Six poésies de Ch. Baudelaire

by Maurice Rollinat (1846 - 1903)

Word count: 930

1. Causerie [sung text not yet checked]

Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose !
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.

— Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme ;
Ce qu’elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme. —
Ne cherchez plus mon cœur ; [des monstres]1 l’ont mangé.

Mon cœur est un palais flétri par la cohue ;
On s’y soûle, on s’y tue, on s’y prend aux cheveux.
— Un parfum nage autour de votre gorge nue ! —

Ô Beauté, dur fléau des âmes ! tu le veux !
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu’ont épargnés les bêtes !

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 121-122. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 127-128. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 171. Punctuation follows 1857 edition. Note: this was number 51 in the first edition of Les Fleurs du mal but number 55 or 56 in subsequent editions.

1 1861 and 1868 editions: "les bêtes"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

2. Madrigal triste [sung text not yet checked]

I
Que m'importe que tu sois sage ?
Sois belle ! [et]1 sois triste ! Les pleurs
Ajoutent un charme au visage,
Comme le fleuve au paysage ;
L'orage rajeunit les fleurs.
 
Je t'aime surtout quand la joie
S'enfuit de ton front terrassé ;
Quand ton cœur dans l'horreur se noie ;
Quand sur ton présent se déploie
Le nuage affreux du passé.

Je t'aime quand ton grand œil verse
Une eau chaude comme le sang ;
Quand, malgré ma main qui te berce,
Ton angoisse, trop lourde, perce
Comme un râle d'agonisant.

J'aspire, volupté divine !
Hymne profond, délicieux !
Tous les sanglots de ta poitrine,
Et crois que ton cœur s'illumine
Des perles que versent tes yeux !

II
Je sais que ton cœur, qui regorge
De vieux amours déracinés,
Flamboie encor comme une forge,	
Et que tu couves sous ta gorge	
Un peu de l'orgueil des damnés ;
 
Mais tant, ma chère, que tes rêves	
N'auront pas reflété l'Enfer,	
Et qu'en un cauchemar sans trèves,	
Songeant de poisons et de glaives,	
Éprise de poudre et de fer,
 
N'ouvrant à chacun qu'avec crainte,	
Déchiffrant le malheur partout,	
Te convulsant quand l'heure tinte,	
Tu n'auras pas senti l'étreinte	
De l'irrésistible Dégoût,
 
Tu ne pourras, esclave reine	
Qui ne m'aimes qu'avec effroi,	
Dans l'horreur de la nuit malsaine	
Me dire, l'âme de cris pleine :	
" Je suis ton égale, ô mon Roi ! "

Authorship

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Confirmed with Le Parnasse contemporain : receuil de vers nouveaux, premier receuil, [Paris?]: Alphonse Lemerre, 1866, pages 67-69. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 220-221. Note: in this edition, in line 6-3, the word "trèves" is spelled "trêves" and has been corrected above.

First published by Alphonse Lemerre in Le Parnasse contemporain : receuil de vers nouveaux, premier receuil, 1866; also appears under Spleen et Idéal as number 90 in the 1868 edition of Les Fleurs du mal.

1 omitted by Piacentini

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

3. Chanson d'après‑midi [sung text not yet checked]

Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t'adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l'énigme et du secret.

[ ... ]

Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon cœur
Ton œil doux comme la lune.

Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude.

[ ... ]

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Haasz) , "Odpolední píseň", Prague, J. Otto, first published 1919
  • ENG English (Jonathan Harvey) , "Afternoon song", copyright ©

Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 134-136. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, pages 176-177. Punctuation follows 1861 edition.

First published in L'Artiste on October 15, 1860. Also appears as number 58 in 1861 edition of Les Fleurs du mal and number 59 in subsequent editions of Les Fleurs du mal.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

4. Idéal [sung text not yet checked]

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri,
A la très-belle, à la très-bonne, à la très-chère,
Dont le regard divin t'a soudain refleuri ?

- Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges :
Rien ne vaut la douceur de son autorité ;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son œil nous revêt d'un habit de clarté.

Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau.

Parfois il parle et dit : " Je suis belle, et j'ordonne
Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le Beau.
Je suis l'Ange gardien, la Muse et la Madone. "

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 87-88. Note: this was number 37 in the first edition of Les Fleurs du mal but number 42 or 43 in subsequent editions.

First published in La Revue de Paris, January 15, 1855.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

5. Le flambeau vivant [sung text not yet checked]

Ils marchent devant moi, ces yeux pleins de lumières,
Qu'un Ange très-savant a sans doute aimantés ;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
[Suspendant mon regard à]1 leurs feux diamantés.

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau ;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.

Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu'ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleil
Rougit, mais n'éteint pas leur flamme fantastique ;

Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil ;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont le soleil ne peut flétrir la flamme !

Authorship

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  • ENG English (Corinne Orde) , "The living torch", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Cyril Meir Scott) , "The Living Torch", appears in The Flowers of Evil, London, Elkin Mathews, first published 1909

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 89-90.

1 L. Vierne: "Secouant dans mes yeux"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Geoffrey Wieting , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

6. Tristesse de la lune [sung text not yet checked]

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse,
Avant de s'endormir, le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues [pâmoisons]1,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 172-173. Note: this was number 75 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 65 or 67 in subsequent editions.

1 misspelled in 1857 edition as "pamoisons"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]