Vaines Tendresses, 6 poésies de Sully-Prudhomme

Song Cycle by (François-Clément) Théodore Dubois (1837 - 1924)

Word count: 854

1. Prière [sung text not yet checked]

Ah! si vous saviez comme on pleure 
De vivre seul et sans foyers, 
Quelquefois devant ma demeure 
Vous passeriez. 

Si vous saviez ce que fait naître 
Dans l'âme triste un pur regard, 
Vous regarderiez ma fenêtre 
Comme au hazard. 

Si vous saviez quel baume apporte 
Au coeur la présence d'un cœur, 
Vous vous assoiriez sous ma porte 
Comme une sœur. 

Si vous saviez que je vous aime, 
Surtout si vous saviez comment, 
Vous entreriez peut-être même 
Tout simplement.

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  • ENG English (Laura Prichard) , copyright © 2016, (re)printed on this website with kind permission
  • HUN Hungarian (Magyar) (Dezső Kosztolányi) , "Könyörgés"

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2. L'étoile au cœur [sung text not yet checked]

Par les nuits sublimes d'été,
Sous leur dôme d'or et d'opale,
Je demande à l'immensité
Où sourit la forme idéale.

Plein d'une angoisse de banni,
A travers la flore innombrable
Des campagnes de l'infini,
Je poursuis ce lis adorable...

S'il brille au firmament profond,
Ce n'est pas pour moi qu'il y brille :
J'ai beau chercher, tout se confond
Dans l'océan clair qui fourmille.

Ma vue implore de trop bas
Sa splendeur en chemin perdue,
Et j'abaisse enfin mes yeux las,
Découragés par l'étendue.

Appauvri de l'espoir ôté,
Je m'en reviens plus solitaire,
Et cependant cette beauté
Que je crois si loin de la terre,

Un laboureur insoucieux,
Chaque soir à son foyer même,
Pour l'admirer, l'a sous les yeux
Dans la paysanne qu'il aime.

Heureux qui, sans vaine langueur,
Voyant les étoiles renaître,
Ferme sur elles sa fenêtre :
La plus belle luit dans son cœur.

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3. Au bord de l'eau [sung text not yet checked]

S'asseoir tous deux au bord [d'un]1 flot qui passe,
  Le voir passer ;
Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,
  Le voir glisser ;
À l'horizon, s'il fume un toit de chaume,
  Le voir fumer ;
Aux alentours si quelque fleur embaume,
  S'en embaumer ;
[Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,
  Tente, y goûter ;
Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,
  Chante, écouter...]2
Entendre au pied du saule où l'eau murmure
  L'eau murmurer ;
Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,
  Le temps durer ;
Mais n'apportant de passion profonde
  Qu'à s'adorer,
Sans [nul]3 souci des querelles du monde,
  Les ignorer ;
Et seuls, [heureux]4 devant tout ce qui [lasse]5,
  Sans se lasser,
Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,
  Ne point passer !

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  • ENG English (Peter Low) , "At the water's edge", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Nele Gramß) , "Am Ufer", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Enrico Magnani) , copyright © 2009, (re)printed on this website with kind permission
  • SPA Spanish (Español) (Mercedes Vivas) , "Al borde del agua", copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission
  • SPA Spanish (Español) (José Miguel Llata) , "Al borde del agua", copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission
  • SPA Spanish (Español) (Elisa Rapado) , "Al borde del agua", copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission

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1 Fauré: "du"
2 omitted by Fauré and Viardot.
3 Viardot: "un"
4 Fauré, Sachs: "tous deux"
5 Viardot, Sachs: "passe"

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4. Enfantillage [sung text not yet checked]

Madame, vous étiez petite,
J'avais douze ans ;
Vous oubliez vos courtisans
Bien vite !

Je ne voyais que vous au jeu
Parmi les autres ;
Mes doigts frôlaient parfois les vôtres
Un peu...

Comme à la première visite
Faite au rosier,
Le papillon sans appuyer
Palpite,

Et de feuille en feuille, hésitant,
S'approche, et n'ose
Monter droit au miel que la rose
Lui tend,

Tremblant de ses premières fièvres,
Mon coeur n'osait
Voler droit, des doigts qu'il baisait,
Aux lèvres.

Je sentais en moi, tour à tour,
Plaisir et peine,
Un mélange d'aise et de gêne :
L'amour.

L'amour à douze ans ! Oui, madame,
Et vous aussi,
N'aviez-vous pas quelque souci
De femme ?

Vous faisiez beaucoup d'embarras,
Très occupée
De votre robe, une poupée
Au bras.

Si j'adorais, trop tôt poète,
Vos petits pieds,
Trop tôt belle, vous me courbiez
La tête.

Nous menâmes si bien, un soir,
Le badinage,
Que nous nous mîmes en ménage,
Pour voir.

Vous parliez de bijoux de noces,
Moi du serment,
Car nous étions différemment
Précoces.

On fit la dînette, on dansa ;
Vous prétendîtes
Qu'il n'est noces proprement dites
Sans ça.

Vous goûtiez la plaisanterie
Tant que bientôt
J'osai vous appeler tout haut :
Chérie,

Et je vous ai (car je rêvais)
Baisé la joue ;
Depuis ce soir-là je ne joue
Jamais.

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5. Pèlerinages [sung text not yet checked]

En souvenir je m'aventure
Vers les jours passés où j'aimais,
Pour visiter la sépulture
Des rêves que mon cœur a faits.

Cependant qu'on vieillit sans cesse,
Les amours ont toujours vingt ans,
Jeunes de la fixe jeunesse
Des enfants qu'on pleure longtemps.

Je soulève un peu les paupières
De ces chers et douloureux morts ;
Leurs yeux sont froids comme des pierres
Avec des regards toujours forts.

Leur grâce m'attire et m'oppresse ;
En dépit des ans révolus
Je leur ai gardé ma tendresse ;
Ils ne me reconnaîtraient plus :

J'ai changé d'âme et de visage ;
Ils redoutent l'adieu moqueur
Que font les hommes de mon âge
Aux premiers rêves de leur cœur,

Et moi, plein de pitié, j'hésite,
J'ai peur qu'en se posant sur eux
Mon baiser ne les ressuscite :
Ils ont été trop malheureux.

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6. Sur un album [sung text not yet checked]

Elle était blanche, cette page, 
Mieux valait la laisser ainsi ; 
Du plus innocent griffonnage 
Son état vierge est obscurci.

Il valait mieux n'y rien écrire, 
Elle était blanche, et je pouvais 
Y voir seul pleurer ou sourire 
Les vers amis que je rêvais ;

Ces vers que vous dictiez vous-même 
Y miraient en paix leur fraîcheur, 
Et la page sous le poème 
Ne perdait rien de sa blancheur.

C'est une étrange fantaisie 
D'avoir voulu sur ce papier 
Crucifier la poésie 
Comme une fleur sur un herbier :

Elle n'est plus qu'une victime ; 
Il ne demeure sous vos yeux 
Plus rien de sa primeur intime, 
Tous les vers écrits sont si vieux !

Et vous voilà bien avancée ! 
Vous aurez eu pour tout régal, 
Au lieu d'un lis dans ma pensée, 
Dans votre album un madrigal.

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  • ENG English (Andrew Schneider) , "Upon an album", copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

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