Spleen

Song Cycle by Gilles Auger (b. 1957)

Word count: 595

1. Spleen 1 [sung text not yet checked]

Pluviôse irrité contre la [ville]1 entière
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux ;
[L'ombre]2 d'un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d'un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu'en un jeu plein de sales parfums,

Héritage fatal d'une vieille hydropique,
Le beau valet de cœur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 138-139. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 170-171. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 198. Punctuation follows 1857 edition. The modern spelling "poète" in line 8 used in the 1857 edition is preferred over the historical spelling "poëte" used in the 1861 and 1868 editions.

First published by Le Messager de l'Assemblée, April 9, 1851. Also appears as number 59 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal and as number 75 or 77 in subsequent editions.

1 1868 edition: "vie"
2 1861 and 1868 editions: "L'âme"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

2. Spleen 2 [sung text not yet checked]

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
[Hument le vieux parfum]1 d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
— Désormais tu n'es plus, ô matière vivante,
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux,
— Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 140-141. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 172-173. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 199-200. Punctuation and formatting follows 1857 edition. Note: this was number 60 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 76 or 78 in subsequent editions.

Note: The stanzas breaks and number of stanzas in the 1868 version of the poem differ from the 1857 and 1861 versions. There are two additional stanza breaks in the 1868 edition: one between "Qui contient plus de morts que la fosse commune" and "Je suis un cimetière abhorré de la lune", and another between "Prend les proportions de l'immortalité" and "Désormais tu n'es plus, ô matière vivante".

1 1861 and 1868 editions: "Seuls, respirent l'odeur"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

3. Spleen 3 [sung text not yet checked]

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux,
Qui de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade ;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
Il n'a [pas réchauffé]1 ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 142-143. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 174-175. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 201. Punctuation is consistent in all three editions. Note: this was number 61 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 77 or 79 in subsequent editions.

1 1861 and 1868 editions: "su réchauffer"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

4. Spleen 4 [sung text not yet checked]

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous [fait]1 un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide,
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet [d'horribles]2 araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout-à-coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrément.

-- Et [d'anciens]3 corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; [et,]4 l'Espoir
[Pleurant comme un vaincu, l'Angoisse]5 despotique
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 144-145. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 176-177. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, pages 202-203. Punctuation and formatting follows 1857 edition. Note: this was number 62 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 78 or 80 in subsequent editions.

1 1861 and 1868 editions: "verse"
2 1861 and 1868 editions: "d'infâmes"
3 1861 and 1868 editions: "de longs"
4 omitted in 1861 and 1868 editions
5 1861 edition: "Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce,"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]