Dix mélodies

Song Cycle by Marcel Noël (1857 - 1935)

Word count: 1189

1. Son âme [sung text not yet checked]

Tu crois peut-être que je t'aime,
Ô mon trésor!
Pour les cheveux, noir diadème,
Ou bien encore
Pour tes long cils, les lèvres roses,
Pour ton beau front;

Ne le crois pas,
Car ce sont choses qui passeront!
Ne le crois pas:
Ce serait croire que mon amour
Pourrait s'éteindre avec la gloire.
N'avoir qu'un jour!

Ne le crois pas:
Ce qu'en toi j'aime,
Sache le bien.
Le temps jaloux
Ni la mort même
N'y peuvent rien! Rien!

C'est quand sur toi
Le front se penche;
Pour te bien voir;
C'est ton âme,
Qu'on voit si blanche,
Dans ton oeil noir.

Authorship

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2. Les témoins de l'amour [sung text checked 1 time]

Quand ta lèvre, ô ma bien aimée,
Effleura mon front d'un baiser
Dont j'ai l'âme encore embaumée,
Qui nous a vus nous embrasser.

Il était nuit, mais la nuit même,
Ô cher amant, la nuit t'a vu ;
Quand mon baiser disait : Je t'aime !
Les étoiles l'ont entendu.

Puis en le touchant de sa flamme,
Une étoile l'a dit au flot,
Celui-ci l'a dit à la rame,
Qui l'a redit au matelot.

Puis à la porte de sa belle,
Sous les pampres un soir d'été,
En causant d'amour à sa belle,
Le matelot l'a raconté.

Authorship

Note: Marcel Noël's setting begins "Quand ta lèvre, ô ma bien aimée" but the original text begins "Quand tes lèvres, ô ma bien-aimée".


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3. Chut ! [sung text checked 1 time]

L'autre jour, j'étais à tes pieds,
Je levai sur toi mon visage
Et te vis scruter au passage
Mes yeux par les tiens épiés.
Par mes inquiétants silences
J'avais mis ton cœur en souci,
Mon calme te semblait transi,
L'amour n'a pas ces nonchalances !
Et ta trop facile bonté
Te donnant du regret peut-être,
Tu te penchas à la fenêtre
Pour cacher ton front attristé.

Et je te dis, infortunée,
Qui trouves le ciel trop serein,
Tu m'as vu turbulent, chagrin,
Mais tu ne t'étais pas donnée !
Quels vœux formerais-je aujourd'hui ?
J'ai cueilli ton cœur sur ta bouche
Comme un oiseau qu'on effarouche,
Le bonheur trop brusqué s'enfuit ...
Qu'il trouve chez nous un asile
Silencieux, tiède, embaumé !
Et qu'heureux d'y vivre enfermé,
Il attende qu'on l'en exile !

Authorship

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4. Per Angusta [sung text checked 1 time]

Sonde longtemps ton cœur avant que de partir,
Car, le chef fléchissant et l'échine voûtée,
Tu graviras pieds nus comme le grand martyr
La pente raboteuse et l'aride montée.
Sentant à chaque effort ton pas s'appesantir
Sous l'averse de feu par le ciel projetée,
Tu tourneras souvent, vers la plaine enchantée,
Un regard douloureux, chargé de repentir.
Monte et que l'aveuglant scintillement des pierres
Brûle tes yeux rougis à travers les paupières.
Que la ronce en ta chair retourne son couteau !
Et que ferai-je, au faîte ? Une épreuve suprême 
T'attend, tu périras sous un vil écriteau ...
Seule, une femme en pleurs murmurera : Je t'aime !
Ces deux mots suffisaient, nous y serions plus tôt !

Authorship

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5. Appel [sung text checked 1 time]

Toi qui vas sans apercevoir
Cette ombre exquise, prends-y garde,
Ne la heurte pas sans savoir,
C'est le bonheur qui te regarde.
Il est très fragile et frileux,
Il est sans problème et sans armes,
Ce pauvre bonheur que ton silence emplit de larmes
De son jeune rayonnement.
Il enchanterait des espaces,
Il brûle pour toi seulement,
Mais tu n'en sais rien et tu passes.

Authorship

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6. Souci d'amour [sung text checked 1 time]

Souci léger, souci d'amour,
Je veux vous endurer encore,
Je vous déteste et vous adore,
Vous cher et maudit en un jour.

Souci d'amour, souci léger,
J'attends votre piqûre molle
Qui me ravit et me désole,
Je me grise à votre danger.

Souci d'amour, léger souci,
Amer nectar, douce morsure.
Bien qui fait mal peur qui rassure ;
Je vous nie et vous cherche aussi.

