by Victor Marie Hugo (1802 - 1885)

À cette terre, où l'on ploie
Language: French (Français) 
À cette terre, où l'on ploie 
Sa tente au déclin du jour, 
Ne demande pas la joie. 
Contente-toi de l'amour ! 

Excepté lui, tout s'efface. 
La vie est un sombre lieu 
Où chaque chose qui passe 
Ébauche l'homme pour Dieu. 

L'homme est l'arbre à qui la sève 
Manque avant qu'il soit en fleur. 
Son sort jamais ne s'achève 
Que du côté du malheur. 

Tous cherchent la joie ensemble ; 
L'esprit rit à tout venant ; 
Chacun tend sa main qui tremble 
Vers quelque objet rayonnant. 

Mais vers toute âme, humble ou fière, 
Le malheur monte à pas lourds, 
Comme un spectre aux pieds de pierre ; 
Le reste flotte toujours ! 

Tout nous manque, hormis la peine ! 
Le bonheur, pour l'homme en pleurs, 
N'est qu'une figure vaine 
De choses qui sont ailleurs. 

L'espoir c'est l'aube incertaine ; 
Sur notre but sérieux 
C'est la dorure lointaine 
D'un rayon mystérieux. 

C'est le reflet, brume ou flamme, 
Que dans leur calme éternel 
Versent d'en haut sur notre âme 
Les félicités du ciel. 

Ce sont les visions blanches 
Qui, jusqu'à nos yeux maudits, 
Viennent à travers les branches 
Des arbres du paradis ! 

C'est l'ombre que sur nos grèves 
Jettent ces arbres charmants 
Dont l'âme entend dans ses rêves 
Les vagues frissonnements ! 

Ce reflet des biens sans nombre, 
Nous l'appelons le bonheur ; 
Et nous voulons saisir l'ombre 
Quand la chose est au Seigneur ! 

Va, si haut nul ne s'élève ; 
Sur terre il faut demeurer ; 
On sourit de ce qu'on rêve, 
Mais ce qu'on a, fait pleurer. 

[Puisqu'un Dieu saigne au Calvaire, 
Ne nous plaignons pas, crois-moi.]1
Souffrons ! c'est la loi sévère. 
Aimons ! c'est la douce loi. 

Aimons ! soyons deux ! Le sage 
N'est pas seul dans son vaisseau. 
Les deux yeux font le visage ; 
Les deux ailes font l'oiseau. 

Soyons deux ! - Tout nous convie 
À nous aimer jusqu'au soir. 
N'ayons à deux qu'une vie ! 
N'ayons à deux qu'un espoir ! 

Dans ce monde de mensonges, 
Moi, j'aimerai mes douleurs, 
Si mes rêves sont tes songes, 
Si mes larmes sont tes pleurs !

C. Widor sets stanzas 1-2, 7-8, 12-16
C. Franck sets stanzas 1-8, 11-12, 15-16

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Authorship

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)


Researcher for this text: Jacques L'oiseleur des Longchamps

Text added to the website: 2009-03-18 00:00:00
Last modified: 2018-04-03 17:44:59
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