choisissez la plus rare essence,
Des fils vibrants, de fins boîtiers!
Tous vos calculs pour mener danse
Ne vaudront pas une cadence
Où l'écho des temps a passé!
La chanson douce est la romance,
La romance du temps passé!

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8. Berceuse [sung text checked 1 time]

Ils dorment dans leurs berceaux blancs;
Ils dorment, doux oiseaux tremblants,
Bourgeons de vie;
Ils dorment, notre joie en eux,
De vagues songes lumineux
L'âme ravie;

Il sont l'amour, lis sont l'esprit,
Ils sont ce qui chante et fleurit,
Ils sont la sève
Qui, dans les troncs hier tout nus,
Mettant des frissons inconnus,
Chaude s'élève.

Oh, dormez bien, dormez si calmes!
Nos orgueil, nos hochets, nos palmes,
Tout est pour vous!
Soin, travail, souci, crainte vaine,
Quand c'est de vous que vient la peine,
Semblent si doux!

Dormez! la monstrueuse bête,
L'avenir dans l'ombre vous guette,
Pauvres petits!
Contre sa dent féroce, étrange,
Sa mâchoire qui broie et mange,
Ses appétits.

Que pouvons-nous? Que peut la mère?
Oh, dormez; laissez la chimère
Baiser vos fronts!
Blottissez-vous, que je vous cache!
Moi seul, hélas, que je les sache,
Ces réveils prompts,

Ces écroulements où tout sombre!...
Pour vous le jour; oh, pour moi l'ombre!
Dormez, dormez!
Je voudrais éterniser l'heure,
Où, sur vous penché, je demeure,
Mes bien-aimés!...

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9. Marche au bonheur [sung text checked 1 time]

Vers la joie, en avant!
Torche au vent!
Se pressant, se suivant,
Les clairons, les tambours, à la tête,
sans arrêt vont jouant pour la fête.

Le cortège à grand bruit
Part la nuit,
S'écriant : « Le jour luit! »
Et, gaîment, la peau d'âne ou le cuivre
Clame : « Joie! O bonheur vivre, oh vivre! »

Vins et fleurs, baisers fous!
Garde à vous!
Serrez bien les rangs tous!
Les traînards sont aux loups en pâture!...
Bah, qui marche a gagné l'aventure!

Et l'on marche, et l'on rit
À grand cri
Et l'on fait de l'esprit
Qui faiblit de la mort connaît l'affre!...
Serrons-nous; moins on est plus on bâfre!

Il est long, ce chemin,
Genre humain!
Aujourd'hui, puis demain!...

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10. Valse hongroise [sung text checked 1 time]

Langoureuse et molle, elle s'enlève
Comme un rêve,
La valse muette au rythme lent,
Nonchalant.

Elle a la douceur, la poésie
De l'Asie;
C'est comme un parfum des fleurs la nuit
Qui s'enfuit ;

C'est comme un ramier aux ailes blanches
Dans les branches
Ou comme un nuage au gré du vent
Se mouvant.

Puis d'un coup d'archer, elle s'effare,
En fanfare,
S'emporte, bondit de volupté,
De fierté ;

Devient vertige où tout s'efface,
Une chasse.
Une ivresse folle avec des flots
De sanglots.

La valse reprend douce comme un songe
Et s'allonge
Comme un frisson d'air, le long des roseaux
Sur les eaux.

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , "Hungarian waltz", copyright © 2006, (re)printed on this website with kind permission

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11. Des mots! Des mots! [sung text checked 1 time]

Aimons des mots les chansons folles!
Aimons les mots en farandoles,
Les mots, les fiers, les sveltes mots,
Qui brillent, luisent et chatoient,
Dont les allégresses déploient
Des colliers scintillants d'émaux !
Les faits sont tous mélancoliques,
Et la raison qui les explique
Laisse un arrière-goût amer.
Les mots, guéris de leurs pensées,
Ont des souplesses cadencées,
Pareilles aux voix de la mer.
Organisons des symphonies !
Accordez-vous en harmonies.
Mes amis, mes musiciens !
Discours, sermon, précepte lasse,
Oubliez tout ; la contrebasse,
La viole et le violon,
Le hautbois, la flûte amoureuse,
Sauront, sans rhétorique creuse,
Sans argument maussade et long,
Par les seules vertus magiques
Du rythme aux effluves mystiques,
Aux caresses de voluptés,
Amuser jusqu'à la nuit close,
Malgré la science qui glose,
Nos coeurs de jeunesse entêtés.

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12. Postlude [sung text checked 1 time]

Ô doux baiser de la lumière,
Ô flamme, ô feu, source première
De toute vie et toute ardeur,
Clarté divine, enchanteresse,
O voluptueuse caresse,
Parfum des cieux, pure splendeur !...

Tu luis, soleil : tout est propice ;
Le pied, qui longe un précipice,
Ne tremble pas ; le coeur puissant
Bat largement et se déploie ;
Le but sourit ; l'effort est joie ;
L'orgueil promet ; l'amour consent !

Tristesse au loin, fantôme blême !
Doute, va-t-en point de problème !
Arrière, ennui Mort, cache-toi !
L'espoir chantant montre la route ;
Ce fol ami, comme on l'écoute !
Le pas est ferme ; on a la foi !...

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