12 Orientales

by Felipe Pedrell (1841 - 1922)

Word count: 3780

1. Extase [sung text not yet checked]

J'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles.
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles.
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde, le monde réel.
Et les bois, et les monts, et toute la nature,
Semblaient interroger dans un confus murmure
    Les flots des mers, les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d'or, légions infinies,
À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies,
Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu;
Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n'arrête,
Disaient en recourbant l'écume de leur crête:
    -- C'est le Seigneur, le seigneur Dieu!

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  • ENG English (Barbara Miller) , "Ecstasy", copyright © 2005, (re)printed on this website with kind permission

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2. Sara la baigneuse [sung text not yet checked]

Sara, belle d'indolence,
Se balance, 
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine 
D'eau puisée à l'Ilyssus. 

Et la frêle escarpolette
Se reflète 
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche, 
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle
Qui chancelle, 
Passe à fleur d'eau dans son vol,
On voit sur l'eau qui s'agite
Sortir vite 
Son beau pied er son beau col.

Elle bat d'un pied timide
L'onde humide 
Qui ride son clair tableau; 
Du beau pied rougit l'albâtre; 
La folâtre 
Rit de la fraîcheur de l'eau.

[ ... ]

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente 
A finir ses doux ébats; 
Toujours elle se balance
En silence, 
Et va murmurant tout bas:

"Oh! si j'étais capitane
Ou sultane, 
Je prendrais des bains ambrés
Dans un bain de marbre jaune,
Près d'un trône, 
Entre deux griffons dorés!

[ ... ]

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse 
Se balance avec amour
La jeune fille rieuse,
Oublieuse 
Des promptes ailes du jour.

L'eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d'un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes 
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole 
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe et mêle 
Ce reproche a sa chanson:
-- Oh! la paresseuse fille
Qui s'habille 
Si tard un jour de moisson!

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  • ENG English (Garrett Medlock) , "Sara the bather", copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: John Versmoren

3. Vœu [sung text not yet checked]

Si j'étais la feuille que roule
L'aile tournoyante du vent,
Qui flotte sur l'eau qui s'écoule,
Et qu'on suit de l'œil en rêvant ;

Je me livrerais, fraîche encore,
De la branche me détachant,
Au zéphir qui souffle à l'aurore,
Au ruisseau qui vient du couchant.

Plus loin que le fleuve, qui gronde,
Plus loin que les vastes forêts,
Plus loin que la gorge profonde,
[Je fuirais, je courrais, j'irais]1 !

[ ... ]

Par delà ces rocs qui répandent
L'orage en torrent dans les blés ;
Par delà ce lac morne où pendent
Tant de buissons échevelés ;

[ ... ]

J'irais chez la fille du prêtre,
Chez la blanche fille à l'œil noir,
Qui le jour chante à sa fenêtre,
Et joue à sa porte le soir.

Enfin, pauvre feuille envolée,
Je viendrais, au gré de mes vœux,
Me poser sur son front, mêlée
Aux boucles de ses blonds cheveux ;

[ ... ]

Et là, sur sa tête qui penche,
Je serais, fût-ce peu d'instants,
Plus fière que l'aigrette blanche
Au front étoilé des sultans.

Authorship

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Confirmed with Oeuvres completes de Victor Hugo, Tome deuxième (Volume 2), Paris, 1843, page 580.

Note: in Bizet and Reber, "zéphir" is spelled "zéphyr" and "Corynthe" is spelled "Corinthe".

1 Reber: "J'irais, je fuirais, je courrais"

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4. Grenade [sung text not yet checked]

     Quien no ha visto a Sevilla,
     No ha visto a maravilla.

Soit lointaine, soit voisine,
Espagnole ou sarrasine,
Il n’est pas une cité
Qui dispute sans folie
À Grenade la jolie
La pomme de la beauté,
Et qui, gracieuse, étale
Plus de pompe orientale
Sous un ciel plus enchanté.

[ ... ]

Le poisson qui rouvrit l’œil mort du vieux Tobie
Se joue au fond du golfe où dort Fontarabie ;
Alicante aux clochers mêle les minarets ;
Compostelle a son saint ; Cordoue aux maisons vieilles
A sa mosquée où l’œil se perd dans les merveilles ;
Madrid a le Manzanarès.

Bilbao, des flots couverte,
Jette une pelouse verte
Sur ses murs noirs et caducs ;
Medina la chevalière,
Cachant sa pauvreté fière
Sous le manteau de ses ducs,
N’a rien que ses sycomores,
Car ses beaux ponts sont aux maures,
Aux romains ses aqueducs.

