Cinq mélodies, poèmes d'Albert Samain

by Jane Fonssagrives

Word count: 686

1. Chanson d'été [sung text not yet checked]

Le soleil brûlant
Les fleurs qu'en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.

Cherchons les sentiers
A demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.

Des halliers touffus
Un soupir confus
S'éléve
Si doux qu'on dirait
Que c'est la forêt
Qui rêve...

Chante doucement ;
Dans mon coeur d'amant
J'adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.

L'oiseau, d'un élan,
Courbe, en s'envolant,
La branche
Sous l'ombrage obscur
La source au flot pur
S'épanche.

Viens t'asseoir au bord
Où les boutons d'or
Foisonnent...
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.

Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L'eau claire.

Authorship

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2. Lac immatériel [sung text not yet checked]

  Tremble argenté, tilleul, bouleau...
  La lune s'effeuille sur l'eau...

Comme de longs cheveux peignés au vent du soir,
L'odeur des nuits d'été parfume le lac noir ;
Le grand lac parfumé brille comme un miroir.

[La]1 rame tombe et se relève,
Ma barque glisse dans le rêve.
Ma barque glisse dans le ciel,
Sur le lac immatériel...

En cadence les yeux fermés,
Rame, ô mon cœur, ton indolence
A larges coups lents et pâmés.

Là-bas la lune écoute, accoudée au côteau,
Le silence qu'exhale en glissant le bateau...
Trois grands lys frais coupés meurent sur mon manteau.
Vers tes lèvres, ô Nuit voluptueuse et pâle,
Est-ce leur âme, est-ce mon âme qui s'exhale ?

Cheveux des nuits d'argent peignés aux longs roseaux.
Comme la lune sur les eaux,
Comme la rame sur les flots,
Mon âme s'effeuille en sanglots !

Authorship

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  • ENG English (Laura Prichard) , copyright © 2016, (re)printed on this website with kind permission

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1 Fauré: "Ma"

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3. Larmes [sung text not yet checked]

Larmes aux fleurs suspendues,
Larmes de sources perdues
Aux mousses des rochers creux ;

Larmes d'automne épandues,
Larmes de [cors]1 entendues
Dans les grands bois douloureux ;

Larmes des cloches latines,
Carmélites, Feuillantines...
Voix des beffrois en ferveur ;

Larmes, chansons argentines 
Dans les vasques florentines 
Au fond du jardin rêveur ;

Larmes des nuits étoilées, 
Larmes [de]2 flûtes voilées 
Au bleu du parc endormi ;

Larmes aux [longs]3 cils perlées,
Larmes d'amante coulées 
Jusqu'a l'âme de l'ami ;

[Gouttes]4 d'extase, éplorement délicieux,
Tombez des nuits ! Tombez des fleurs ! Tombez [des]5 yeux !

Et toi, mon cœur, sois le doux fleuve harmonieux, 
Qui, riche du trésor tari des urnes vides, 
Roule un grand rêve triste aux mers des soirs languides.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David K. Smythe) , "Tears of gold", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Elaine Marie Ortiz-Arandes) , "Tränen aus Gold", copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission

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1 Fauré: "cor"
2 Fauré: "des"
3 Fauré: "grands"
4 Fauré, Gassot: "Larmes"
5 Tournemire: "les"

Researcher for this text: David K. Smythe

4. La maison du matin [sung text not yet checked]

La maison du matin rit au bord de la mer,
La maison blanche, au toit de tuiles rose clair
Derrière un pâle écran de frêle mousseline,
Le soleil nuit, voilé comme une perle fine,
Et du haut des rochers redoutés du marin,
Tout l'espace frissonne au vent frais du matin...

Lyda, debout au seuil que la vigne décore,
Un enfant sur les bras, sourit, grave, à l'aurore,
Et laisse, regardant au large, le vent fou
Dénouer ses cheveux mal fixés sur son cou
Par l'escalier du ciel l'enfantine journée
Descend, légère et blanche, et de fleurs couronnée;

Et, pour mieux l'accueillir, la mer au sein changeant
Scintille à l'horizon, toute blanche d'argent
Mais déjà les enfants s'échappent; vers la plage
Ils courent demi nus chercher le coquillage;
En vain Lyda les gronde, enivrés du ciel clair
Leur rire de cristal s'éparpille dans l'air.
La maison du matin rit au bord de la mer.

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First published in La Revue des Deux Mondes, December 1, 1897; then published in 1898 in Aux flancs du Vase


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5. Ton Souvenir  [sung text not yet checked]

Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu'on lit sans cesse, et qui jamais n'est refermé,
Un livre où l'on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D'un rêve nostalgique, où l'âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l'impossible en mes voeux,
Enfermer dans un vers l'odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l'art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d'émoi
Qu'en tombant de ton âme, un mot propage en moi ;
Dire quelle mer chante en vagues d'élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie ;
Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d'automne dans les bois ;
De l'heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l'écho presque religieux
D'un ancien baiser attardé sur tes yeux.

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