Trois mélodies

Song Cycle by Henri-Paul Büsser (1872 - 1973)

Word count: 492

1. Watteau [sung text not yet checked]

Au-dessus des grands bois profonds
L’étoile du berger s’allume...
Groupes sur l’herbe dans la brume...
Pizzicati des violons...
Entre les mains, les mains s’attardent,
Le ciel où les amants regardent
Laisse un reflet rose dans l’eau ;
Et dans la clairière indécise,
Que la nuit proche idéalise,
Passe entre Estelle et Cydalise
L’ombre amoureuse de Watteau.

Watteau, peintre idéal de la fête jolie, 
Ton art léger fut tendre et doux comme un soupir,
Et tu donnas une âme inconnue au désir
En l’asseyant aux pieds de la mélancolie.

Tes bergers fins avaient la canne d’or au doigt ;
Tes bergères, non sans quelques façons hautaines,
Promenaient, sous l’ombrage où chantaient les fontaines,
Leurs robes qu’effilait derrière un grand pli droit...

Dans l’air bleuâtre et tiède agonisaient les roses ;
Les coeurs s’ouvraient dans l’ombre au jardin apaisé,
Et les lèvres, prenant aux lèvres le baiser,
Fiançaient l’amour triste à la douceur des choses.

Les pèlerins s’en vont au pays idéal...
La galère dorée abandonne la rive ;
Et l’amante à la proue écoute au loin, pensive,
Une flûte mourir, dans le soir de cristal...

Oh ! Partir avec eux par un soir de mystère,
Ô maître, vivre un soir dans ton rêve enchanté !
La mer est rose... il souffle une brise d’été,
Et quand la nef aborde au rivage argenté

La lune doucement se lève sur Cythère.

L’éventail balancé sans trêve
Au rythme intime des aveux
Fait, chaque fois qu’il se soulève,
S’envoler au front des cheveux,
L’ombre est suave... tout repose.
Agnès sourit ; Léandre pose
Sa viole sur son manteau ;
Et sur les robes parfumées,
Et sur les mains des bien-aimées,
Flotte, au long des molles ramées,
L’âme divine de Watteau.

Authorship

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. Apparition [sung text not yet checked]

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
-- C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum [de tristesse]1
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au cœur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

Authorship

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  • CAT Catalan (Català) [singable] (Núria Colomer) , "Aparició", copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission
  • CHI Chinese (中文) (Yen-Chiang Che) , "幻影", copyright © 2009, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Laura Claycomb) (Peter Grunberg) , "Apparition", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Charles Hopkins) , "Apparition", written 2002, first published 2002, copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Charles Hopkins) , "Apparition", written c2005, copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Richard von Schaukal) , "Erscheinung"
  • POL Polish (Polski) (Bronisława Ostrowska) , "Zjawa", Kraków, J. Mortkowicz, first published 1911

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First published in the revue Lutèce, November 24-30, 1883.

1 K. Sorabji: "de la tristesse"
Research team for this text: Auditorium du Louvre , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

3. Soupir [sung text not yet checked]

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
-- Vers l'azur attendri d'octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se trainer le soleil jaune d'un long rayon.

Authorship

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  • CAT Catalan (Català) (Salvador Pila) , "Sospir", copyright © 2016, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Nicolas Gounin) , "Sigh", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • FIN Finnish (Suomi) (Erkki Pullinen) , "Huokaus", copyright © 2016, (re)printed on this website with kind permission

First published in Le Parnasse contemporain, May 12, 1866.


Researcher for this text: Nicolas Gounin [Guest Editor]