Six Fables de Jean de la Fontaine

[incomplete]

Song Cycle by (Alexandre) Charles Lecocq (1832 - 1918)

Word count: 1119

1. La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf [sung text not yet checked]

Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille,
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant: "Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez? dites-moi ; n'y suis-je point encore ?
- Nenni. - M'y voici donc? - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point." La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

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2. Le loup et l'agneau [sung text not yet checked]

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
        Nous l'allons montrer tout à l'heure.

        Un agneau se désaltérait
        Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure,
    Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
        Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
        Ne se mette pas en colère ;
        Mais plutôt qu'elle considère
        Que je me vas désaltérant
                Dans le courant,
        Plus de vingt pas au-dessous d'elle ;
Et que, par conséquent, en aucune façon
        Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né ?
    Reprit l'agneau : je tette encore ma mère. --
        Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. --
    Je n'en ai point. -- C'est donc quelqu'un des tiens ;
        Car vous ne m'épargnez guère,
        Vous, vos bergers et vos chiens.
    On me l'a dit : il faut que je me venge.
        Là-dessus, au fond des forêts
        Le loup l'emporte, et puis le mange,
        Sans autre forme de procès.

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  • ENG English (David Jonathan Justman) , "The wolf and the lamb", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

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3. Le corbeau et le renard [sung text not yet checked]

Maître Corbeau, sur un arbre perché, 
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché, 
Lui tint à peu près ce langage:
Hé!  Bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et, pour montrer sa belle voix, 
Il ouvre un large bec, laisse tombe sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

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  • ENG English (David Jonathan Justman) , "The Raven and the Fox", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

See also Le renard et le corbeau.


Researcher for this text: Geoffrey Wieting

4. La cigale et la fourmi [sung text not yet checked]

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.»
La Fourmi n'est pas prêteuse;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
-- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
-- Vous chantiez? j'en suis fort aise.
Et bien! dansez maintenant.»

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  • ENG English (Emily Ezust) , "The grasshopper and the ant", copyright © 2016

See also La cigale vengée.


Researcher for this text: Ted Perry

5. Le savetier et le financier [sung text not yet checked]

Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir: 
C'était merveilles de le voir, 
Merveilles de l'ouïr; il faisait des passages, 
Plus content qu'aucun des sept sages. 
Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or, 
Chantait peu, dormait moins encor. 
C'était un homme de finance. 
Si sur le point du jour parfois il sommeillait, 
Le Savetier alors en chantant l'éveillait, 
Et le Financier se plaignait, 
Que les soins de la Providence 
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir, 
Comme le manger et le boire. 
En son hôtel il fait venir 
Le chanteur, et lui dit: Or çà, sire Grégoire, 
Que gagnez-vous par an? - Par an? Ma foi, Monsieur, 
Dit avec un ton de rieur, 
Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière 
De compter de la sorte; et je n'entasse guère 
Un jour sur l'autre: il suffit qu'à la fin 
J'attrape le bout de l'année: 
Chaque jour amène son pain. 
- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée? 
- Tantôt plus, tantôt moins: le mal est que toujours; 
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,) 
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours 
Qu'il faut chommer; on nous ruine en Fêtes. 
L'une fait tort à l'autre; et Monsieur le Curé 
De quelque nouveau Saint charge toujours son prône. 
Le Financier riant de sa naïveté 
Lui dit: Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. 
Prenez ces cent écus: gardez-les avec soin, 
Pour vous en servir au besoin. 
Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre 
Avait depuis plus de cent ans 
Produit pour l'usage des gens. 
Il retourne chez lui: dans sa cave il enserre 
L'argent et sa joie à la fois. 
Plus de chant; il perdit la voix 
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines. 
Le sommeil quitta son logis, 
Il eut pour hôtes les soucis, 
Les soupçons, les alarmes vaines. 
Tout le jour il avait l'oeil au guet; Et la nuit, 
Si quelque chat faisait du bruit, 
Le chat prenait l'argent: A la fin le pauvre homme 
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus ! 
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme, 
Et reprenez vos cent écus.

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6. La Chauve-souris et les deux Belettes [sung text not yet checked]

Une Chauve-Souris donna tête baissée
Dans un nid de Belette; et sitôt qu'elle y fut,
L'autre, envers les souris de longtemps courroucée,
Pour la dévorer accourut.
"Quoi? vous osez, dit-elle, à mes yeux vous produire,
Après que votre race a tâché de me nuire!
N'êtes-vous pas Souris? Parlez sans fiction.
Oui, vous l'êtes, ou bien je ne suis pas Belette.
- Pardonnez-moi, dit la pauvrette,
Ce n'est pas ma profession.
Moi Souris! Des méchants vous ont dit ces nouvelles.
Grâce à l'Auteur de l'Univers,
Je suis Oiseau; voyez mes ailes :
Vive la gent qui fend les airs! "
Sa raison plut, et sembla bonne.
Elle fait si bien qu'on lui donne
Liberté de se retirer.
Deux jours après, notre étourdie
Aveuglément se va fourrer
Chez une autre Belette, aux oiseaux ennemie.
La voilà derechef en danger de sa vie.
La Dame du logis avec son long museau
S'en allait la croquer en qualité d'Oiseau,
Quand elle protesta qu'on lui faisait outrage:
"Moi, pour telle passer! Vous n'y regardez pas.
Qui fait l'Oiseau? c'est le plumage.
Je suis Souris: vivent les Rats !
Jupiter confonde les Chats! "
Par cette adroite repartie
Elle sauva deux fois sa vie.

Plusieurs se sont trouvés qui, d'écharpe changeants
Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue.
Le Sage dit, selon les gens:
"Vive le Roi, vive la Ligue. "

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