Translation © by Bertram Kottmann

Le lac
Language: French (Français) 
Available translation(s): GER
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, 
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

L. Niedermeyer sets stanzas 1-4, 13, 16
C. Saint-Saëns sets stanzas 1-4, 13, 16

See also Comme l'ombre sur le chemin by F. Aubin


Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Jezero", Prague, first published 1893
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Der See", copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

This text was added to the website between May 1995 and September 2003.
Line count: 64
Word count: 493

Der See
Language: German (Deutsch)  after the French (Français) 
Demnach, zu neuen Ufern stets getrieben,
ohn’ Wiederkehr gespült in in ew’ge Nacht,
vermögen wir im Ozean der Zeiten
niemals zu ankern einen einz’gen Tag?

O See! Das Jahr hat kaum den Lauf beendet;
doch zum geliebten See, den sie sollt’ wieder sehn, 
komm’ ich allein und lass’  mich nieder 
auf diesem Stein, auf dem du sie erblickt.

Du tostest derart unter diesen jähen Klippen,
und brachst an ihren schroffen Flanken dich,
der Wind wehte die Gischten deiner Wellen
auf ihre Füße, die ich so verehrt’.

Weißt du den Abend noch? Stillschweigend fuhren wir hinaus;
man hörte auf dem Wasser, unterm Himmel, weit und breit
nur das Geräusch der Ruder, die im Takt
zum Wohlklang deiner Wellen schlugen. 









































O See! Stilles Gefels, o Höhlen, dunkle Wälder!
Ihr, die die Zeit verschont oder verjüngt
Bewahrt mir diese Nacht, schöne Natur, bewahr’
zumindest mir noch die Erinnerung.











Auf dass der Wind, der heult, das Schilf, das seufzt,
dass deine feinen dufterfüllten Lüfte,
dass alles, was man hört, sieht oder riecht,
dass alles sagt: „Sie haben sich geliebt.“

Authorship

  • Translation from French (Français) to German (Deutsch) copyright © 2015 by Bertram Kottmann, (re)printed on this website with kind permission. To reprint and distribute this author's work for concert programs, CD booklets, etc., you must ask the copyright-holder(s) directly for permission. If you receive no response, you must consider it a refusal.

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This text was added to the website: 2015-09-29
Line count: 24
Word count: 175