3 Romances

Song Cycle by L. Beluzzi

Word count: 575

1. Le petit joueur de harpe [sung text not yet checked]

  Ô ma harpe ! seul héritage 
  Que mon vieux père m'a laissé,
  Viens attendrir, à son passage, 
  L'homme opulent au cœur glacé ! 
Mon âme souffre à ses regrets en proie,
Et de la faim je ressens les douleurs.
Harpe fidèle, essaie un chant de joie... 
La corde, hélas ! se détend sous mes pleurs ! 

  « Ô mon fils ! me disait mon père, 
  » D'un pain noir m'offrant la moitié, 
  » Le ciel, en qui le pauvre espère, 
  » Près du malheur mit la pitié. » 
Cachons les maux que le sort nous envoie,
Comme un cercueil que l'on couvre de fleurs ;
Désespérés, sachons feindre la joie...
L'homme heureux fuit le spectacle des pleurs. 

  Ô ma harpe ! sois toujours prête
  A redire un joyeux refrain ;
  La foule à ces doux sons s'arrête...
  Mon front reste pâle et chagrin.
La charité veille en vain sur ma voie ;
Quand un refus insulte à mes malheurs,
Je me résigne à la mort avec joie ;
Je dis : « Mon père ! » et je verse des pleurs. 

Authorship

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Confirmed with Journal des demoiselles, Volume 4, 1836, p. 26.


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2. Les oiseaux [sung text not yet checked]

Les beaux soleils morts vont renaître, 
Et voici déjà mille oiseaux 
Pendant leur nid à la fenêtre, 
Peuplant les bois, rasant les eaux.
Tous les matins un doux bruit d'ailes
Me réveille, et j'espère... hélas ! 
À mes carreaux noirs d'hirondelles 
L'oiseau que j'attends ne vient pas.

[ ... ]

Plus loin le martinet des grèves,
Sur un beau lac d'azur et d'or,
Comme un poète sur ses rêves,
Se berce, voltige et s'endort.
Dors et vole à ta fantaisie,
Heureux frère devant mes pas,
Moi, j'ai vu fuir la poésie :
L'oiseau que j'attends ne vient pas.

Arrive enfin, je t'en supplie,
Noir messager dont Dieu se sert ;
Corbeau qui, sur les pas d'Élie,
Émiettais du pain au désert.
Portant la part que Dieu m'a faite,
Arrive, il est temps..., mais, hélas ! 
Mort sans doute avec le prophète,
L'oiseau que j'attends ne vient pas.

Authorship

Confirmed with Le Myosotis, Nouvelle Edition augmentée du diogène et de piès posthumes inédites et précédée d'une notice biographique par M. Sainte-Marie Marcotte, Paris, Paul Masgana, 1840, pages 154-155.


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3. Le chasseur [sung text not yet checked]

Je suis enfant de la montagne,
Comme l'isard, comme l'aiglon ;
Je ne descends dans la campagne
Que pour ma poudre et pour mon plomb ;
Puis je reviens, et de mon aire
Je vois en bas l'homme ramper,
Si haut placé que le tonnerre
Remonterait pour me frapper.

[Je n'ai pour boire, après ma chasse,
Que l'eau du ciel dans mes deux mains ;
Mais le sentier par où je passe
Est vierge encor de pas humains.]1
Dans mes poumons nul souffle immonde !
En liberté je bois l'air bleu,
Et nul vivant en ce bas monde
Autant que moi n'approche Dieu.

Pour mon berceau j'eus un nid d'aigle
Comme un héros ou comme un roi,
Et j'ai vécu sans frein ni règle,
Plus haut que l'homme et que la loi.
Après ma mort une avalanche
De son linceul me couvrira,
Et sur mon corps la neige blanche,
Tombeau d'argent, s'élèvera.

Authorship

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1 omitted by Levadeé.

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