Authorship

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7. Sérénade [sung text checked 1 time]

Sur nos jardins la neige tombe
Pure et froide, la neige en fleurs,
Cependant tu voudrais, colombe,
Qu'il chante encore ton rimeur.

Dans ta prison que tu parfumes
Il faut que mes tièdes chansons
Passent pour réchauffer tes plumes,
Que la neige emplit de frissons.

Aussi je t'obéis, méchante,
Quoique s'enroue un peu ma voix
Il neige, mais le rimeur chante,
Il chante en soufflant dans ses doigts

A celle qui s'est reposée
Au fond du gazon matinal.
Il faut des perles de rosée,
Il faut des gouttes de cristal,

A l'habitante de la mousse,
Princesse du palais du ciel ;
Il faudrait une chanson douce,
Pleine de roses et de miel.

Or je n'ai pas toutes ces choses
Pour relever ton front penchant,
Hélas ! je n'ai ni miel ni roses
A mettre dans mon pauvre chant !

J'ai cette richesse entassée
Au fond de mon être impuissant
Pour lisser ta plume froissée,
Il te faut mon art et mon sang !

Mais le trésor que tu désires,
Je n'ai pas souci de l'user,
Je l'égrène avec des sourires,
Me déchirant pour t'amuser.

Sur nos jardins la neige tombe,
La neige pure va fleurir,
Et de réchauffer sa colombe
Le rimeur se glace à mourir !

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

8. C'est le chien de Jean de Nivelle [sung text not yet checked]

C'est le chien de Jean de Nivelle
Qui mord sous l'œil même du guet
Le chat de la mère Michel ;
François-les-bas-bleus s'en égaie.

La Lune à l'écrivain public
Dispense sa lumière obscure
Où Médor avec Angélique
Verdissent sur le pauvre mur.

Et voici venir La Ramée
Sacrant en bon soldat du Roy.
Sous son habit blanc mal famé,
Son cœur ne se tient pas de joie,

Car la boulangère... -- Elle ? -- Oui dam !
Bernant Lustucru, son vieil homme,
A tantôt couronné sa flamme...
Enfants, Dominus vobiscum !

Place ! en sa longue robe bleue
Toute en satin qui fait frou-frou,
C'est une impure, palsembleu !
Dans sa chaise qu'il faut qu'on loue

Fût-on philosophe ou grigou,
Car tant d'or s'y relève en bosse
Que ce luxe insolent bafoue
Tout le papier de monsieur Loss !

Arrière ! robin crotté ! place,
Petit courtaud, petit abbé,
Petit poète jamais las
De la rime non attrapée !

Voici que la nuit vraie arrive...
Cependant jamais fatigué
D'être inattentif et naïf
François-les-bas-bleus s'en égaie.

Authorship

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

9. En sourdine [sung text not yet checked]

Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.

[Fondons]1 nos âmes, nos cœurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.

Ferme tes yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton cœur endormi
Chasse à jamais tout dessein.

Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux
Qui vient, à tes pieds, rider
Les ondes des gazons roux.

Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • CAT Catalan (Català) (Anna Brull Piñol) , "Calms, dins el capvespre", copyright © 2010, (re)printed on this website with kind permission
  • CAT Catalan (Català) [singable] (Núria Colomer) , copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Emily Ezust) , "Muted", copyright ©
  • ENG English (Laura Claycomb) (Peter Grunberg) , "Muted", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Elaine Marie Ortiz-Arandes) (Julie Nezami-Tavi) , copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Gedämpften Tons", copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission
  • GRE Greek (Ελληνικά) [singable] (Christakis Poumbouris) , "Απαλή αγάπη", copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission
  • SPA Spanish (Español) (Pablo Sabat) , copyright © 2018, (re)printed on this website with kind permission
  • SPA Spanish (Español) (Elisa Rapado) , "En voz baja", copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission

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1 Fauré: "Mêlons"

Researcher for this text: Didier Pelat

10. Cauchemar [sung text not yet checked]

J'ai vu passer dans mon rêve
-- Tel l'ouragan sur la grève, --
D'une main tenant un glaive
Et de l'autre un sablier,
     Ce cavalier

Des ballades d'Allemagne
Qu'à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
     Un étalon

Rouge-flamme et noir d'ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop ! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
     Toujours ! toujours !

Un grand feutre à longue plume
Ombrait son oeil qui s'allume
Et s'éteint. Tel, dans la brume,
Éclate et meurt l'éclair bleu
     D'une arme à feu.

Comme l'aile d'une orfraie
Qu'un subit orage effraie,
Par l'air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
     Claquait au vent,

Et montrait d'un air de gloire
Un torse d'ombre et d'ivoire,
Tandis que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
     Trente-deux dents.

Authorship

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]