Musiques sur l'eau

Song Cycle by (François-Clément) Théodore Dubois (1837 - 1924)

Word count: 827

1. Écoute la Symphonie [sung text not yet checked]

Oh ! Écoute la symphonie ; 
Rien n'est doux comme une agonie 
Dans la musique indéfinie 
Qu'exhale un lointain vaporeux ;

D'une langueur la nuit s'enivre, 
Et notre coeur qu'elle délivre 
Du monotone effort de vivre 
Se meurt d'un trépas langoureux.

Glissons entre le ciel et l'onde,
Glissons sous la lune profonde ;
Toute mon âme, loin du monde,
S'est réfugiée en tes yeux,

Et je regarde tes prunelles
Se pâmer sous les chanterelles,
Comme deux fleurs surnaturelles 
Sous un rayon mélodieux.

Oh ! écoute la symphonie ;
Rien n'est doux comme l'agonie
De la lèvre à la lèvre unie
Dans la musique indéfinie...

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2. La lune s'effeuille sur l'eau [sung text not yet checked]

  Tremble argenté, tilleul, bouleau...
  La lune s'effeuille sur l'eau...

Comme de longs cheveux peignés au vent du soir,
L'odeur des nuits d'été parfume le lac noir ;
Le grand lac parfumé brille comme un miroir.

[La]1 rame tombe et se relève,
Ma barque glisse dans le rêve.
Ma barque glisse dans le ciel,
Sur le lac immatériel...

En cadence les yeux fermés,
Rame, ô mon cœur, ton indolence
A larges coups lents et pâmés.

Là-bas la lune écoute, accoudée au côteau,
Le silence qu'exhale en glissant le bateau...
Trois grands lys frais coupés meurent sur mon manteau.
Vers tes lèvres, ô Nuit voluptueuse et pâle,
Est-ce leur âme, est-ce mon âme qui s'exhale ?

Cheveux des nuits d'argent peignés aux longs roseaux.
Comme la lune sur les eaux,
Comme la rame sur les flots,
Mon âme s'effeuille en sanglots !

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  • ENG English (Laura Prichard) , copyright © 2016, (re)printed on this website with kind permission

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1 Fauré: "Ma"

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3. Sous la profondeur des feuilles [sung text not yet checked]

Le soleil brûlant
Les fleurs qu'en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.

Cherchons les sentiers
A demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.

Des halliers touffus
Un soupir confus
S'éléve
Si doux qu'on dirait
Que c'est la forêt
Qui rêve...

Chante doucement ;
Dans mon coeur d'amant
J'adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.

L'oiseau, d'un élan,
Courbe, en s'envolant,
La branche
Sous l'ombrage obscur
La source au flot pur
S'épanche.

Viens t'asseoir au bord
Où les boutons d'or
Foisonnent...
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.

Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L'eau claire.

Authorship

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4. Promenade à l'étang [sung text not yet checked]

Le calme des jardins profonds s’idéalise. 
L’âme du soir s’annonce à la tour de l’église ; 
Écoute, l’heure est bleue et le ciel s’angélise. 

À voir ce lac mystique où l’azur s’est fondu, 
Dirait-on pas, ma sœur, qu’un grand cœur éperdu 
En longs ruisseaux d’amour, là-haut, s’est répandu? 

L’ombre lente a noyé la vallée indistincte. 
La cloche, au loin, note par note, s’est éteinte, 
Emportant comme l’âme frêle d’une sainte.

L’heure est à nous ; voici que, d’instant en instant, 
Sur les bois violets au mystère invitant 
Le grand manteau de la Solitude s’étend. 

L’étang moiré d’argent, sous la ramure brune, 
Comme un cœur affligé que le jour importune, 
Rêve à l’ascension suave de la lune... 

Je veux, enveloppé de tes yeux caressants, 
Je veux cueillir, parmi les roseaux frémissants, 
La grise fleur des crépuscules pâlissants. 

Je veux au bord de l’eau pensive, ô bien-aimée, 
A ta lèvre d’amour et d’ombre parfumée 
Boire un peu de ton âme, à tout soleil fermée. 

Les ténèbres sont comme un lourd tapis soyeux, 
Et nos deux cœurs, l’un près de l’autre, parlent mieux 
Dans un enchantement d’amour silencieux.

Comme pour saluer les étoiles premières, 
Nos voix de confidence, au calme des clairières, 
Montent, pures dans l’ombre, ainsi que des prières.
 
Et je baise ta chair angélique aux paupières.

Authorship

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5. Soir de silence [sung text not yet checked]

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m'en suis allé. - J'ai dénoué l'amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l'eau,
Sans savoir où, très lentement. - O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l'on s'égare !...
Par instants, j'arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d'indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence...
Car j'ai l'amour subtil du crépuscule fin ;

L'eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

Authorship

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6. Blancheurs d'ailes [sung text not yet checked]

L'angélique échanson [des couchants violets]1
Penchant l'urne du rêve emplit l'or vieux des coupes.
Des blancheurs d'ailes vers le ciel volent par troupes
Le noir des jardins s'ouvre aux mystères seulets.

La nuit vient. Des pêcheurs chargés de lourds filets
Passent ; de jeunes voix vont s'éloignant, en groupes,
Et l'étang de saphyr, où dorment les chaloupes,
Met son manteau de lune et sort ses feux follets.

Tout le firmament brille à travers les ramures.
Des pétales mourants tombent des roses mûres :
La fleur triste des soirs divins vient de s'ouvrir...

Mon âme est un velours douloureux que tout froisse,
Et je sens en mon cœur lourd d'ineffable angoisse
[Je ne sais quoi]2 de doux, qui voudrait bien mourir...

Authorship

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1 Sulzberger: "du couchant violet"
2 Sulzberger: "Quelque chose"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Malcolm Wren [Guest Editor]