Six harmonies poétiques

Song Cycle by Maxime Jacob (1906 - 1977)

Word count: 1378

1. La source dans les bois [sung text not yet checked]

Source limpide et murmurante
Qui de la fente du rocher
Jaillis en nappe transparente
Sur l'herbe que tu vas coucher,

Le marbre arrondi de Carrare,
Où tu bouillonnais autrefois,
Laisse fuir ton flot qui s'égare
Sur l'humide tapis des bois.

Ton dauphin verdi par le lierre
Ne lance plus de ses naseaux,
En jets ondoyants de lumière,
L'orgueilleuse écume des eaux.

[ ... ]

Mais tu n'es pas lasse d'éclore :
Semblable à ces cœurs généreux
Qui, méconnus, s'ouvrent encore
Pour se répandre aux malheureux.

Penché sur ta coupe brisée,
Je vois tes flots ensevelis
Filtrer comme une humble rosée
Sous les cailloux que tu polis.

J'entends ta goutte harmonieuse
Tomber, tomber, et retentir
Comme une voix mélodieuse
Qu'entrecoupe un tendre soupir.

[ ... ]

Oubliant le fleuve où t'entraîne
Ta course que rien ne suspend,
Je remonte, de veine en veine,
Jusqu'à la main qui te répand.

[ ... ]

Ainsi me revoit ton rivage,
Aujourd'hui différent d'hier :
Le cygne change de plumage,
La feuille tombe avec l'hiver.

Bientôt tu me verras peut-être,
Penchant sur toi mes cheveux blancs,
Cueillir un rameau de ton hêtre
Pour appuyer mes pas tremblants.

Assis sur un banc de ta mousse,
Sentant mes jours près de tarir,
Instruit par ta pente si douce,
Tes flots m'apprendront à mourir !

En les voyant fuir goutte à goutte
Et disparaître flot à flot,
« Voilà, me dirai-je, la route
Où mes jours les suivront bientôt. »

Combien m'en reste-t-il encore ?
Qu'importe ! je vais où tu cours ;
Le soir pour nous touche à l'aurore :
Coulez, ô flots, coulez toujours !

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2. La fenêtre de la maison paternelle [sung text not yet checked]

Autour du toit qui nous vit naître
Un pampre étalait ses rameaux;
Ses grains dorés, vers la fenêtre,
Attiraient les petits oiseaux.

Ma mère, étendant sa main blanche,
Rapprochait les grappes de miel,
Et les enfants suçaient la branche,
Qu'ils rendaient aux oiseaux du ciel.

L'oiseau n'est plus, la mère est morte;
Le vieux cep languit jaunissant,
L'herbe d'hiver croît sur la porte,
Et moi je pleure en y pensant.

C'est pourquoi la vigne enlacée
Aux mémoires de mon berceau,
Porte à mon âme une pensée,
Et doit ramper sur mon tombeau.

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Okno domu otcovského", Prague, first published 1877

Lekeu moves part of the last stanza to just before the second stanza, yielding:
Autour du toit qui nous vit naître, 
un pampre étalait ses rameaux.
Les grains dorés vers la fenêtre
attiraient les petits oiseaux.

C'est pourquoi la vigne, enlacée
aux mémoires de mon berceau
porte à mon âme une pensée.

Ma mère, étendant sa main blanche
rapprochait les grappes de miel
et ses enfants suçaient la branche
qu'ils rendaient aux oiseaux du ciel. 

L'oiseau n'est plus, la mère est morte, 
le vieux cep languit jaunissant, 
l'herbe d'hiver croît sur la porte.
Et moi je pleure en y pensant
et dois ramper sur mon tombeau.

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3. L'inspiration [sung text not yet checked]

L'inspiration que tu t'efforces de faire renaître en toi
 . . . . . . . . . .

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4. À une jeune fille [sung text not yet checked]

Que notre oeil tristement se pose,
Enfant, quand nous nous regardons !
Nous manque-t-il donc une chose,
Que du coeur nous nous demandons ?

Ah ! Je sais la pensée amère
Qui de tes regards monte aux miens :
Dans mes yeux tu cherches ta mère,
Je vois ma fille dans les tiens !

Du regard quels que soient les charmes,
Ne nous regardons plus ainsi : 
Hélas ! ce ne sont que des larmes
Que les yeux échangent ici.

Le sort t'a sevré de bonne heure,
Toi de ton lait, moi de mon miel.
Puis revoir ce que chacun pleure,
Pauvre enfant, regardons le ciel !

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5. Prière de l'indigent [sung text not yet checked]

Ô toi dont l'oreille s'incline 
Au nid du pauvre passereau, 
Au brin d'herbe de la colline 
Qui soupire après un peu d'eau ;

Providence qui les console, 
Toi qui sais de quelle humble main 
S'échappe la secrète obole 
Dont le pauvre achète son pain ;

Toi qui tiens dans ta main diverse 
L'abondance et la nudité, 
Afin que de leur doux commerce 
Naissent justice et charité ;

Charge-toi seule, ô Providence, 
De connaître nos bienfaiteurs, 
Et de puiser leur récompense 
Dans les trésors de tes faveurs !

Notre cœur, qui pour eux t'implore, 
À l'ignorance est condamné ; 
Car toujours leur main gauche ignore 
Ce que leur main droite a donné.

Mais que le bienfait qui se cache
Sous l’humble manteau de la foi
À leurs mains pieuses s’attache,
Et les trahisse devant toi !

Qu’un vœu qui dans leur cœur commence,
Que leurs soupirs les plus voilés,
Soient exaucés dans ta clémence
Avant de t’être révélés !

Que leurs mères, dans leur vieillesse,
Ne meurent qu’après des jours pleins !
Et que les fils de leur jeunesse
Ne restent jamais orphelins !

Mais que leur race se succède
Comme les chênes de Membré,
Dont le vieux tronc aux ans ne cède
Que quand le jeune a prospéré !

Ou comme ces eaux toujours pleines,
Dans les sources de Siloé,
Où nul flot ne sort des fontaines
Qu’après que d’autres ont coulé !

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6. La pervenche [sung text not yet checked]

Pâle fleur, timide pervenche,
Je sais la place où tu fleuris,
Le gazon où ton front se penche
Pour humecter tes yeux flétris !

C'est dans un sentier qui se cache
Sous ses deux bords de noisetiers,
Où pleut sur l'ombre qu'elle tache
La neige des fleurs d'églantiers.

L'ombre t'y voile, l'herbe égoutte
Les perles de nos nuits d'été,
Le rayon les boit goutte à goutte
Sur ton calice velouté.

Une source tout près palpite,
Où s'abreuve le merle noir;
Il y chante, et moi j'y médite
Souvent de l'aube jusqu'au soir.

O fleur, que tu dirais de choses
A mon amour, si tu retiens
Ce que je dis à lèvres closes
Quand tes yeux me peignent les siens!

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