[ ... ]

L’Alhambra ! l’Alhambra ! palais que les Génies
Ont doré comme un rêve et rempli d’harmonies,
Forteresse aux créneaux festonnés et croulants,
Où l’on entend la nuit de magiques syllabes,
Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,
Sème les murs de trèfles blancs !

[ ... ]

Les clairons des Tours-Vermeilles
Sonnent comme des abeilles
Dont le vent chasse l’essaim ;
Alcacava pour les fêtes
A des cloches toujours prêtes
À bourdonner dans son sein,
Qui dans leurs tours africaines
Vont éveiller les dulcaynes
Du sonore Albaycin.

[ ... ]

Authorship

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

5. Chanson de pirates [sung text not yet checked]

Nous emmenions en esclavage
Cent chrétiens, pêcheurs de corail ;
Nous recrutions pour le sérail
Dans tous les moûtiers du rivage.
En mer, les hardis écumeurs !
Nous allions de Fez à Catane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs. 1

On signale un couvent à terre.
Nous jetons l'ancre près du bord.
A nos yeux s'offre tout d'abord
[Une fille du monastère.
Prés des flots, sourde à leurs rumeurs,
Elle dormait sous un platane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.]2

- La belle fille, il faut vous taire,
Il faut nous suivre. Il fait bon vent.
Ce n'est que changer de couvent.
Le harem vaut le monastère.
Sa hautesse aime les primeurs,
Nous vous ferons mahométane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

Elle veut fuir vers sa chapelle.
- Osez-vous bien, fils de Satan ?
- Nous osons, dit le capitan.
Elle pleure, supplie, appelle.
[Malgré sa plainte et ses clameurs,
On l'emporta dans la tartane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.]2

Plus belle encor dans sa tristesse,
Ses yeux étaient deux talismans.
Elle valait mille tomans ;
On la vendit à sa hautesse.
Elle eut beau dire : Je me meurs !
De nonne elle devint sultane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

Authorship

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1 Oscar I adds, "Allah!"
2 omitted by Paul Puget.

Researcher for this text: Andrew Schneider [Guest Editor]

6. La captive [sung text not yet checked]

Si je n'étais captive,
J'aimerais ce pays,
Et cette mer plaintive,
Et ces champs de maïs,
Et ces astres sans nombre,
Si le long du mur sombre
N'étincelait dans l'ombre
Le sabre des spahis.

[ ... ]

J'aime en un lit de mousses
Dire un air espagnol,
Quand mes compagnes douces,
Du pied rasant le sol,
Légion vagabonde
Où le sourire abonde,
Font tournoyer leur ronde
Sous un rond parasol.

Mais surtout, quand la brise
Me touche en voltigeant,
La nuit, j'aime être assise,
Être assise en songeant,
L'œil sur la mer profonde,
Tandis que, pâle et blonde,
La lune ouvre dans l'onde
Son éventail d'argent.

Authorship

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  • ENG English (Korin Kormick) , "The captive", copyright © 2003, (re)printed on this website with kind permission
  • SPA Spanish (Español) (Pablo Sabat) , copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

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1 Monpou: "J'aimerais cette"

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7. Adieux de l'hôtesse arabe [sung text not yet checked]

Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,
Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,
    Ni le repos, ni l'abondance,
Ni de voir à ta voix battre le jeune sein
De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
    Couronne un coteau de sa danse,

Adieu, voyageur blanc ! J'ai sellé de ma main,
De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,
    Ton cheval à l'œil intrépide ;
Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à voir,
Ferme, ronde et luisante ainsi qu'un rocher noir
    Que polit une onde rapide.

[Tu marches donc sans cesse !]1 Oh ! que n'es-tu de ceux
Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux
    Leur toit de branches ou de toiles !
Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits,
Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis,
    De s'en aller dans les étoiles !

Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous,
O jeune homme, eût aimé te servir à genoux
    Dans nos huttes toujours ouvertes ;
Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants,
Pour chasser de ton front les moucherons méchants,
    Un éventail de feuilles vertes.

Mais tu pars ! -- Nuit et jour, tu vas seul et jaloux.
Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
    Une poussière d'étincelles ;
A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit,
Les aveugles démons qui volent dans la nuit
    Souvent ont déchiré leurs ailes.

[ ... ]

Adieu donc ! -- Va tout droit. Garde-toi du soleil
Qui dore nos fronts bruns, mais brûle un teint vermeil ;
    De l'Arabie infranchissable ;
De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant ;
Et de ceux qui le soir, avec un bâton blanc,
    Tracent des cercles sur le sable !

