Six Fables de La Fontaine

Song Cycle by Jacques Offenbach (1819 - 1880)

Word count: 1251

1. Le berger et la mer [sung text not yet checked]

Du rapport d'un troupeau, dont il vivait sans soins, 
Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite.
Si sa fortune était petite,
Elle était sûre tout au moins. 
À la fin les trésors déchargés sur la plage,
Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau, 
Trafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau; 
Cet argent périt par naufrage. 
Son maître fut réduit à garder les Brebis, 
Non plus Berger en chef comme il était jadis, 
Quand ses propres Moutons paissaient sur le rivage; 
Celui qui s'était vu Coridon ou Tircis, 
Fut Pierrot, et rien davantage. 
Au bout de quelque temps il fit quelques profits, 
Racheta des bêtes à laine; 
Et comme un jour les vents, retenant leur haleine, 
Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux;
Vous voulez de l'argent, ô Mesdames les Eaux, 
Dit-il; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre: 
Ma foi vous n'aurez pas le nôtre.

Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé. 
Je me sers de la vérité 
Pour montrer, par expérience, 
Qu'un sou, quand il est assuré, 
Vaut mieux que cinq en espérance; 
Qu'il se faut contenter de sa condition; 
Qu'aux conseils de la Mer et de l'Ambition 
Nous devons fermer les oreilles. 
Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront. 
La Mer promet monts et merveilles; 
Fiez-vous-y, les vents et les voleurs viendront.

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2. Le corbeau et le renard [sung text not yet checked]

Maître Corbeau, sur un arbre perché, 
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché, 
Lui tint à peu près ce langage:
Hé!  Bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et, pour montrer sa belle voix, 
Il ouvre un large bec, laisse tombe sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

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  • ENG English (David Jonathan Justman) , "The Raven and the Fox", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

See also Le renard et le corbeau.


Researcher for this text: Geoffrey Wieting

3. La cigale et la fourmi [sung text not yet checked]

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.»
La Fourmi n'est pas prêteuse;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
-- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
-- Vous chantiez? j'en suis fort aise.
Et bien! dansez maintenant.»

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  • ENG English (Emily Ezust) , "The grasshopper and the ant", copyright © 2016

See also La cigale vengée.


Researcher for this text: Ted Perry

4. La laitière et le pot au lait [sung text not yet checked]

Perrette sur sa tête ayant un Pot au lait 
Bien posé sur un coussinet, 
Prétendait arriver sans encombre à la ville. 
Légère et court vêtue elle allait à grands pas; 
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, 
Cotillon simple, et souliers plats. 
Notre laitière ainsi troussée 
Comptait déjà dans sa pensée 
Tout le prix de son lait, en employait l'argent, 
Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée; 
La chose allait à bien par son soin diligent. 
Il m'est, disait-elle, facile, 
D'élever des poulets autour de ma maison: 
Le Renard sera bien habile, 
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. 
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son; 
Il était quand je l'eus de grosseur raisonnable: 
J'aurai le revendant de l'argent bel et bon. 
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, 
Vu le prix dont il est, une vache et son veau, 
Que je verrai sauter au milieu du troupeau? 
Perrette là-dessus saute aussi, transportée. 
Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée; 
La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri 
Sa fortune ainsi répandue, 
Va s'excuser à son mari 
En grand danger d'être battue. 
Le récit en farce en fut fait; 
On l'appela le Pot au lait. 

Quel esprit ne bat la campagne? 
Qui ne fait châteaux en Espagne? 
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous, 
Autant les sages que les fous? 
Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux: 
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes: 
Tout le bien du monde est à nous, 
Tous les honneurs, toutes les femmes. 
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi; 
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi; 
On m'élit roi, mon peuple m'aime; 
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant: 
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même; 
Je suis gros Jean comme devant.

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5. Le rat de ville et le rat des champs [sung text checked 1 time]

Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;

Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.

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6. Le savetier et le financier [sung text checked 1 time]

Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir: 
C'était merveilles de le voir, 
Merveilles de l'ouïr; il faisait des passages, 
Plus content qu'aucun des sept sages. 
Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or, 
Chantait peu, dormait moins encor. 
C'était un homme de finance. 
Si sur le point du jour parfois il sommeillait, 
Le Savetier alors en chantant l'éveillait, 
Et le Financier se plaignait, 
Que les soins de la Providence 
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir, 
Comme le manger et le boire. 
En son hôtel il fait venir 
Le chanteur, et lui dit: Or çà, sire Grégoire, 
Que gagnez-vous par an? - Par an? Ma foi, Monsieur, 
Dit avec un ton de rieur, 
Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière 
De compter de la sorte; et je n'entasse guère 
Un jour sur l'autre: il suffit qu'à la fin 
J'attrape le bout de l'année: 
Chaque jour amène son pain. 
- Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée? 
- Tantôt plus, tantôt moins: le mal est que toujours; 
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,) 
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours 
Qu'il faut chommer; on nous ruine en Fêtes. 
L'une fait tort à l'autre; et Monsieur le Curé 
De quelque nouveau Saint charge toujours son prône. 
Le Financier riant de sa naïveté 
Lui dit: Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. 
Prenez ces cent écus: gardez-les avec soin, 
Pour vous en servir au besoin. 
Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre 
Avait depuis plus de cent ans 
Produit pour l'usage des gens. 
Il retourne chez lui: dans sa cave il enserre 
L'argent et sa joie à la fois. 
Plus de chant; il perdit la voix 
Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines. 
Le sommeil quitta son logis, 
Il eut pour hôtes les soucis, 
Les soupçons, les alarmes vaines. 
Tout le jour il avait l'oeil au guet; Et la nuit, 
Si quelque chat faisait du bruit, 
Le chat prenait l'argent: A la fin le pauvre homme 
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus ! 
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme, 
Et reprenez vos cent écus.

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