by Victor Marie Hugo (1802 - 1885)

Sara la baigneuse
Language: French (Français) 
Available translation(s): ENG
Sara, belle d'indolence,
Se balance, 
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine 
D'eau puisée à l'Ilyssus. 

Et la frêle escarpolette
Se reflète 
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche, 
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle
Qui chancelle, 
Passe à fleur d'eau dans son vol,
On voit sur l'eau qui s'agite
Sortir vite 
Son beau pied er son beau col.

Elle bat d'un pied timide
L'onde humide 
Qui ride son clair tableau; 
Du beau pied rougit l'albâtre; 
La folâtre 
Rit de la fraîcheur de l'eau.

Reste ici caché: demeure!
Dans une heure, 
D'un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l'ingénue
Toute nue, 
Croisant ses mains sur ses bras!

Car c'est un astre qui brille,
Qu'une fille 
Qui sort du bain au flot clair,
Cherche s'il ne vient personne,
Et frissonne, 
Toute mouillée au grand air!

Elle est là, sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe;
Dans ses yeux d'azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Est l'étoile
Qui brille au fond d'un ciel bleu.

L'eau sur son corps qu'elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier;
Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente 
A finir ses doux ébats; 
Toujours elle se balance
En silence, 
Et va murmurant tout bas:

"Oh! si j'étais capitane
Ou sultane, 
Je prendrais des bains ambrés
Dans un bain de marbre jaune,
Près d'un trône, 
Entre deux griffons dorés!

"J'aurais le hamac de soie
Qui se ploie 
Sous le corps prét à se pâmer;
J'aurais la molle ottomane
Dont émane 
Un parfum qui fait aimer. 

"Je pourrais folâtrer nue,
Sous la nue. 
Dans le ruisseau du jardin, 
Sans craindre de voir dans l'ombre
Du bois sombre 
Deux yeux s'allumer soudain. 

"Il faudrait risquer sa tète
Inquiète,
Et tout braver pour me voir,
Le sabre nu de l'heiduque,
Et l'eunuque
Aux dents blanches, au front noir!

"Puis, je pourrais sans qu'on presse
Ma paresse, 
Laisser avec mes habits 
Traîner sur les larges dalles
Mes sandales 
De drap brodé de rubis."

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse 
Se balance avec amour
La jeune fille rieuse,
Oublieuse 
Des promptes ailes du jour.

L'eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d'un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes 
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole 
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe et mêle 
Ce reproche a sa chanson:
-- Oh! la paresseuse fille
Qui s'habille 
Si tard un jour de moisson!

H. Berlioz sets stanzas 1-6, 10-13, 15, 16, 18, 19
F. Pedrell sets stanzas 1-4, 10-11, 16-19

Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Garrett Medlock) , "Sara the bather", copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission


Researcher for this text: John Versmoren

This text was added to the website between May 1995 and September 2003.
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