Authorship

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  • ENG English (Faith J. Cormier) , "Adieux of the Arab Hostess", copyright © 2002, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Enrico Magnani) , "Addio dell'hostess araba", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission

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1 Bizet: "Adieu, beau voyageur, hélas,"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

8. Attente [sung text not yet checked]

Monte, écureuil, monte au grand chêne,
Sur la branche des cieux prochaine,
Qui plie et tremble comme un jonc.
Cigogne, aux vieilles tours fidèle,
Oh! vole! et monte à tire-d'aile
De l'église à la citadelle,
Du haut clocher au grand donjon.

Vieux aigle, monte de ton aire
A la montagne centenaire
Que blanchit l'hiver éternel;
Et toi qu'en ta couche inquiète
Jamais l'aube ne vit muette,
Monte, monte, vive alouette,
Vive alouette, monte au ciel!

Et maintenant, du haut de l'arbre,
Des flèches de la tour de marbre,
Du grand mont, du ciel enflammé,
A l'horizon, parmi la brume,
Voyez-vous flotter une plume,
Et courir un cheval qui fume,
Et revenir ma bien-aimée?

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  • ENG English [singable] (Peter Low) , "Waiting", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Ted Perry

9. La sultane favorite [sung text not yet checked]

N'ai-je pas pour toi, belle juive,
Assez dépeuplé mon sérail ?
Souffre qu'enfin le reste vive.
Faut-il qu'un coup de hache suive
Chaque coup de ton éventail ?

Repose-toi, jeune maîtresse.
Fais grâce au troupeau qui me suit.
Je te fais sultane et princesse :
Laisse en paix tes compagnes, cesse
D'implorer leur mort chaque nuit.

Quand à ce penser tu t'arrêtes,
Tu viens plus tendre à mes genoux ;
Toujours je comprends dans les fêtes
Que tu vas demander des têtes
Quand ton regard devient plus doux.

Ah ! jalouse entre les jalouses !
Si belle avec ce coeur d'acier !
Pardonne à mes autres épouses.
Voit-on que les fleurs des pelouses
Meurent à l'ombre du rosier ?

Ne suis-je pas à toi ? Qu'importe,
Quand sur toi mes bras sont fermés,
Que cent femmes qu'un feu transporte
Consument en vain à ma porte
Leur souffle en soupirs enflammés ?

Dans leur solitude profonde,
Laisse-les t'envier toujours ;
Vois-les passer comme fuit l'onde ;
Laisse-les vivre : à toi le monde !
A toi mon trône, à toi mes jours !

[ ... ]

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

10. Les bluets [sung text not yet checked]

[ ... ]

La perle de l'Andalousie,
Alice, était de Peñafiel,
Alice qu'en faisant son miel
Pour fleur une abeille eût choisie.
Ces jours, hélas! sont envolés!
On la citait dans les familles...
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés!

Un étranger vint dans la ville,
Jeune, et parlant avec dédain.
Etait-ce un maure grenadin ?
Un de Murcie ou de Séville ?
Venait-il des bords désolés
Où Tunis a ses escadrilles ?...
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés!

[ ... ]

L'oiseau dort dans le lit de mousse
Que déjà menace l'autour ;
Ainsi dormait dans son amour
Alice confiante et douce.
Le jeune homme aux cheveux bouclés,
C'était don Juan, roi des Castilles...
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés!

Or c'est péril qu'aimer un prince.
Un jour, sur un noir palefroi
On la jeta de par le roi ;
On l'arracha de la province ;
Un cloître sur ses jours troublés
De par le roi ferma ses grilles...
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés!

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Researcher for this text: Johann Gaitzsch

11. Clair de lune [sung text not yet checked]

La lune était sereine et jouait sur les flots. --
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.

De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare.
Elle écoute... Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'un voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? --
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine... --
La lune était sereine et jouait sur les flots.

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  • ENG English (Garrett Medlock) , "Moonlight", copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission

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12. Pantoum [sung text not yet checked]

Les papillons jouent à l'entour sur leurs ailes ;
Ils volent vers la mer, près de la chaîne des rochers.
Mon cœur s'est senti malade dans ma poitrine,
Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente.
 
Ils volent vers la mer, près de la chaîne de rochers...
Le vautour dirige son essor vers Bandam.
Depuis mes premiers jours jusqu'à l'heure présente,
J'ai admiré bien des jeunes gens ;

Le vautour dirige son essor vers Bandam,...
Et laisse tomber de ses plumes à Patani.
J'ai admiré bien des jeunes gens ;
Mais nul n'est à comparer à l'objet de mon choix.

Il laisse tomber de ses plumes à Patani…
Voici deux jeunes pigeons !
Aucun jeune homme ne peut se comparer à celui de mon choix,
Habile comme il l'est à toucher le cœur.

Authorship

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]