by Victor Hugo (1802 - 1885)
Translation by Anonymous / Unidentified Author
Vous me demandez mon avis, monsieur, sur...
Language: French (Français)
Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française. Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici : ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée qui produit l’art européen, et la Chimère qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d’eau et d’écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d’éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c’était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le lent travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à l’homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe. Cette merveille a disparu. Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits. Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voila ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m’en donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais. L’empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd’hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate. Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine. Victor Hugo
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Nora Wang, Ye Xin, Wang Lou, Victor Hugo et le sac du Palais d’été, Les Indes savantes/You Feng, 2003
Text Authorship:
- by Victor Hugo (1802 - 1885), subtitle: "Hauteville House, 25 novembre 1861" [author's text not yet checked against a primary source]
Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive):
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- Also set in English, a translation by Anonymous/Unidentified Artist , "Spilling Truth" ; composed by Melissa Dunphy.
Researcher for this page: Joost van der Linden [Guest Editor]
This text was added to the website: 2026-02-02
Line count: 68
Word count: 702
Spilling Truth
Language: English  after the French (Français)
I drink my mother's favorite tea in a china cup of exquisite whiteness. Since you want my opinion, here it is: There was, in a corner of the world, a wonder called the Summer Palace. Build a dream with marble, jade, bronze, porcelain, frame it in cedar, cover it with precious stones, drape it with silk, varnish it, enamel it, gild it, paint it, add gardens, pools, gushes of water and foam, swans, ibises, peacocks, imagine a dazzling cavern of fantasy— that was the Summer Palace. The slow work of two generations built this monument. For whom? For the people. Artists, poets, and philosophers knew it. They said: the Parthenon in Greece, the Pyramids in Egypt, the Colosseum in Rome, Notre-Dame in Paris, the Summer Palace in the Orient. If one did not see it, one dreamed of it, a frightening unknown masterpiece glimpsed in the distance in some unknown twilight. One day, two bandits arrived. One plundered, the other burned. More efficient than Elgin, they left nothing behind. One filled his pockets, while the other filled his coffers; and they returned home with their spoils, arm in arm, laughing. A dog snatched from the Summer Palace was given to Queen Victoria, who named her Looty. Shattered lines of crazing on a porcelain cup. The tea burns my lips. My mother's favorite tea is called Tiegoonyum, named after the Goddess of Mercy.
Adaptation of a text by Victor Hugo
Researcher for this page: Joost van der Linden [Guest Editor]
Text Authorship:
- by Anonymous / Unidentified Author, "Spilling Truth"
Based on:
- a text in French (Français) by Victor Hugo (1802 - 1885), subtitle: "Hauteville House, 25 novembre 1861"
Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive):
- by Melissa Dunphy (b. 1980), "Spilling Truth", 2024, published 2026, first performed 2025 [ soprano and piano ], from Chinoiserie, no. 2
Publisher: Melissa Dunphy [external link]  [sung text checked 1 time]
Researcher for this page: Joost van der Linden [Guest Editor]
This text was added to the website: 2026-02-02
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